Le premier trimestre 2026 vient à peine de s'achever et nous sommes déjà essoufflés, sidérés, parfois consternés par la tournure que prennent les événements. Depuis deux ans, à travers ma newsletter cybernetica.fr, j'essaie de comprendre ces forces qui reconfigurent notre monde.
Chaque semaine nous apprenons à survivre face à la fin de l'Internet tel que nous l'avons toujours connu. Ce n'est pas toujours facile mais nous nous sommes fixés trois axes:
- Comprendre les nouvelles alliances géopolitiques et les impacts que cela va avoir sur l'économie de l'Internet, mais aussi sur l'économie tout court.
- Apprendre vite, sans dogmatisme, pour anticiper les nouveaux changements de plateforme et ce que cela implique dans notre façon de travailler au quotidien. Et pour ceux qui travaillent en entreprise, anticiper les changements de gouvernance. Comprendre dans quelle mesure le pouvoir est en train de changer de main voire changer de code.
- Enfin, développer notre autonomie cognitive et mettre en œuvre tous les super pouvoirs que l'IA nous propose pour continuer, malgré tout ce qui nous "tombe dessus" à être créatif, productif et efficace dans un monde où l'exécution, la gestion et l'accès au savoir sont fondamentalement remis en cause.
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La semaine dernière j'ai publié sur linkedin un début de réponse à une question que nous nous posons tous.
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Que vous soyez abonné de la première heure, ou si vous venez juste de nous rejoindre, je profite de cet article pour revenir sur deux ans de publications sur des sujets qui commencent à s'organiser autour d'un fil rouge commun. J'espère que vous apprécierez aussi la plongée dans les archives de cybernetica en fin d'article.
Comprendre le monde tel qu'il existe
Depuis deux ans, je me suis donné la mission d'essayer de comprendre le monde tel qu'il existe, les forces qui reconfigurent notre monde mais aussi le chaos géopolitique, technologique et philosophique qui l'entoure.
Cybernetica ne s'intéresse pas juste au monde de la technologie, mais à la manière dont il s'imbrique avec la géopolitique, la défense, la militarisation de l'Internet. Et l'arrivée de l'IA avec ses conséquences sur la stack technique existante, sur la stack managériale et la gouvernance d'entreprise, mais aussi sur la stack culturelle et la réinvention induite de notre rapport à l'intelligence, à l'intention et à l'action.
En deux ans seulement, ces sujets ont réuni une communauté de 7000 lecteurs. Merci de nous lire et de nous challenger.
Comme je le disais à quelques lecteurs et abonnés que j'ai vus la semaine dernière, chaque weekend, la newsletter tente de répondre à une seule question : « Où va-t-on ? »
Alors que le premier trimestre 2026 est déjà achevé, que nous sommes essoufflés, sidérés, épuisés, parfois consternés par la tournure que prennent les événements, je voulais en profiter pour partager avec vous la grille de lecture originale que nous développons. Car à défaut de savoir où l'on va, qui peut le savoir ?
On peut essayer de comprendre les forces à l'œuvre. C'est ce que nous allons faire ici.
Le New Internet
Après 2020, nous sommes brusquement entrés dans un monde numérique qu'il est encore difficile de décrire ou de rationaliser. Je l'ai appelé le New Internet.
L'internet que nous connaissions a grandi dans la globalisation et le nouvel ordre mondial, dans un monde où les standards et les infrastructures étaient stables.
Ce New Internet se construit au cœur d'un désordre mondial qui ne cesse de s'amplifier et de s'autoalimenter, où les décisions géopolitiques sont de plus en plus difficiles à comprendre et à interpréter.
Voici ce que je retiens de ce chaos :
1. Le Web Zero
L'arrivée de l'intelligence artificielle dans le monde de la technologie a provoqué un platform shift d'une rare intensité.
Car il ne s'agit pas juste de remplacer une plateforme par une autre (mobile vs Web 2.0, cloud vs ordinateur personnel) mais d'un changement profond des interfaces et de la manière dont nous interagissons avec les machines. Les pages web et les applications sont remplacées par des conversations, parfois même des lignes de commande.
Et l'action n'est plus faite par la souris, mais par des agents à travers des infrastructures nouvelles à la fois hypercentralisées (les géants de l'IA) et décentralisées (avec des services de type openClaw).
Nous sommes passés du Web 2.0 au Web Zero où le web n'est plus l'interface de base.
En moins de trois ans, les grands modèles de langages ont bouleversé l'économie du logiciel : l'abonnement à Claude, OpenAI ou Gemini et l'achat de tokens pour le code et les agents sont en train de se substituer aux abonnements logiciels classiques.
Ils peuvent se chiffrer en milliers de dollars par utilisateur. Mais le changement le plus important est dans la perception : cet univers des apps et des services de la génération précédente semble déjà pour près d'un milliard de gens appartenir au passé.
2. Un coup de poker économique
Le succès des acteurs de l'IA est aussi un pari économique. L'annonce du modèle Opus 4.6 d'Anthropic a effacé en 48 heures plus de 285 milliards de dollars de capitalisation boursière. Les marchés, comme les utilisateurs, anticipent un changement profond dans la création de valeur dans le numérique.
Car on ne sait pas encore si le pari sera réussi. Les modèles d'IA vont-ils continuer à progresser assez vite pour disrupter et remplacer non pas seulement l'industrie du SaaS (software as a service), mais également une partie des professional services qui les utilisent (legal, consulting, financial services), un marché estimé à 12 trillions de dollars ?
C'est ce scénario qui justifierait les valorisations actuelles : 380 milliards pour Anthropic, 852 milliards pour OpenAI.
Ou bien cette offensive se heurtera-t-elle à la résistance des cadres, à de nouveaux modèles aux progrès moins perceptibles, une adoption plus faible que prévue de l'agentique, et surtout un contexte géopolitique avec la guerre en Iran qui rend la fabrication des puces et l'économie des data centers incertaines et obligerait les acteurs de l'IA à augmenter leurs prix ?
3. Pré-guerre, post-réalité
C'est notre rapport au réel qui a le plus changé. « L'utopie du village global a cédé la place à un monde de pré-guerre et de post-réalité. »
Si les réseaux sociaux et les campagnes de désinformation remettaient en cause notre relation avec la vérité, l'IA générative déstabilise notre relation avec la mémoire.
Notre mémoire collective est progressivement transformée par les modèles et les agents qui veulent devenir notre premier accès à l'information, avec les risques d'hallucinations, mais aussi les vidéos et les images générées qui se substituent de plus en plus aux images réelles: Une recherche sur Google désormais nous retourne un flot d'images générées de moins en moins distinguables du réel.
Mais c'est aussi sur nous-mêmes que la transformation s'opère. Quand nous produisons du contenu que nous n'avons pas écrit, nous courons le risque de parler avec une voix qui n'est pas la nôtre et de remplacer notre personnalité et la mémoire de nos actions par quelque chose qui ne nous ressemble pas.
Une chose est sûre, nous allons vivre dans un monde où les contenus synthétiques n'ont jamais été aussi présents dans nos quotidiens cognitifs : AI Slop, Work Slop, mémoire falsifiée, voix volée, réalité indistinguable du faux.
Notre cerveau n'est pas vraiment prêt à tant de changements qui brouillent notre intuition. C'est dans cet environnement que nous n'avons pas choisi et dont nous devons juguler tous les jours les effets de bord, que nous allons devoir vivre.
Quand j'ai lancé cybernetica.fr il y a deux ans, beaucoup étaient encore dans l'idée certes attachante, mais hélas irréaliste que nous allions revenir à un monde raisonnable, pré-Covid, pré-guerre en Ukraine où les problèmes que nous avons cités plus haut n'existeraient plus.
Mais hélas, il n'y a pas de retour en arrière possible. Nous devons donc nous préparer à trois disruptions majeures, en comprendre les risques mais aussi en saisir les opportunités.
Les trois disruptions majeures auxquelles nous devons nous préparer

1. Disruption géopolitique
Après la guerre froide technologique entre la Chine et les États-Unis, le Covid et la guerre en Ukraine, cette année a fait monter d'un cran le risque d'un découplage entre les États-Unis et l'Europe, politique mais aussi technologique avec les services des grandes plateformes dans la balance.
La guerre en Iran qui menace déjà l'économie mondiale avec la hausse des prix du pétrole, mais aussi la fabrication des puces avec la disparition de 30% des capacités de production d'hélium, sans oublier les risques sur Taïwan, nous entraîne dans une récession longue.
La politique de déglobalisation conflictuelle que mènent les États-Unis avec les tarifs douaniers achève le tableau : nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de la techflation: Les services numériques vont coûter plus cher et offrir moins de valeur.
Pour l'Europe et la France, c'est une épée de Damoclès qui oblige à mettre en œuvre de manière urgente des politiques de souveraineté pour garantir un fonctionnement a minima des services numériques du quotidien.
2. Disruption militaire et cyber
L'internet commercial est désormais l'un des théâtres principaux de la guerre que se livrent les États.
D'un côté, la Russie et la Chine veulent avec leurs alliés créer leur internet à eux, un Splinternet, de l'autre les États-Unis veulent empêcher les Européens de réguler leurs plateformes et ont même lancé freedom.gov, un service permettant de contourner les régulations de contenu européennes (DSA, Online Safety Act).
En quittant les instances de collaboration cyber et de désinformation avec l'Europe (GFCE, Freedom Online Coalition, European Centre of Excellence for Countering Hybrid Threats), ils laissent les pays européens seuls face à une menace qui n'a jamais été aussi importante.

Une simple visite sur le site fuitesinfos.fr suffit à nous glacer le sang.
Et ce n'est que le début! Anthropic vient d'annoncer le Project Glasswing, un programme de correctifs de vulnérabilités basé sur Mythos, son dernier modèle si puissant en cybersécurité qu'ils ont décidé de ne pas le rendre public.
À la menace cyber et aux ingérences étrangères de désinformation s'ajoute aussi une nouvelle guerre plus silencieuse, la guerre épistémique qui modifie à travers l'IA générative la perception et la culture des citoyens.
Une menace qui ne se limite pas aux États : entreprises, organisations et même chacun d'entre nous à titre individuel devons apprendre à construire une nouvelle forme de protection et de résilience.
3. Disruption technologique et culturelle
Ce qui rend l'IA différente des précédentes révolutions technologiques, c'est qu'elle ne remplace pas juste la couche technique précédente mais remet entièrement en question la gouvernance des organisations.
L'accès à des outils d'hyperproductivité transforme les organigrammes et pose la question de l'accès au travail pour les jeunes diplômés. Des changements qui amènent des questions que nous ne nous étions jamais posées avant, car le cloud et le SaaS ne remettaient pas en cause l'organisation de l'entreprise, ils la rendaient plus fluide.
Aujourd'hui, un cadre qui utilise de l'IA agentique n'a presque plus besoin des autres fonctions de l'entreprise pour mener son travail à bien. C'est une révolution car les agents décloisonnent les silos plus rapidement que les directions ne le souhaitent et changent brutalement les rapports de pouvoir au sein des entreprises.
Ils déstabilisent aussi le rapport à la valeur du travail en construisant une nouvelle grille d'utilité qui n'est plus nécessairement alignée avec la grille des salaires. En rendant visibles les niches d'improductivité au sein de certaines grandes organisations, ils menacent parfois même la survie de ces dernières.
L'autonomie cognitive : le prochain combat
Vous êtes nombreux à me demander quoi faire et surtout comment survivre à ce nouvel environnement.
Ma réponse est toujours la même. Ce nouveau monde nécessite un changement dans notre façon de l'appréhender, sinon on ne verra que du chaos, de l'incompréhension et de l'anxiété.
Et pour ceux qui prennent le train en route, le sentiment de ne plus être capable de s'y adapter. En 2026, le véritable challenge sera celui de l'autonomie cognitive. Un besoin encore plus important que celui de souveraineté.
Derrière ce terme que j'ai forgé se cache une idée forte : continuer à être productif, créatif et constructif à l'heure où l'intelligence artificielle déstabilise la capacité même de penser par soi-même.
C'est un challenge qui s'ajoute à celui de la dépendance au cloud, et qui nous oblige à imaginer une nouvelle interface de travail pour utiliser au mieux notre esprit humain et nos capacités agentiques.
Car comme nous allons le voir cette année, il y a deux questions :
- Préparer les gens (AI people preparedness)
- Préparer les entreprises à cette autonomie cognitive (AI enterprise preparedness)
Beaucoup de managers n'ont pas encore saisi que leur rôle est désormais d'offrir à leurs collaborateurs une nouvelle infrastructure de pensée et d'action, et pas juste de faire des formations IA ici et là.
Merci de m'avoir lu. Si toutes ces questions de souveraineté, de résilience et d'autonomie cognitive dans ce nouvel internet vous intéressent, devenez membre du club des résilients pour apprendre à dépasser la sidération initiale et devenir acteur dans ce nouveau monde.
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L'autonomie cognitive

Bonne lectures !


