🔮 En avant pour 2026 !

Pour cette premiÚre Big newsletter de l'année, je voulais vous proposer 10 idées importantes pour démarrer 2026

🔮 En avant pour 2026 !
Clear and present danger (1994)

J’écris cette newsletter alors que l’on dĂ©couvre la situation au Venezuela. J’ai pensĂ© immĂ©diatement Ă  cette scĂšne mĂ©morable dans Jack Ryan. Parfois, la rĂ©alitĂ© est encore plus folle que ce que les films ont imaginĂ© !

gĂ©nĂ©ration par l’IA des bombardements sur Caracas.

Cybernetica : Un safe space intellectuel

Il y a deux ans, j'ai créé Cybernetica sur un constat simple : nous vivons dans un monde incertain, turbulent, entiÚrement refaçonné par l'IA et la géopolitique. Et il n'existait aucun endroit pour en parler sérieusement.

Quand on vit dans un monde incertain, la premiĂšre chose Ă  faire est de supprimer le bruit.

La seconde est de cesser d'écouter ceux qui vous disent ce que vous avez envie d'entendre ou répÚtent ce qu'ils ont lu ailleurs.

Enfin, il ne faut pas cĂ©der Ă  la panique et commencer Ă  mettre en Ɠuvre une vĂ©ritable stratĂ©gie.

Nous avons tous été confrontés à cela, individuellement, professionnellement, collectivement.

Je le dis souvent quand je vous rencontre en confĂ©rence : si tout le monde pense la mĂȘme chose, ce n'est pas par manque d'intelligence. C'est par homogĂ©nĂ©isation des sources d'information.

Mais il y a aussi autre chose.

Une partie de nos interlocuteurs voient le monde d'aprĂšs 2020 comme un mauvais rĂȘve et imagine qu'il suffira d'attendre le changement d'administration aux États-Unis pour que tout revienne comme avant.

Ce sont ces gens-lĂ , au cƓur des gouvernements, des mĂ©dias et des entreprises, qui bloquent toute rĂ©flexion alternative, tout changement de cap, toute adaptation. Ils s'accrochent au monde ancien comme ils s'accrochent Ă  leur pouvoir.

La seule chose Ă  faire : les ignorer. Et se plonger dans la rĂ©alitĂ© des situations. Se prĂ©parer tranquillement aux changements radicaux qui s'opĂšrent. Évaluer ses options. Affiner ses capacitĂ©s d'exĂ©cution.

C'est ce que nous faisons depuis deux ans, toutes les semaines, avec la newsletter de Cybernetica.fr. Et dĂ©sormais, vous ĂȘtes plus de 6 500 abonnĂ©s Ă  la newsletter, et un peu plus de 50 000 Ă  lire nos articles sur le site chaque mois.

Je vous en remercie!


Pour cette premiÚre newsletter de l'année, je voulais vous proposer 10 idées importantes pour 2026.

J'avais initialement pensé la réserver aux abonnés payants, mais comme c'est la premiÚre de l'année, elle est exceptionellement ouverte à tous.

J'ai quand mĂȘme mis un bonus Ă  la fin pour les abonnĂ©s payants.


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🚀
L’objectif de Cybernetica, c’est de toucher les dix mille personnes qui ont envie de rĂ©flĂ©chir diffĂ©remment aux questions de numĂ©rique, de gĂ©opolitique et aux grands changements culturels.

Avec cette newsletter, je me vois un peu comme un chef qui vous propose des entrées (des opinions sur un sujet), des plats de résistance (une réflexion plus approfondie) ou des desserts, comme les ciné-clubs, qui sont trÚs appréciés.

Depuis son lancement, j’ai fait le choix de maintenir un prix trĂšs bas. Certaines notes valent Ă  elles seules plusieurs fois le prix de l’abonnement. Un consultant me disait rĂ©cemment qu’une seule de nos newsletters lui avait permis de dĂ©crocher un contrat Ă  l’annĂ©e.

Le choix d’un tarif abordable rĂ©pond aussi Ă  la volontĂ© de toucher d’autres publics que ma cible initiale, notamment les Ă©tudiants, mais aussi les petites PME, et toute personne qui a envie de rĂ©flĂ©chir avec nous sur ces sujets.

Vous ĂȘtes aussi nombreux Ă  m’avoir dit ĂȘtre abonnĂ©s Ă  la newsletter de Ben Evans, celle du Grand Continent, Ă  cĂŽtĂ© de Cybernetica, et je vous en remercie. C’est toujours apprĂ©ciable de voir notre travail reconnu.

💾 À noter : le prix de l’abonnement augmentera d'ici la fin du mois .
Je souhaitais donc vous proposer, si vous le souhaitez, de conserver le tarif actuel en vous abonnant avant cette hausse. Je sais que ce n’est pas une approche commercialement intuitive.

  • Si vous ĂȘtes abonnĂ© au tarif de 60 €, en tant que membre fondateur, ce tarif ne changera pas.
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â„č En tant qu’abonnĂ© payant, vous avez accĂšs :

  • Ă  l’ensemble des archives du site,
  • Ă  toute ma veille via un channel privĂ©,
  • Ă  des rĂ©ponses prioritaires Ă  vos emails,
  • aux Ă©vĂ©nements que nous organisons,
  • aux meetups du Conseil de la rĂ©silience numĂ©rique, organisĂ©s en marge des confĂ©rences oĂč j’interviens.

C'est ici


Cette transformation du monde numérique, cela fait plusieurs années que j'en prédis l'arrivée. J'ai retrouvé une captation d'une de mes meilleures synthÚses. Il s'agit de la keynote d'ouverture du forum Incyber à Lille en 2023.

đŸ“ș Voici la keynote sur YouTube

keynote d'ouverture du forum Incyber Ă  Lille en 2023


En avant vers 2026!

10 concepts importants du New Internet

Ma grande théorie de 2025 c'est qu'on est entré dans l'Úre du New Internet.

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À la diffĂ©rence de l'Internet, qui s'est construit dans les annĂ©es 90 et la mondialisation, au point d'en ĂȘtre devenu le symbole, le New Internet se construit sur fond d'une dĂ©globalisation conflictualisĂ©e.


Préambule: La souveraineté numérique sera le moteur de la croissance européenne

Aux États-Unis, l'IA et la construction de datacenters sont dĂ©sormais le principal moteur de croissance. Mais partout en Europe, et on peut en voir l'accĂ©lĂ©ration ces derniers mois, c'est la souverainetĂ© numĂ©rique qui est devenue le moteur du numĂ©rique et de notre croissance.

En France, on a longtemps voulu éviter le sujet en noyant le poisson avec des termes comme « autonomie technologique » ou « autonomie numérique ».

Désormais l'Europe accélÚre sa stratégie de souveraineté numérique, une vision qui n'est plus trÚs différente de la Cybersovereignty chinoise et russe : protéger l'espace européen des dépendances technologiques et des ingérences extérieures.

La France aurait dĂ» prendre la tĂȘte de ce mouvement. Mais il a fallu beaucoup de temps pour qu'il soit vĂ©ritablement pris au sĂ©rieux. Il aura fallu le Covid, la guerre en Ukraine et le retour de Trump pour que les mĂ©dias Ă©conomiques proches du pouvoir osent enfin parler sĂ©rieusement de souverainetĂ© numĂ©rique et de gĂ©opolitique de la dĂ©pendance.

Mais on continue d'en parler du bout des lĂšvres. Car beaucoup espĂšrent secrĂštement que le mauvais rĂȘve dans lequel nous vivons va s'arrĂȘter avec le dĂ©part de Trump, et que finalement nous n'aurons pas Ă  implĂ©menter cette souverainetĂ© numĂ©rique.

Mais heureusement, tout le monde n'est pas aussi frileux. Cette année, on ne compte plus le nombre d'influenceurs et de chefs d'entreprise qui font leur coming out sur ces questions. C'est une bonne nouvelle.


C'est trop tĂŽt pour le bilan, 2027 sera le bon moment. Mais il faudra exiger des rĂ©ponses : pourquoi l'État, Bercy, les grandes entreprises et la BPI n'ont-ils pas utilisĂ© la souverainetĂ© numĂ©rique comme levier de relance ? Ce travail aurait dĂ» ĂȘtre lancĂ© il y a cinq ans ou dix ans.

C'est la question que je me pose en regardant Nicolas Dufourcq dans l'émission C Politique déplorer, chiffres à l'appui, que nous sommes devenus une colonie numérique.

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Nicolas Dufourcq dans C Politique sur France 5

La BPI avait les moyens de construire une vraie politique d'infrastructure souveraine. On parle de dizaiens de milliards d'euros d'argent public. L'équivalent du budget d'un GAFAM. Le choix a été fait d'investir dans des startups et des usines dépendantes trÚs souvent des technologies US.

Trente ans aprÚs avoir délocalisé nos emplois en Chine, nous avons aussi délocalisé notre informatique dans la Silicon Valley.

La bonne approche aurait été de construire une infrastructure souveraine d'abord, et ensuite de s'appuyer dessus pour les industries et les startups.

Cette stratĂ©gie aurait peut-ĂȘtre pris un peu plus de temps. Mais elle nous aurait permis d'afficher un taux de croissance supĂ©rieur en 2026, et surtout de prendre une grande part de marchĂ© du numĂ©rique souverain en Europe. À la place, c'est l'Allemagne et son tissu software open source et le soutien des LĂ€nder qui est en train de prendre le lead.

Le fait qu'Airbus soit obligé de faire un appel d'offres pour la création d'un réseau cloud souverain européen en 2025 montre notre retard à l'allumage.

Airbus en quĂȘte d’un cloud europĂ©en souverain - Le Monde Informatique
Selon The Register, Airbus s’apprĂȘte Ă  lancer un appel d’offres pour la migration de ses charges de travail critiques vers un cloud europĂ©en


Le choix de la Silicon Valley va rapidement devenir un casse-tĂȘte pour les grandes entreprises françaises.

Groupe Renault and Google Cloud partner to accelerate Industry 4.0 - Site  media global de Renault Group
don't brick my car

Prenons l'exemple des constructeurs automobiles. Ils sont tellement dépendants des GAFAM qu'ils pourraient devoir, avec l'actualité récente devoir rassurer leurs clients que l'administration Trump ne peut pas « briquer » leurs voitures en cas de guerre commerciale avec l'Europe.

PS: C'est vrai aussi pour les tracteurs, pour certains trains et évidemment pour les suites logicielles de toutes les grandes entreprises.

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Briquer un téléphone, c'est le rendre volontairement inutilisable par une mise à jour logicielle. Le systÚme ne démarre plus et l'appareil devient inexploitable.

L'absence de stratégie et de diplomatie numérique intelligente va se faire sentir. La France n'a rien à proposer car elle n'a pas de solutions technologiques aux problÚmes qui sont posés.

L'abandon de notre souveraineté numérique, c'est un peu notre abandon du nucléaire allemand à nous.

1 La militarisation de l'Internet et l'internetisation de la guerre

Depuis 2019, beaucoup d'observateurs ont été pris de court. Ils ont raté les interconnexions entre technologie, concurrence, militaire et politique.

Ce n'est pas un hasard si j'ai commencĂ© Ă  parler de ces sujets dans les cercles militaires. Je voulais mettre des mots sur deux tendances qui semblaient opposĂ©es mais convergeaient vers la mĂȘme finalitĂ© : la militarisation de l'Internet de tous les jours, et l'usage de la tech commerciale dans les conflits armĂ©s.

Le point de dĂ©part, je l'ai Ă©crit dans une de mes premiĂšres newsletters : l'opĂ©ration Olympic Games d'Obama. Stuxnet. La boĂźte de Pandore. L'Iran, la Russie, tout le monde allait dĂ©sormais lancer des cyberattaques puisque les États-Unis l'avaient fait. Avec le vol des boĂźtes Ă  outils de la NSA et de la CIA, les attaques super sophistiquĂ©es sont devenues la norme.

En parallĂšle, pendant la guerre d'Afghanistan, Facebook Messenger Ă©tait devenu l'outil de communication entre les Talibans et les forces spĂ©ciales amĂ©ricaines. La numĂ©risation de la guerre commençait. Mais c'est l'Ukraine (et avant elle le Haut-Karabagh) qui a rĂ©vĂ©lĂ© au grand jour l'entremĂȘlement du numĂ©rique grand public et du militaire.

construction de drones depuis le front ukrainien

Palantir, la société d'Alex Karp et Peter Thiel, a toujours su anticiper ces tendances. Elle a pivoté vers l'Ukraine pour apprendre avant les autres à travailler dans un environnement hybride intensif.

Through the Dark Glass. Peter Thiel ...
Alex Karp

La thĂ©orie de Karp, qui est aussi la mienne depuis 2022 : la situation numĂ©rique de l'Ukraine n'est pas un point extrĂȘme Ă  juguler. C'est le nouveau normal et il faut monter rapidement en compĂ©tence. Notamment l'itĂ©ration continue (modĂšle factory)

La militarisation de l'Internet grand public est devenue un risque permanent. L'usage de la tech commerciale dans la guerre est devenu un secteur : la défense Tech. Comme le dit Antoine Bordes, ex-Meta et AI chief chez Helsing : le champ de bataille est devenu un champ de données. Il faut savoir l'exploiter pour ne pas perdre.

En dĂ©cembre, cette guerre numĂ©rique s'est Ă©tendue aux satellites Starlink, pris entre concurrence commerciale et attaques militaires. Le New Space, qui devait ĂȘtre un eldorado commercial, va devoir gĂ©rer un risque conflictuel qui s'Ă©tend dĂ©sormais Ă  l'espace.

Pourquoi Starlink change d’orbite : la raison officielle
 et la stratĂ©gie cachĂ©e
Starlink, le rĂ©seau Internet par satellite de SpaceX, va abaisser l’orbite d’environ 4 400 satellites cette annĂ©e : ils passeront de 550 Ă  480 kilomĂštres d’altitude, a annoncĂ© le vice-prĂ©sident de l’ingĂ©nierie le 1er janvier 2026. De quoi compliquer la vie de ses concurrents. La concurrence a de quoi pĂąlir. Starlink,

2 Le New Internet, outil de réorganisation politique

Il faut défendre l'Europe par son indépendance numérique.

Le numérique n'est plus un outil d'émancipation. C'est un outil de contrÎle.

L'erreur en 2025 est de voir le globe divisĂ© entre un Nord global et un Sud global ou pris dans une nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine. Cette vision gĂ©opolitique est obsolĂšte.

Aujourd'hui, le monde se fragmente en quatre régimes idéologiques distincts, chacun cherchant à imposer sa vision de l'avenir:

L'Ă©tatisme autoritaire, menĂ© par la Chine et la Russie, promet la prospĂ©ritĂ© par le contrĂŽle. Il fusionne capitalisme d'État, surveillance numĂ©rique (crĂ©dit social) et rĂ©pression politique dans un modĂšle d'une efficacitĂ© implacable et fonciĂšrement antidĂ©mocratique.

Le traditionalisme autoritaire, dominant au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne, maintient l'ordre par la religion, le patriarcat et la souveraineté tribale. Il étouffe la dissidence et militarise le pouvoir. Il est désormais acheteur de technologie pour consolider ses positions.

La dĂ©mocratie populiste, enracinĂ©e en AmĂ©rique latine, en Asie du Sud et dĂ©sormais aux États-Unis, propose un Ă©lectoralisme de masse dĂ©pourvu de profondeur institutionnelle. Elle attise les guerres culturelles, contourne les contre-pouvoirs et transforme la gouvernance en spectacle.

The most insightful stories about ...
Peter Thiel a amorcé un nouveau discours

Ces modĂšles ne se contentent pas de survivre. Ils convergent.

De Riyad à Delhi, de Moscou à Washington, nous assistons à l'émergence d'un consensus mondial : un nationalisme conservateur amplifié par la technologie. Une alliance contre nature entre ploutocratie, capitalisme extractif, remilitarisation et tribalisme algorithmique.

La technologie permet de refaire Ă©merger des hiĂ©rarchies prĂ©modernes. L'obsession pour le Moyen Âge et le fĂ©odalisme dans la Silicon Valley et la vision des « dark enlightment » n'est donc pas un hasard.

Face à cette vague se dresse le quatriÚme modÚle : la voie européenne.

Car l'Europe n'est pas simplement un continent, mais un projet civilisationnel, ancrĂ© dans le cƓur de l'Union europĂ©enne, au Canada, en Australie, en Nouvelle-ZĂ©lande, au Japon, en CorĂ©e du Sud.

Une vision née de la catastrophe de la deuxiÚme guerre mondiale, fondée sur la raison séculiÚre, les droits humains, la solidarité sociale, le droit pluraliste et la responsabilité planétaire. Un engagement à institutionnaliser la liberté avec le souci de l'autre, la prospérité avec la justice, et la paix par l'interdépendance.

Il est donc normal que l'Union europĂ©enne soit attaquĂ©e. L'objectif Ă  atteindre c'est de provoquer l'effondrement de la seule zone du monde ayant traduit l'universalisme moral en rĂ©alitĂ© institutionnelle. Si la voie europĂ©enne disparaĂźt, le XXIᔉ siĂšcle ne sera pas façonnĂ© par la libertĂ©, mais par la collusion de puissances autoritaires illibĂ©rales. Il ne restera plus aucun point d'ancrage pour la justice, la durabilitĂ© ou la dignitĂ© humaine.

L'Internet europĂ©en aurait dĂ» ĂȘtre la traduction de cette vision et ce n'est possible qu'en maĂźtrisant les outils, les logiciels, bref le monde numĂ©rique dans lequel nous voulons vivre.

PremiÚre erreur majeure : croire que l'Internet n'était qu'une bataille économique et technologique. C'est aussi un espace politique.

Seconde erreur : croire que réguler l'espace des autres était plus important que construire le nÎtre.

Dans le numérique, nous sommes comme ces pays africains qui donnent leurs ressources en échange d'autoroutes chinoises. Sauf que vendre les données des Européens, c'est vendre leurs ùmes numériques.


3 La transition du numérique de l'incertitude (2020-2025) est terminée

La période 2020-2025 n'était qu'une transition. Nous basculons dans autre chose qu'on ne connaßt pas encore bien.

Ce qu'on sait : la guerre numérique va s'intensifier, les alliances traditionnelles s'effondrent, et nous allons faire face à une déglobalisation conflictuelle avec militarisation des interdépendances.

L'administration américaine considÚre désormais l'Europe comme une ennemie culturelle. Un marché à briser et déréguler par la force. Nos élites paniquent.

Tyran de l'Europe » : l'affrontement continue entre Elon Musk et Thierry  Breton
Best friends, best enemies ?

L'interdiction de visa Ă  Thierry Breton (le plus atlantiste des commissaires europĂ©ens et membre du board de Bank of America) est un signal Ă  l'Ă©lite atlantiste 1.0, alignĂ©e sur l'Ă©poque Reagan-Obama-Biden : « vous ĂȘtes nos ennemis », « all gloves are off ».

Désormais, l'adminstration trump souhaite faire émerger une nouvelle génération de soutiens alignés et qui pourraient bénéficier des ressources des réseaux sociaux comme X et du soutien logistique d'une nouvelle Team B dédiée ?

🔮 Les artisans de l’impensĂ©
RĂ©flexions sur l’impossibilitĂ© de l’impossible

Relire cette newsletter pour comprendre ce qu'est la Team B


On entre dans des scénarios totalement impensés.

Exemple : les États-Unis ont besoin d'ASML (qui a aussi besoin de Zeiss pour ses lentilles). Mais ils veulent le dĂ©truire commercialement en l'empĂȘchant de vendre Ă  la Chine, tout en espĂ©rant qu'un compĂ©titeur financĂ© par Thiel le remplacera. L'investissement de l'administration Trump dans Intel, qui dĂ©veloppe une alternative Ă  TSMC et ASML, renforce ce plan.

MĂȘme Mistral, SAP, Capgemini sont directement menacĂ©s. Alors qu'ils ont des clients majeurs aux États-Unis. Et dans le cas de Mistral, des investisseurs proches de l'administration Trump.

🔗 Mistral, SAP, Capgemini
 l'administration Trump menace des champions français et europĂ©ens de reprĂ©sailles

L'Ăšre du numĂ©rique de l'incertitude, celle de 2020-2025, est terminĂ©e. On entre de plain-pied dans l'Ăšre de l'impensĂ© oĂč rien de ce que nous considĂ©rions comme stable ne le restera longtemps.

Il faut considĂ©rer ces cinq derniĂšres annĂ©es comme une pĂ©riode de bĂȘta-test, oĂč l'on a testĂ© diffĂ©rentes tentatives pour redĂ©finir les rapports de force.

Désormais on passe à l'étape suivante :

  • un monde un peu fou et qui n'est pas toujours clair et que j'essaie de dĂ©crypter avec Cybernetica.
  • Un monde dans lequel il faut rĂ©flĂ©chir vite et dont il faudra se protĂ©ger mais aussi maĂźtriser.

C'est pourquoi je préfÚre parler de résilience plutÎt que de souveraineté.


La souveraineté est l'objectif ; La résilience est la réalité atteignable.

Réparer le numérique européen

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4 L'IA recompose les organisations

L'IA recompose dĂ©jĂ  les grandes organisations. Toutes, y compris l'État, seront attaquĂ©es en leur cƓur : la gouvernance.

Pendant la période dorée du numérique, l'objectif était la «transformation digitale» : en pratique, beaucoup de com' et des logiciels SaaS pour fluidifier les échanges : par exemple mettre la boßte sur Slack et faire de jolis posts LinkedIn.

Avec l'IA, on ne parle plus d'optimiser. On parle de faire disparaĂźtre.

Soutenir une stratégie IA est un dilemme pour beaucoup de dirigeants : c'est soutenir l'outil de leur propre effacement.

L'IA ne va pas s'arrĂȘter au support client. Elle va remonter toute la chaĂźne de valeur. La plupart des directeurs d'administrations publiques n'ont pas compris que dans cinq ans, l'IA aura dĂ©structurĂ© leur rĂŽle et dĂ©montrĂ© l'inutilitĂ© de leurs processus.

La question pour nous citoyens : s'assurer que l'État ne s'effondre pas sous le poids de sa complexitĂ© et de la dĂ©nonciation massive de ses niches d'improductivitĂ©.

L'administration ressemble de plus en plus aux carriĂšres de gypse du nord parisien. Attention oĂč l'on creuse.


5 L'Ăšre du post-cloud et post-mobile

source : Peder Schaefer

Bonne ou mauvaise nouvelle selon votre position : le business du cloud traditionnel est en train de mourir. En 2026, ce n'est plus qu'une technologie transitoire.

La gĂ©opolitique accĂ©lĂšre le post-cloud. La radicalisation des CEO Big Tech et les nouvelles conflictualitĂ©s États-Unis/Europe ont pris l'industrie de court. On entre dans l'Ăšre post-cloud : infogĂ©rance 2.0, Airgap datacenters, technologies hybrides IA.

Combien d'entreprises sont prĂȘtes Ă  basculer quand les tensions avec les États-Unis vont augmenter ?

La mĂȘme question se pose pour les startups qui ne vivent que de l'Ă©cosystĂšme mobile, du cloud clĂ© en main et du rĂ©fĂ©rencement par les grandes plateformes. Elles aussi doivent Ă  toute vitesse se poser la question de leur dĂ©pendance aux App Stores, aux rĂ©seaux sociaux et au SEO sous peine de se retrouver prises en otage d'une guerre technologique entre les États-Unis et l'Europe.

Ceux qui pensaient avoir enfin un produit stable avec le cloud extra-européen sont désormais challengés non plus par les activistes mais par leurs utilisateurs qui les critiquent sur les choix de leurs technologies.

Cela fait 5 ans qu'ils auraient dĂ», au moins dans les mots, avoir un plan B.


6 L'Internet de défiance

Coupure de cĂąble sous-marin dans la mer Baltique

Car s'il faut comprendre autre chose, c'est que si l'Internet reposait sur la coopération (au niveau du routage TCP/IP), la collaboration et l'émancipation, le New Internet reposera sur l'inverse.

Toutes les problĂ©matiques que nous devons affronter dĂ©sormais sont contre-intuitives (et font mal au cƓur).

Les décisions pragmatiques de l'ancien monde seront remplacées par des rapports de force à mitiger. Sans cesse. Il va donc falloir réfléchir autrement, moins de rationalisme analytique, plus d'intuition.

J'aurai l'occasion d'y revenir en détail dans l'année 2026.


7 La disruption de l'Internet grand public : AI made the smartphone dumb

Nouveau : ChatGPT search | OpenAI

L'arrivée de l'IA apporte aussi son lot de disruption vis-à-vis du consommateur.

L'arrivĂ©e de ChatGPT a mĂȘme changĂ© l'outil qu'on utilise tous les jours en premier, le search, qui Ă©chappe de plus en plus Ă  Google. Tous les logiciels construits avant ChatGPT semblent avoir beaucoup moins de valeur qu'avant comme nos tĂ©lĂ©phones mobiles.

L'IA s'est aussi immiscée dans la conversation sur la souveraineté.

Au moment oĂč l'Europe parle de crĂ©er des clouds souverains, l'IA a changĂ© les rĂšgles et rendu cette infrastructure dite souveraine construite trop tard quasiment obsolĂšte. La bataille qui se mĂšne aux USA Ă  coup de milliers de milliards de dollars n'a fait qu'augmenter le dĂ©sĂ©quilibre numĂ©rique avec l'Europe.

Entre la Chine qui nous ouvre son savoir et les États-Unis qui augmentent les coĂ»ts d'usage, l'Europe devra comme les autres rĂ©gions du monde devenir un AI Swing State, un endroit oĂč coexistent les deux type de technologies.

Image tiré de ma présentation : The geopolitics of intelligent machines (Web Summit)

8 L'IA et la question de la bulle

Évidemment au-delĂ  des aspects techniques, culturels et organisationnels, nous ne savons toujours pas comment l'IA en 2026 sera financĂ©e.

Rappelons que la construction de l'infrastructure américaine en IA y soutient une grande partie de la croissance. Avec prÚs de 2 000 projets de datacenters en cours, la question de la bulle et de la rentabilité se pose.

Il est important de rappeler que Softbank, l'un des grands argentiers du projet StarGate d'OpenAI, a vendu sa participation dans Nvidia pour pouvoir honorer son financement d'OpenAI.

Entre la titrisation de la dette des datacenters et le Credit Default Swap d'Oracle, il faut revoir le film The Big Short et se demander quel sera l'événement qui pourrait faire éclater cette bulle de l'infrastructure.

Une des meilleurs scĂšne du film (Il est sur Netflix)

Un sujet Ă  suivre, mais qui ne doit pas paralyser votre stratĂ©gie 2026. Il faut ĂȘtre bubble resilient.


9 France is under attack

Il n'y a jamais eu autant d'attaques cyber et de vols de données. Et pourtant aucune communication de crise du gouvernement à ce jour.

Le dernier tweet de Clément fait froid dans le dos

En surface rien de nouveau. Ce qui est arrivé en Ukraine, d'un point de vue cyber (hacking infrastructure), d'un point de vue guerre hybride (désinformation) mais aussi d'un point de vue guerre épistémique (empoisonnement des LLM pour obliger les IA à ne dire qu'une certaine vérité), est en train de devenir la norme.

Mais la France n'a jamais été autant attaquée qu'en 2025. La stratégie qui consistait à protéger la France uniquement pendant certains événements, comme les JO, a elle échoué ?

La France est empĂȘtrĂ©e dans une guerre numĂ©rique permanente et totale. Ce n'est plus un conflit Ă  basse intensitĂ©. 9 Français sur 10 ont Ă©tĂ© piratĂ©s. La liste s'allonge chaque jour.

💡
Je suggĂšre depuis longtemps l'idĂ©e d'un ministre du Cyber pour le domaine civil hors champ des OIV (OpĂ©rateurs d'Importance Vitale) qui dĂ©pend de l'ANSSI. Un poste distinct du ministre du NumĂ©rique qui serait une bonne façon de coordonner l'ensemble des acteurs. Peut-ĂȘtre au prochain remaniement ?

10 L'IA disrupte l'économie de l'attention

Cette disruption est massive. Depuis Cambridge Analytica, on sait que l'accaparement de l'attention sur les réseaux sociaux impacte la politique.

En année d'élections, c'est un sujet à suivre comme le lait sur le feu.

Toutes les rÚgles des années 2000 sont caduques avec l'arrivée des agents.

Supercharging AI Agents with RSS, Atom & JSON Feeds: A Developer's Guide to  feed-mcp | by Richard Wooding | Medium

Ils permettent à chacun de se construire une revue de presse personnalisée chaque matin, sans voir un seul site web ni une seule publicité. On parle désormais de Web 0 pour décrire ce phénomÚne.

Rappellons que ce procĂšs entre OpenAI et le NYTimes qui est le vrai AI Act (car lui sera suivi d'effets) avait pour origine le fait que ChatGPT peut reconstruire les articles du journal qu'il a lus.


Remarque : Cette question d'accéder au contenu source ou à sa version résumée ou réécrite sera l'un des sujets les plus importants de 2026.

Écrire des choses devient un dilemme. Cette newsletter a Ă©tĂ© Ă©crite manuellement et Ă©ditĂ©e pour l'orthographe et la typographie par l'IA. Pourtant je sais qu'une partie de mon audience va la triturer avec son chatbot sans peut-ĂȘtre la lire intĂ©gralement.

Avons-nous le temps de choisir quoi lire ou allons-nous utiliser le temps que nous avons pour lire plus de résumés ? C'est une question que je me pose souvent. J'essaie de lire le plus de raw text possible, et surtout de prendre des notes à la main et de repartir de cela pour réfléchir.

Je pense qu'en 2026 on aura la partie automatisable de sa vie cognitive et une partie non négociable, celle qu'il faut entretenir comme son corps.

Il serait idiot d'atrophier son cerveau au moment « gĂ©opolitique » oĂč on en aura le plus besoin !


Conclusion

En 2026, je vais rĂ©flĂ©chir avec vous (Cybernetica), aider certains d'entre vous (The Sovereign Way), et construire de nouvelles choses dans la mĂȘme philosophie.

💡
Ma seule promesse : Cybernetica restera un lieu de réflexion différente, qu'on ne trouve pas ailleurs.

Quand je regarde qui me lit, je vois un public varié : des geeks et des CISO, mais aussi des gens dans les cabinets ministériels, la défense, le renseignement, des fondateurs de startups IA, des chercheurs, et des particuliers qui veulent juste réfléchir autrement.

Depuis deux ans, vous m'avez convaincu d'écrire, de prendre le temps d'exprimer ma pensée. Je vous en suis infiniment reconnaissant.

Comme vous le savez je suis un gros consommateur de news et je partage à mes abonnés payants toute ma veille stratégique.

Je partage aussi les films de SF méconnus dans le cadre du Ciné -Club.

🍿 Bonus abonnĂ©s : Les 40+ films pour comprendre la culture hacker
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En avez vous vu alors ?

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Cette annĂ©e 2026 sera l'annĂ©e oĂč on va prendre le temps d'organiser des rencontres entre membres et je l'espĂšre une confĂ©rence sur le numĂ©rique de l'incertitude.

Merci de votre confiance et Ă  trĂšs vite.

Bonne année à vous tous !

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