Bienvenue sur cette premiĂšre newsletter de 2025.
Je profite de cette nouvelle annĂ©e pour vous partager mes vĆux ainsi que quelques idĂ©es sur lâannĂ©e et la dĂ©cennie Ă venir.
Chaque fin dâannĂ©e, plutĂŽt que de rĂ©flĂ©chir aux nouvelles tendances, je prĂ©fĂšre me concentrer sur les dynamiques souvent ignorĂ©es par les mĂ©dias et leur impact possible.
Nous entrons dans un nouveau cycle du Web
Depuis les dĂ©buts du web commercial, nous avons connu la tentative de monopole de Microsoft sur le Web, suivie dâune brĂšve pĂ©riode dâutopie (Web 2.0), remplacĂ©e avec l'arrivĂ©e de lâiPhone et du Cloud par lâInternet monopolistique des grandes plateformes.
Le Web 2.0 dĂ©centralisĂ© dans son fonctionnement permettait Ă tous de proposer des services, puis les grandes plateformes ont commencĂ© Ă acheter en masse ces services pour construire un monopole dâusage. Ce monopole inclut le contrĂŽle de lâinterface (iOS, Android, Chrome, MacOS, Windows), c'est-Ă -dire ce que lâutilisateur utilise. Avec le Cloud, ces mĂȘmes plateformes ont transfĂ©rĂ© une grande partie de la valeur de lâinformatique dans leurs data centers gĂ©ants. En rendant dĂ©pendant tout le reste des industries, la majeure partie du monde occidental fonctionne avec lâune, voire lâensemble, de leurs briques technologiques.
Câest contre ce monopole que je me suis battu avec ma startup Jolicloud, mais jâai dĂ©couvert quâil y avait en Europe un consensus pour laisser prospĂ©rer les acteurs US, car ils permettaient aux Ătats, aux startups et aux grandes entreprises dâavoir une stratĂ©gie numĂ©rique sans avoir beaucoup dâingĂ©nieurs. Le terme officiellement donnĂ© Ă cette stratĂ©gie est « transformation numĂ©rique », que lâon pourrait aussi appeler googlelisation, amazonification ou microsoftisation de lâinformatique dâentreprise.
Nos Ă©lites politiques nâont pas combattu cet Ă©tat de fait ; au contraire, ils lâont accĂ©lĂ©rĂ© et cĂ©lĂ©brĂ©, car cela leur donnait le vernis de la modernitĂ©.
Câest une des raisons qui mâa poussĂ© Ă me mettre en retrait du monde entrepreneurial, en attendant le prochain cycle oĂč il serait possible de construire. Jâavais lâimpression que cet Internet monopolistique serait indĂ©trĂŽnable jusquâau jour oĂč l'impensable est arrivĂ©.
La gĂ©opolitique nous fait sortir de lâInternet monopolistique.
Le cycle de domination des plateformes, les GAFAM, ne pouvait exister que dans un monde globalisĂ© sans friction oĂč tout le monde accepte le mĂȘme produit. Dâune certaine maniĂšre, Google nâest pas diffĂ©rent de McDonald's. Le Big Mac est le mĂȘme dans chaque pays, la seule diffĂ©rence, câest quâen France, les pommes de terre sont cultivĂ©es Ă Matougues, en Champagne-Ardenne.
« Google est le McDonald's de la pensée », manifeste Slow Web.
Mais heureusement pour lâhumanitĂ©, construire un monde algorithmiquement normĂ© et faussement globalisĂ© ne pouvait pas tenir lâĂ©preuve du temps.
LâincapacitĂ© des plateformes Ă le comprendre a eu des consĂ©quences politiques majeures. Les campagnes du Brexit et des Ă©lections amĂ©ricaines nous ont initiĂ©s au potentiel illibĂ©ral des rĂ©seaux sociaux et leur porositĂ© aux opĂ©rations dâingĂ©rence Ă©trangĂšre.
Elles ont surtout montrĂ©, et cela devrait Ă la fois nous rassurer et nous effrayer, que les crĂ©ateurs de ces technologies, focalisĂ©s sur la monĂ©tisation, nâont pas du tout compris comment leurs monstres cybernĂ©tiques allaient se comporter lorsque la volontĂ© dâun village global nâexiste plus.
La destruction de lâInternet a dĂ©jĂ commencĂ© ?
DÚs 2020, en plein Covid, alors que les GAFAM semblent intouchables et que le trafic est en hausse, ils sont sommés par les gouvernements de tous les pays de faire taire les anti-vax, une nébuleuse qui intÚgre des conspirationnistes, des opposants aux gouvernements, mais aussi des ingérences étrangÚres qui en profitent pour semer la division et la colÚre.
Sauf que « lutter contre la dĂ©sinformation » coĂ»te cher, sauf si lâon accepte dâinclure des outils de censure ou de âmodĂ©rationâ des dĂ©bats politiques.

Cette stratĂ©gie exposĂ©e Ă travers les Twitter Files a Ă©tĂ© une aubaine pour Elon Musk, qui raconte que câest ce qui lâa motivĂ© Ă racheter Twitter.
Cette stratĂ©gie va aussi transfĂ©rer une partie de cette audience vers TikTok, rĂ©seau contrĂŽlĂ© par la Chine, qui se retrouve en position dâarbitre des Ă©lĂ©gances de la politique sanitaire amĂ©ricaine.
Les réseaux sociaux, qui sont des business ultra profitables, se retrouvent face à un dilemme : ne pas modérer les réseaux fait fuir les annonceurs, et modérer fait hurler les oppositions.

Mais ce nâest que le dĂ©but :
LâidĂ©e de dĂ©truire lâInternet global a commencĂ© Ă germer au cĆur de la Russie et de la Chine avec les premiers sabotages des infrastructures physiques de l'Internet, comme les cĂąbles sous-marins, ou logiques, comme SolarWinds, dont personne en France nâa vraiment parlĂ©. Cette double offensive est ce que lâon appelle, dans le jargon, une guerre hybride.
- hacker les rĂ©seaux et les infrastructures dâun cĂŽtĂ©
- hacker les cerveaux via les rĂ©seaux sociaux de lâautre
Câest dâune certaine maniĂšre ce quâElon Musk et son entourage tentent de faire : crĂ©er un nouveau rĂ©seau numĂ©rique impermĂ©able aux acteurs traditionnels, voire aux Ătats, Ă savoir Starlink, et imposer une rĂ©alitĂ© alternative avec X.
En fait, Elon Musk ne fait quâimiter la stratĂ©gie de Vladislav Surkov, ancien conseiller politique de Vladimir Poutine, dans la mise en Ćuvre d'une politique théùtrale. Ce dernier a utilisĂ© des concepts issus du théùtre expĂ©rimental, notamment ceux liĂ©s au postmodernisme et Ă la manipulation narrative, pour influencer la politique russe et maintenir le contrĂŽle de lâĂ©lite poutinienne sur la sociĂ©tĂ©.
Parce que les rĂ©seaux sociaux traditionnels ne veulent plus ĂȘtre le moteur de cette politique théùtrale aprĂšs lâattaque du Capitole du 6 janvier 2021, il est important pour Musk de possĂ©der son propre rĂ©seau et de crĂ©er un Splintranet, une balkanisation des rĂ©seaux au cĆur mĂȘme des Ătats-Unis.
Cette offensive réussie a pour objectif de prendre le pouvoir sur la tech, en convainquant une partie de la population de changer ses outils et ses habitudes.
Câest ce qui a motivĂ© la crĂ©ation de Cybernetica. En 2020, lors dâune confĂ©rence, jâavais prĂ©dit dans quelques slides que lâinfrastructure physique de lâInternet, Ă savoir les cĂąbles sous-marins, allait devenir une cible. Ă lâĂ©poque, mon audience semblait sceptique, mais quelques jours aprĂšs le dĂ©but de la guerre en Ukraine, jâai reçu un coup de fil de lâĂlysĂ©e qui souhaitait utiliser ces mĂȘmes slides pour un Conseil de dĂ©fense. Il y avait eu des tentatives de sabotage en mer du Nord.
Cinq ans plus tard, non seulement la menace sâest confirmĂ©e, mais elle sâest Ă©tendue aux cĂąbles Ă©lectriques. Aujourdâhui, ce nâest plus seulement la France qui surveille les cĂąbles, mais lâOTAN, qui sillonne la zone baltique Ă la suite de plusieurs sabotages. Un jeu de cache-cache inquiĂ©tant entre la flotte fantĂŽme russe et celle de lâOTAN, renforcĂ©e par lâarrivĂ©e de la SuĂšde.
Bienvenue dans lâĂšre post-Internet.
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