🔮 Le jour d’aprùs n’est pas pour demain

Pourquoi est-on d’accord sur le constat mais bloquĂ© sur l’action ?

🔮 Le jour d’aprùs n’est pas pour demain

Alors que le monde politique s’agite autour de la nomination du nouveau gouvernement et, avec lui, d’une nouvelle ministre du numĂ©rique un paradoxe devient impossible Ă  ignorer.

Plus on parle du numérique et de ses problÚmes, moins on agit concrÚtement.

Prenons la souverainetĂ© numĂ©rique. DĂ©sormais, tout le monde s’accorde Ă  dire que c’est un enjeu majeur. MĂȘme le cabinet Asteres, pourtant rĂ©putĂ© proche des grandes plateformes, l’affirme dans une Ă©tude commandĂ©e par le Cigref : nos dĂ©pendances aux big tech nous coĂ»tent trop cher. Il serait urgent de changer de modĂšle.

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Si vous vous souvenez, nous avions dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans cette newsletter qu’il valait mieux se prĂ©parer Ă  une explosion des coĂ»ts d’usage des grandes plateformes amĂ©ricaines, plutĂŽt qu’à un scĂ©nario de coupure brutale du rĂ©seau.

Depuis que VMware, la sociĂ©tĂ© qui motorise le cloud avec ses outils de virtualisation, a fait flamber le prix de ses licences, de grandes entreprises françaises dĂ©couvrent avec effroi qu’elles n’ont pas forcĂ©ment les budgets pour suivre.

Comme nous l’avons souvent Ă©crit, ce n’est que face au mur que l’on voit vraiment le mur.

Ce qui vaut pour la souverainetĂ© vaut aussi pour la cybersĂ©curitĂ©. Lors de plusieurs confĂ©rences rĂ©centes, le patron de l’ANSSI a dressĂ© un tableau apocalyptique des menaces qui nous attendent, sans la rĂ©serve habituelle de l’agence. Il faut dire que ces deux derniĂšres annĂ©es, la quasi-totalitĂ© des services en ligne ont Ă©tĂ© piratĂ©s et que l’ensemble des donnĂ©es des Français s’est retrouvĂ© sur le dark web.

Comme pour la souverainetĂ©, tout le monde sait ce qu’il faudrait faire et comment s’y prendre. Mais alors, si politiques, industriels et acteurs du numĂ©rique partagent le mĂȘme constat, pourquoi rien n’avance ?

En rĂ©alitĂ©, si tout le monde est d’accord sur le diagnostic, surtout parce qu’il n’est plus possible de l’ignorer politiquement, personne ne s’accorde sur les solutions ni sur la rapiditĂ© avec laquelle les mettre en Ɠuvre.

Passer de « il faudrait faire » Ă  « voilĂ  ce qu’on peut faire maintenant » reste difficile. Trop de monde a intĂ©rĂȘt Ă  entretenir un entre-deux et Ă  prolonger l’inaction.

Depuis quelques années, la stratégie a consisté à écarter ceux qui portent des solutions concrÚtes et une vraie volonté de changement.

L’action mobilise des profils diffĂ©rents, comme on a pu le constater lors de la crise du Covid. Elle remet aussi en cause de nombreux pouvoirs acquis et des structures de financement bien installĂ©es.

Pourtant, il faudra bien passer d’un Ă©cosystĂšme de problĂšmes Ă  rĂ©soudre Ă  un Ă©cosystĂšme de solutions Ă  mettre en Ɠuvre.

Les exemples ne manquent pas. Quand on parle de dépendance numérique, plusieurs pistes existent :

  • Changer les postes clients Windows de toute l’administration pour passer sur des postes Linux, comme l’ont fait la gendarmerie nationale ou l’armĂ©e de l’air.
  • On pourrait imaginer une bascule en quelques annĂ©es de la totalitĂ© des postes clients et mettre en place des stratĂ©gies de financement pour l’accompagner.
  • MĂȘme pour le mobile, il existe deux alternatives Ă  Android open source et totalement indĂ©pendantes de Google, qui pourraient permettre de crĂ©er de nouvelles flottes de terminaux libres de toute dĂ©pendance.
  • On pourrait choisir une liste de logiciels de remplacement, en crĂ©ant des quotas d’achats pour quelques centaines de millions d’euros par an de logiciels alternatifs de PME françaises.
  • On peut Ă©galement rĂ©flĂ©chir Ă  ce qu’il nous manque, proposer les logiciels adĂ©quats, puis mettre en place un programme de financement pour les acteurs qui souhaitent les mettre en Ɠuvre.
  • On peut enfin envisager d’investir pour consolider les composants en logiciels libres, souvent essentiels au bon fonctionnement du systĂšme.

En Allemagne ou mĂȘme en Hollande, des fondations s’en occupent. En France, ce systĂšme n’existe pas et les acteurs du logiciel libre sont obligĂ©s de naviguer dans la complexitĂ© des appels d’offres europĂ©ens pour tenter de financer leur recherche et dĂ©veloppement.

Cette transition est en rĂ©alitĂ© plus simple qu’on ne le pense.

Avec l’IA, il n’est plus nĂ©cessaire de consacrer du temps Ă  recrĂ©er des copies conformes des outils d’hier : on peut directement inventer de nouveaux usages.

MĂȘme Microsoft le reconnaĂźt dĂ©sormais. Selon son propre patron, Excel et les outils classiques de bureautique sont dĂ©passĂ©s par les nouveaux services de l’IA.

Pourquoi continuer Ă  s’endetter pour financer ce qui appartient dĂ©jĂ  au passé ?
L’une des premiĂšres mesures serait d’abandonner les formats propriĂ©taires.

Avec l’arrivĂ©e de ChatGPT, nous sommes passĂ©s des fichiers Word Ă  des formats plus simples comme le Markdown, qui facilitent l’édition des contenus.

Pourquoi ne pas gĂ©nĂ©raliser ces formats dans toute l’administration ?

Il y a aussi la question de l’email. Depuis longtemps, nous aurions dĂ» laisser ce service aux acteurs indĂ©pendants, nombreux et compĂ©tents en France, capables de l’opĂ©rer sur leurs propres serveurs.

Enfin, il aurait Ă©tĂ© possible d’imposer une directive pour que l’État n’utilise et n’investisse en communication que dans des rĂ©seaux sociaux sobres et fiables, c’est-Ă -dire ceux qui ne sont pas connus pour propager la dĂ©sinformation ou la manipulation.

Ce n’est peut-ĂȘtre pas trĂšs “fancy”, mais on n’attend pas du service public ou de ses agents qu’ils soient cool sur les rĂ©seaux, simplement qu’ils soient prĂ©sents et efficaces.

Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est que la souverainetĂ© numĂ©rique ressemble de plus en plus au bio : la demande vient des utilisateurs eux-mĂȘmes, et les dĂ©cideurs politiques, dĂ©passĂ©s par cet engouement, commencent Ă  sentir le risque de ne rien faire.

MĂȘme s’il y aurait beaucoup Ă  dire sur le sujet, le retour de Polytechnique sur sa dĂ©cision de passer Ă  Microsoft, ou encore le remplacement de la directrice du Health Data Hub — aprĂšs avoir pris le risque d’hĂ©berger la plateforme chez Microsoft et plusieurs annĂ©es de rebondissements — montrent que les lignes commencent Ă  bouger.

Je dis « semble » car se contenter d’utiliser des outils indĂ©pendants pour reproduire l’existant serait une occasion manquĂ©e.

Je n’ai jamais cru Ă  la centralisation des stratĂ©gies numĂ©riques. Ce qui compte aujourd’hui, c’est de bĂątir une vision commune, oĂč l’humain retrouve toute sa place au cƓur du systĂšme.

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La doctrine de l’État plateforme n’a fait que concentrer le pouvoir entre les mains des consultants et des ESN, incapables d’imaginer le monde d’aprùs.

Pendant des années, un habile storytelling a permis de faire passer le statu quo pour une modernisation. Mais ce cycle touche à sa fin.

L’IA est une rĂ©volution tellement importante et dont les impacts sont tellement imprĂ©visibles qu’il faut se prĂ©parer.

Dans le monde d’aujourd’hui, n’importe quel Français peut tĂ©lĂ©charger les documents du gouvernement, le budget de sa rĂ©gion ou de sa ville, les faire analyser par l’IA et poser ensuite des questions ultra prĂ©cises.

Les mĂȘmes outils permettent aux citoyens de savoir comment remplir les formulaires de la vie courante, et d’atteindre, le temps d’une session, le niveau de compĂ©tence d’un fonctionnaire expĂ©rimentĂ©. Évidemment, l’IA n’a pas toujours la rĂ©ponse parfaite, mais pour beaucoup de Français, les services qu’ils utilisent quotidiennement vont commencer Ă  montrer leurs limites.

L’ùre du citoyen augmentĂ© suppose des services publics de haut niveau, mais aussi des fonctionnaires augmentĂ©s, capables de disposer de la latitude nĂ©cessaire pour opĂ©rer Ă  la vitesse nouvelle qu’on attend dĂ©sormais d’eux.

Or, ce que l’on constate, c’est que l’administration reste bloquĂ©e dans les annĂ©es 2010, celles des GAFAM « gentils » et du Web 2.0, oĂč les stratĂ©gies de donnĂ©es ouvertes et la bienveillance numĂ©rique pouvaient encore se vendre au citoyen.

Ça, c’était avant que l’IA avale notre gouvernement numĂ©rique de maniĂšre indiscriminĂ©e pour crĂ©er des modĂšles de donnĂ©es qui espĂšrent les remplacer.

Alors que tous les politiques ont les yeux rivĂ©s sur 2027, peu ont compris que le niveau de compĂ©tence des citoyens va exploser, boostĂ©s Ă  l’IA, ils vont apprendre Ă  vitesse accĂ©lĂ©rĂ©e et avec un niveau d’exigence qui n’a jamais Ă©tĂ© demandĂ© auparavant.

Toute une gĂ©nĂ©ration d’acteurs publics qui n’a pas compris les enjeux de l’IA, c’est-Ă -dire qu’une inversion du pouvoir au service des citoyens, bien plus agiles, plus informĂ©s et plus exigeants grĂące Ă  l’IA, a dĂ©jĂ  commencĂ©.

Et hĂ©las, beaucoup restent convaincus qu’il suffit de parler d’un futur souverain que tout le monde souhaite, mais qu’ils ne savent pas dĂ©livrer, ce qui masque aussi leur impuissance Ă  imaginer ce qui arrive aprĂšs.

S’ils savaient.

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