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La semaine derniĂšre, nous avons discutĂ© dâune bulle de lâinfrastructure de lâIA.
- Avec un risque important : celui de lâexplosion de la dette secondaire, celle des fournisseurs qui, face Ă la folie de construction des datacenters, doivent sâendetter avec un risque latent. Ce risque existe en Europe aussi.
- Mais si les valorisations et les montants sont importants, beaucoup dâinvestisseurs de la Silicon Valley continuent Ă soutenir quâil ne sâagit pas dâune bulle, mais dâun rĂ©alignement rationnel du capital.
Cette semaine, nous allons explorer cette nouvelle reconfiguration industrielle et les conséquences économiques et politiques. En prenant le parti de la Silicon Valley.
Petite plongĂ©e dans les rĂ©flexions du moment sur lâIA.
Tout dâabord, le marchĂ© de lâIA a profondĂ©ment changĂ© depuis le 28 octobre 2025. OpenAI a enfin officialisĂ© son nouvel accord avec Microsoft.
- Le plafond des revenus, qui Ă©tait restreint par le montage historique, a Ă©tĂ© enlevĂ©. Sous la OpenAI Foundation, a Ă©tĂ© créée une entitĂ© Ă but lucratif, lâOpenAI Group PBC (Public Benefit Corporation), qui concentre dĂ©sormais toutes les activitĂ©s commerciales : dĂ©veloppement de modĂšles, produits (ChatGPT, API, etc.) et partenariats industriels.
- Microsoft dĂ©tient environ 27 % du capital de cette structure et conserve les droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle sur les modĂšles dâOpenAI jusquâen 2032.
- Microsoft reste le principal fournisseur de calcul via Azure (avec un engagement dâenviron 250 milliards $ sur la durĂ©e). CâĂ©tait important pour Microsoft de vendre Ă ses clients quâil hĂ©berge ChatGPT dâun point de vue marketing.
- Mais lâaccord ouvre pour la premiĂšre fois Ă OpenAI la possibilitĂ© dâutiliser dâautres clouds et de collaborer avec des tiers pour des produits hors API, marquant la fin de lâexclusivitĂ© totale de Microsoft.
- Enfin, la clause AGI, qui prĂ©voit que si OpenAI atteint une intelligence artificielle gĂ©nĂ©rale ( validĂ©e par un panel indĂ©pendant ) alors les droits de Microsoft devront ĂȘtre renĂ©gociĂ©s, semble toujours en place.
La peur dâun Ă©clatement de la bulle a sĂ»rement Ă©tĂ© lâun des principaux motifs dâun deal rapide. Personne, surtout pas Microsoft, dont les valeurs stratosphĂ©riques sont liĂ©es Ă lâIA, nâavait dâintĂ©rĂȘt Ă ce que la situation dâOpenAI reste bancale.
Nous sommes désormais dans un monde nouveau avec des rÚgles nouvelles que nous allons étudier en détail ici.
Principaux enseignements
- Il ne s'agit pas d'une bulle spĂ©culative : Contrairement aux annĂ©es 2000, lâinfrastructure actuelle (GPU, data centers) est rĂ©ellement utilisĂ©e avec un retour sur investissement positif.
- Les gĂ©ants technologiques contrĂŽlent toute la chaĂźne de valeur : Google, OpenAI, Nvidia, Meta disposent des ressources financiĂšres, humaines et techniques pour verrouiller lâinnovation autour de lâIA. Ăa va ĂȘtre trĂšs dur pour des entreprises de type Mistral (qui veut lever 6 milliards pour rester dans la course).
- Les puces IA deviennent le nouveau champ de bataille : Le duel Google (TPU) vs Nvidia structure les rapports de force Ă venir et explique les derniers partenariats circulaires de Nvidia. Google a annoncĂ© quâil va commercialiser ses puces pour dâautres acteurs.
- La baisse des marges brutes est le nouveau modÚle économique : Contrairement aux logiciels SaaS, les applications IA consomment énormément de calcul. Des marges faibles sont compensées par une adoption réelle.
- Les modĂšles Ă©conomiques vont ĂȘtre profondĂ©ment modifiĂ©s : Le passage de la facture Ă lâusage vers une facture aux rĂ©sultats va changer le business model de lâIA.
- Les robots arrivent : Tesla et la Chine mĂšnent la course aux humanoĂŻdes. Câest le nouveau terrain de jeu.
Une chose est sĂ»re, câest quâon va devoir apprendre Ă normaliser des investissements de plusieurs milliers de milliards de dollars et un dĂ©clin de marges historiquement Ă©levĂ©es dans la Tech.
LâIA reste encore dans une phase dâintĂ©gration industrielle massive. Voici quelques Ă©lĂ©ments dâune note pour un de nos clients sur ces questions.
Différences structurelles avec la bulle de 2000
97 % de la fibre installĂ©e Ă©tait inutilisĂ©e (non âallumĂ©eâ) au sommet de la bulle de 2000. Aujourdâhui, tous les GPU sont saturĂ©s.
- Les valorisations sont bien plus rationnelles quâĂ lâĂ©poque (Nvidia Ă 40x les bĂ©nĂ©fices vs Cisco Ă 150x en 2000).
- Google, Meta, Microsoft et Amazon ont fortement investi dans lâIA, en achetant des GPU et en construisant des data centers.
- Depuis cette montĂ©e en puissance des dĂ©penses (capex), leur retour sur capital investi (ROIC) a augmentĂ© dâenviron 10 points. Cela signifie que ces investissements massifs sont rentables.
- Contrairement Ă la bulle de 2000, oĂč les infrastructures Ă©taient sous-utilisĂ©es, ici les ressources (GPU) sont pleinement exploitĂ©es, ce qui amĂ©liore directement la rentabilitĂ© de ces groupes.
- La question qui est posĂ©e, câest Ă©videmment celle des business modĂšles qui font tourner ces nouvelles infrastructures.
Implication stratĂ©gique : LâidĂ©e quâil ne s'agit pas dâun emballement spĂ©culatif, mais dâun changement de volume et dâinfrastructure fait son chemin dans la Silicon Valley.
Concentration du capital et barriĂšre Ă lâentrĂ©e
Les géants du numérique détiennent 500 milliards de dollars de cash.
- Les principales entreprises du secteur technologique (Apple, Microsoft, Google Alphabet, Amazon, Meta, Nvidia ) ont accumulé collectivement environ 500 milliards de dollars de trésorerie disponible sur leurs bilans.
- Cet excĂšs de liquiditĂ©s leur donne une capacitĂ© dâinvestissement âillimitĂ©eâ dans les infrastructures IA (data centers, GPU, puces, logiciels).
- Exemple : Microsoft dispose de plus de 80 milliards de dollars en cash. Alphabet dépasse les 100 milliards.
- Pour Ă©viter un effet dâasphyxie, les nouveaux entrants comme CoreWeave, Mistral Data Center, Fluidstack sont aidĂ©s par Nvidia mais nâont ni la mĂȘme Ă©chelle de capital, ni probablement lâaccĂšs prioritaire au matĂ©riel (ce quâElon Musk a rĂ©ussi brillamment pour son data center Colossus lâannĂ©e derniĂšre).
- En plus de leur trésorerie, ces groupes génÚrent chaque année un flux de trésorerie net (free cash flow) combiné de plus de 300 milliards de dollars.
- Cela leur permet de réinvestir massivement chaque année, sans dépendre de la dette ou du financement externe.
Exemples annuels (approximatifs) :
- Apple : ~100 Mds $
- Microsoft : ~65 Mds $
- Alphabet : ~60 Mds $
- Nvidia : ~60 Mds $
- Meta : ~40 Mds $
- Amazon : ~30 Mds $
Contrairement Ă ce que beaucoup espĂ©raient, lâIA ne remet pas en cause lâordre Ă©tabli, elle renforce la position des acteurs dominants (Big Tech), car ils ont les donnĂ©es (Google Search, YouTube, Facebook, Instagram, etc.), la distribution (navigateur, OS, smartphones, objets connectĂ©s, plateformes), les ressources en calcul (GPU, cloud interne) et les talents (chercheurs, ingĂ©nieurs IA)
Mais surtout le capital pour soutenir des investissements Ă faible marge dans lâIA pendant plusieurs annĂ©es.
Dans un contexte de concentration de pouvoir technologique, les stratĂ©gies de souverainetĂ© numĂ©rique des Ătats et des PME sont compliquĂ©es, car elles ne peuvent pas intĂ©grer les revenus Ă faible marge .
Amazon, Uber n'ont réussi leur pari que parce qu'ils sont sur un marché global qui permet de transformer des marges minimes en source de revenus consolidées globalement.
Une initiative nationale, voire mĂȘme europĂ©enne dans l'IA, ne sera pas suffisante. Sauf si on adopte un modĂšle Ă la chinoise.
La baisse des marges, câest le nouveau business model
- Une baisse des marges est perçue positivement par le marché : elle indique une réelle utilisation des modÚles IA.
- Les entreprises SaaS qui refusent de revoir leur modÚle risquent de se faire dépasser, voire disparaßtre.
- Microsoft ou Adobe semblent montrer quâun passage vers lâIA est possible, mĂȘme avec une pression sur les marges.
Implication stratĂ©gique : Les marchĂ©s financiers sont progressivement en train dâaccepter que la tech produise des marges plus faibles pour rester dans la course.
Comme nous lâavions expliquĂ© dans une prĂ©cĂ©dente newsletter, reste Ă savoir si lâĂ©lectricitĂ© sera ou non disponible en quantitĂ© suffisante.
Le duel dâinfrastructure de 2026 : Nvidia vs Google (TPU)
- Nvidia nâest plus un simple fabricant de puces : câest un constructeur de datacenters complets, avec logiciels, rĂ©seaux et racks.
- Google (via les TPU) propose en rĂ©alitĂ© lâalternative principale Ă lâĂ©cosystĂšme Nvidia, mais cette technologie est exclusivement en interne.
- La licence des TPU Ă dâautres plateformes (via Broadcom) par Google pourrait dĂ©stabiliser les autres initiatives de puces dĂ©diĂ©es. En effet, si Google commence Ă les vendre massivement, les autres projets de puces (ex : Amazon Trainium, Groq) risquent de perdre tout intĂ©rĂȘt.
Google a dĂ©jĂ 3 Ă 4 gĂ©nĂ©rations dâavance. Il est quasiment impossible de les rattraper Ă court terme pour une nouvelle entreprise dans les puces.
Implication stratégique : Le contrÎle des couches matérielles et logicielles devient un levier de puissance économique et géopolitique.
Avec son partenariat avec OpenAI, AMD joue un rĂŽle de solution de secours si les puces conçues en interne par OpenAI nâĂ©taient pas prĂȘtes. Ce sont dĂ©sormais des GPU alternatifs, mais qui restent moins visibles que Nvidia.
La bataille pour le contrÎle des interfaces utilisateurs et de la boucle de rétroaction

- Lâenjeu majeur de 2026 est de contrĂŽler la donnĂ©e post-interaction (feedback loops).
- Les modĂšles IA apprennent dĂ©sormais via leurs utilisateurs, crĂ©ant un effet volant semblable Ă lâĂšre des plateformes sociales. Comme pour le search, puis pour les rĂ©seaux sociaux, câest le volume dâinteraction qui crĂ©e la diffĂ©rence.
Câest pour cela que la bataille des points dâentrĂ©e ne fait que dĂ©marrer : navigateur, chatbots, assistants.
Mutation des modĂšles Ă©conomiques : de la facturation Ă lâusage Ă la facturation au rĂ©sultat
- LâIA favorise les modĂšles Ă©conomiques Ă la performance en Ă©quivalence humaine. De nombreux indicateurs sont en train dâĂȘtre mis en place, non pas pour Ă©valuer comment lâIA remplace le travail humain, mais pour la facturation du travail Ă©quivalent humain.
- Les entreprises, si elles intĂšgrent lâIA, vont devoir mettre en Ćuvre des produits IA Ă marge nulle, adossĂ©s Ă leur activitĂ© existante. Le seul intĂ©rĂȘt, câest que les rĂ©sultats paient pour cet investissement.
- De nombreuses entreprises cotées refusent encore ce virage, par peur de réaction boursiÚre.
Savoir monĂ©tiser lâintelligence, pas seulement le logiciel, sera le graal.
La question est de savoir qui, entre une entreprise AI first et une entreprise qui intĂšgre de lâIA, aura la meilleure marge dâusage.
Robotique : le prolongement physique de lâIA
- Les robots humanoĂŻdes (ex. Tesla Optimus) progressent Ă une vitesse impressionnante. Câest surtout en Chine que les progrĂšs sont les plus flagrants.
- Quand on regarde les investissements, il semble quâun des dĂ©bats sur la forme des robots est clos : lâhumanoĂŻde domine par compatibilitĂ© avec lâenvironnement humain. Les marges seront encore plus fines, il faut donc pas se rater dans lâimplĂ©mentation.
- La Chine sera le grand rival de Tesla dans ce secteur, et lâEurope brille par son absence.
Conclusion temporaire
N/evernon 2025
Il y a donc deux conversations : une bulle secondaire de lâinfrastructure, couplĂ©e Ă une phase de restructuration stratĂ©gique du capital numĂ©rique mondial.
Lâobjectif, câest lâaccĂ©lĂ©ration de lâasymĂ©trie entre ceux qui ont lâinfrastructure, la donnĂ©e et la distribution, et ceux qui en dĂ©pendent.
La question de lâautonomie cognitive, qui mâoccupe Ă travers mes nouvelles activitĂ©s, est dâapprendre Ă naviguer dans un monde oĂč les superintelligences, les intelligences passives et les intelligences locales vont coexister. Comment garder le fil ?
Cette question est stratĂ©gique pour les Ătats et les institutions.
- Beaucoup dâacteurs du retail, au dĂ©part, nâont pas voulu faire de concurrence Ă Amazon, car ils trouvaient que les marges Ă©taient trop faibles par rapport au retail classique.
- Et pourtant, Amazon a montrĂ© quâil Ă©tait possible de vivre avec des marges ultra-rĂ©duites et de sâen servir pour crĂ©er lâune des entreprises les plus rentables de lâhistoire : Amazon Web Services.
LâIA a le mĂȘme problĂšme mais avec un facteur 1000.
Le souci, câest que le monde non-IA nâest pas prĂȘt Ă une commoditisation de lâintelligence. Dans une entreprise comme Amazon, cela veut dire licencier des gens pour les remplacer par des achats de GPU. Amazon a compris avant dâautres que les trĂšs faibles marges vont obliger AWS Ă inventer un nouveau modĂšle beaucoup moins profitable.
Peu d'industriels en Europe lâont pour lâinstant compris.
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