Nous sommes nombreux Ă le pressentir : nous entrons dans un monde oĂč la fiabilitĂ© de lâinfrastructure numĂ©rique sur laquelle nous nous appuyons nâest plus garantie, et notre gouvernement ne semble pas encore en prendre la mesure.
Plusieurs choses sont en train de se passer, comme nous lâavons prĂ©vu depuis longtemps, si vous me lisez.
- Les prix de la Tech vont monter.

- Les rĂšgles de sĂ©curitĂ© sont en train de sâaffaiblir
Aux Ătats-Unis, on bascule, pour simplifier, vers un modĂšle oĂč tout ce qui a Ă©tĂ© validĂ© avec lâEurope peut ĂȘtre remis en question. Nous en avions parlĂ© avec le risque que le Privacy Data Framework se retrouve invalidĂ© et que la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es des EuropĂ©ens sur les services amĂ©ricains ne soit plus garantie.

Mais la menace ne vient pas que des Ătats-Unis, en Europe, il y a ceux qui nâont toujours pas compris (ou font semblant de ne pas comprendre) quâil est complĂštement suicidaire dâaffaiblir les mesures de sĂ©curitĂ© existantes Ă la veille dâune guerre hybride mondiale qui risque de sâintensifier.
Regardez ce quâil sâest passĂ© en Angleterre
Octobre 2019 : Les Ătats-Unis, le Royaume-Uni et lâAustralie demandent Ă Facebook dâinclure des portes dĂ©robĂ©es dans ses applications de messagerie chiffrĂ©e pour permettre lâaccĂšs aux communications des utilisateurs. Ă lâĂ©poque, ces entreprises avaient rĂ©sistĂ© aux pressions gouvernementales, arguant que la mise en place de portes dĂ©robĂ©es crĂ©erait des failles de sĂ©curitĂ© exploitables non seulement par les autoritĂ©s, mais aussi par des cybercriminels, compromettant ainsi la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es de tous les utilisateurs.
21 fĂ©vrier 2025 : Apple annonce le retrait de sa fonctionnalitĂ© Advanced Data Protection (ADP) pour les utilisateurs britanniques dâiCloud, en rĂ©ponse Ă une demande du gouvernement britannique exigeant un accĂšs aux donnĂ©es chiffrĂ©es des utlisateurs. Cette dĂ©cision fait suite Ă une demande en vertu de lâInvestigatory Powers Act de 2016, obligeant les entreprises Ă fournir aux autoritĂ©s un accĂšs aux donnĂ©es chiffrĂ©es.
24 fĂ©vrier 2025 : Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national des Ătats-Unis, critique publiquement la demande du Royaume-Uni, arguant que cela violerait les droits Ă la vie privĂ©e des AmĂ©ricains et pourrait conduire Ă des exploitations cybernĂ©tiques.
25 fĂ©vrier 2025 : Les utilisateurs britanniques dâApple expriment leurs prĂ©occupations concernant la perte de la fonctionnalitĂ© ADP, craignant une diminution de la confidentialitĂ© et une exposition accrue aux menaces. Ils sont dĂ©sormais sans protection dans un monde numĂ©rique de brutes.
Et la France? Elle veut faire la mĂȘme chose
12 juillet 2024 : DépÎt au Sénat de la proposition de loi visant à « sortir la France du piÚge du narcotrafic », incluant des mesures sur le chiffrement des communications.
28 janvier 2025 : Adoption par le SĂ©nat dâun amendement imposant aux services de messagerie chiffrĂ©e dâimplĂ©menter des portes dĂ©robĂ©es (backdoors) permettant aux autoritĂ©s dâaccĂ©der aux communications des suspects.
4 février 2025 : Adoption en premiÚre lecture de la proposition de loi par le Sénat.
25 fĂ©vrier 2025 : LâAlliance française des industries du numĂ©rique (AFNUM) adresse une lettre aux parlementaires et au gouvernement dĂ©nonçant une atteinte grave Ă la cybersĂ©curitĂ©. Elle alerte sur le risque que ces obligations poussent les industriels Ă crĂ©er une faiblesse systĂ©mique dans le chiffrement des messageries.
28 fĂ©vrier 2025 : Le PDG dâOlvid, Thomas BaignĂšres, sâoppose catĂ©goriquement Ă la mesure et rappelle quâune backdoor sera inĂ©vitablement exploitĂ©e par des acteurs malveillants, affaiblissant la sĂ©curitĂ© globale des communications. Mais si la loi est adoptĂ©e, il fera comme tout le monde.
4-7 mars 2025 : Examen de la proposition de loi en commission des lois Ă lâAssemblĂ©e nationale.
17 mars 2025 : Début des débats en séance publique prévus sur la proposition de loi et son amendement relatif aux portes dérobées.
Le risque que Signal quitte la France est important et suicidaire pour les Français.
La question quâil faut aussi se poser, câest si tout cela nâest pas une capture rĂ©glementaire destinĂ©e Ă imposer des solutions pas totalement sĂ©curisĂ©es et crĂ©er un Clipper Chip Ă la française ?

Quelle est la position de la ministre Clara Chappaz qui prend un risque personnel, Ă mon avis, Ă vouloir faire passer cet amendement ?
Allez donc commenter son post

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