Se préparer au découplage transatlantique

Tout le monde en parle, mais rares sont ceux qui ont un plan. Voici le nôtre.

Se préparer au découplage transatlantique
Le nouveaux outils d'IA personnelles locales arrivent en 2026.

Depuis le début de l'année c'est une évidence pour chacun d'entre nous. Le monde a basculé dans une ère d'incertitude turbulente. Les scénarios les plus troublants sont désormais les plus plausibles.

Au cœur de l'État et dans les think tanks, on est passé de l'inquiétude à la panique.

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En quarante ans de numérique, je n'ai jamais vu un moment comme celui-là.

C'est un moment qu'il est difficile de nommer et que j'ai appelé, faute de mieux le Big Shift, un terme qui au moins, a le mérite de la clarté.

Nous vivons tout d'un coup et au même moment :

  • une fragmentation géopolitique inédite qui fragilise l'Europe
  • la fin brutale de la Tech Naïve
  • la militarisation assumée du monde numérique (où il faudra payer pour être protégé)
  • le remplacement de la stack technique qui nous a alimenté ces 20 dernières années, par celle de l'IA encore mal comprise.

Et qui, juste cette semaine, a fait disparaître plus de 285 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Après l'industrie du logiciel, c'est au tour des industries de services, de finance et de conseil (dont la France est l'un des principaux pourvoyeurs) qui se retrouvent disruptées par la nouvelle version de Claude 4.6 d'Anthropic.

Anthropic pourrait faire 30 milliards de revenus cette année.

Et si ce n'était pas suffisant, l'intégration de xAI et de SpaceX pour construire un nouveau conglomérat, plus difficile à attaquer (car l'Europe qui régule les services de Musk a aussi besoin de ses satellites) semble tout droit sortie de la franchise Alien et de la fameuse Weyland-Yutani, une société dont les produits vont de la fabrication d'androïdes à l'exploration de l'Espace.

Prometheus (2012)

Vous m'avez souvent entendu parler de résilience dans cette newsletter

« La souveraineté numérique est morte... Vive la résilience ! »
TRIBUNE. Face à la militarisation croissante de l’Internet, il est urgent d’investir dans la résilience de nos infrastructures numériques.

Ma théorie, il y a trois ans, c'était que la souveraineté numérique aurait dû commencer il y a au moins 10 ans ; la résilience, c'est ce à quoi nous devions nous atteler en cas de problème. L'un des problèmes que j'avais mis en avant dans mes présentations, une possible coupure de l'Internet.

Eh bien, nous y sommes.

Le risque de découplage transatlantique est le terme consacré pour désigner le fait que l'administration américaine peut, à tout moment, en théorie, couper les services numériques que nous utilisons.

Et par services numériques, cela va évidemment au-delà du cloud et des services sur nos mobiles ; on parle des services de paiement, de la télévision (Orange en a déjà fait l'expérience lors de la coupure d'Amazon Web Services) et même de certains services critiques de l'État.

Orange dépend parfois un peu trop de AWS (Amazon) sur la télévision au dépens de ses abonnés Livebox
Officiellement engagé en faveur de la souveraineté numérique européenne, Orange s’appuie pourtant sur les infrastructures cloud d’Amazon pour la diffusion de sa télévision. Une dépendance mise en lumière par une panne majeure. La panne de télévision survenue chez Orange le vendredi 12 septembre 2025 au soir a mis en lumière une dépendance technique rarement assumée […]
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Géopolitique, cyber et numérique ne sont pas trois disruptions indépendantes, elles sont intimement liées. C'est parce que je n'arrivais pas à faire passer ce message au-delà de certaines audiences que j'ai décidé il y a deux ans de créer Cybernetica.

Entre-temps, vous êtes de plus en plus nombreux à vous abonner et je vous en remercie.

Même pour moi, les choses sont de plus en plus difficiles à suivre.

Je reviens du World Government Summit à Dubaï, qui réunissait de nombreux chefs d'État. J'y faisais une présentation sur l'IA dans la nouvelle configuration du monde, juste après le président d'Estonie.

Une nouvelle expérience pour moi.

Quand on présente juste après le président d'Estonie, un pays qui a numérisé l'intégralité de son État et qui sait ce que ça veut dire survivre à une cyberattaque massive, on mesure le décalage avec la France. L'Estonie se prépare. Nous, on débat encore.

Dans les couloirs du WGS, entre deux sessions, l'un des conseillers d'un pays du Golfe m'expliquait leur façon de mettre en œuvre l'IA américaine et chinoise. C'est à ce moment-là que j'ai compris que le futur est trop instable pour n'avoir qu'un seul plan.

Quelques heures plus tard, dans son intervention,Au même moment, des perquisitions au siège de X à Paris et des convocations judiciaires ont été lancées contre Elon Musk et Linda Yaccarino. le premier ministre espagnol annonçait qu'ils allaient aussi, après l'Australie et la France, rendre les plateformes numériques responsables de leurs actions et qu'il demandait l'interdiction des plateformes aux moins de 15 ans.

Au même moment, des perquisitions au siège de X à Paris et des convocations judiciaires ont été lancées contre Elon Musk et Linda Yaccarino., Au Royaume-Uni ce sont deux investigations contre X et Grok qui ont été annoncées. Pareil au niveau de la Commission qui ouvre une enquête dans le cadre du Digital Service Act pour X mais aussi pour TikTok dont le caractère jugé addictif pourrait le soumettre à des amendes.

Alors que la ministre du numérique annonçait son plan Cyber et sa stratégie de souveraineté numérique, le député Philippe Latombe et le sénateur Olivier Cadic, lors d'une conférence de presse, confirmaient la gravité de la situation cyber que nous avons largement couverte ici.

Mais, fait nouveau, ils dénoncent un blocage du projet de loi « Résilience » par la DGSI, en raison d'un article interdisant les portes dérobées dans le chiffrement. Ils estiment que c'est cette obstruction qui empêche la transposition de la directive européenne NIS2, affaiblit la cybersécurité nationale et expose la France à des sanctions européennes. Selon eux, un service de renseignement non élu (la DGSI qui est nommée par de nombreux experts) ferait obstacle à une décision du Parlement.

Cybersécurité : quand les services de renseignement font échec au Parlement
Philippe Latombe et Olivier Cadic accusent les services de renseignement de bloquer un texte renforçant la cybersécurité française.

Il faut faire la distinction entre les backdoors dans les outils télécoms (sujet que nous n'avions pas eu le droit de traiter lorsque j'étais au Conseil National du Numérique) et les portes dérobées qui permettent d'accéder à des services. Ces portes dérobées, qui existent partout dans le monde, posent également le risque d'être découvertes par les services adverses.

Dans l'opération nommée Salt Typhoon, les services chinois ont semble-t-il trouvé les backdoors de la NSA et réussi à dupliquer le contenu de nombreux téléphones de VIP au plus haut sommet de l'État américain.

Affaiblir le chiffrement (il faut se rappeler les leçons du Clipper Chip) c'est accepter que nos communications privées soient lisibles par n'importe qui. Je conseille à ceux qui n'ont toujours pas compris de revoir le film Les Experts (Sneakers) pour en comprendre les enjeux. Je ne rouvre pas le sujet.

Setec Astronomy (1992)


Nous avons changé d'ère, on a changé aussi de dimension et donc de niveau de dangerosité.

Il y a quelques années, nous pouvions nous insurger du manque de compétence technique des politiques, désormais c'est un risque important. Beaucoup d'acteurs du cyber ont totalement raté les questions géopolitiques. Pareil pour les acteurs dits de la transformation numérique, qui n'ont fait que créer des dépendances totales aux grandes plateformes numériques.

La question qui est sur toutes les lèvres, c'est évidemment de savoir dans quelle mesure on se prépare, on se transforme, on agit.

  • Sauf que quasiment tous les cabinets de conseil, de transformation numérique, ESN ont dans leur majorité totalement fait l'impasse sur l'aspect géopolitique, sur le découplage et sur les questions de souveraineté.
  • Pire, ils n'ont aucune idée de la manière dont il faut procéder. Au point qu'il faudrait peut-être les considérer comme des éléments hostiles à votre stratégie.
🤔
Si vous continuez à utiliser les mêmes cabinets de conseil, les mêmes personnes que vous avez payées pour vous mettre dans une situation de dépendance sans plan B, c'est que vous avez peut-être un côté un peu maso.

La réalité, c'est qu'il va falloir faire table rase de pas mal d'idées reçues et de pas mal d'acteurs qui ont démontré leur inutilité totale dans le monde actuel.

Le numérique d'État, certaines grandes entreprises et acteurs du numérique qui sont soit régulés par l'État, influencés par les lobbies et qui parlent de numérique de confiance vivent dans un monde parallèle avec leurs réunions, leurs éléments de langage et leurs observatoires.

Le seul espace sur lequel nous pouvons avancer ensemble c'est la partie grand public.

La semaine dernière j'ai commencé à travailler sur le premier guide de préparation au découplage numérique.

Une des choses que j'ai souvent constaté, c'est qu'on a toujours vu les solutions françaises ou souveraines comme quelque chose de rétrograde, à la différence des outils américains qui sont souvent vus comme des produits qui font avancer. Un des points qui clochent est souvent l'expérience utilisateur qui n'est pas vraiment au cœur du produit.

C'est pourtant possible de faire des produits avec une user experience de niveau international ; je l'ai fait avec Netvibes et Jolicloud, mais je vois régulièrement des produits en France extrêmement bien faits.

Entre l'injonction de passer immédiatement à des solutions souveraines, ou au logiciel libre et de ne rien faire, il y a forcément un entre-deux.

Il faut séparer ce qui est doctrinal de ce qui est pratique, c'est la seule solution pour faire un guide de transition vers quelque chose où l'on garde une grande partie de son contrôle mais aussi de la qualité d'expérience de son numérique quotidien.

💡
L'arrivée d'IA locales, les capacités de vibecoder des services souverains (comprendre qui tournent sur son ordinateur, ou sur une plateforme hébergée en France) vont permettre de voir l'avenir de la souveraineté numérique avec beaucoup plus d'optimisme.

, : inventorier ma propre stack numérique avec l'IA, puis sans l'IA. Le résultat est fascinant. Une partie de ma dépendance aux services classiques avait tout simplement disparu.

Des outils que j'utilisais quotidiennement il y a deux ans, je ne les ouvre plus. L'IA les a rendus inutiles.

Mais en regardant de plus près, je me suis rendu compte que j'avais remplacé une dépendance par une autre. Ma dépendance aux IA américaines, notamment Claude. C'est exactement pour ça que je regarde les IA locales depuis deux ans. Rester en contrôle de mon autonomie cognitive va être cruciale.


C'est aussi un bon moment pour annoncer l'évolution de la version payante de Cybernetica.

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Se préparer au Big Shift et se préparer à l'internet d'après est l'objectif de Cybernetica cette année.

Avec cette newsletter, je me vois un peu comme un chef qui vous propose des entrées (des opinions sur un sujet), des plats de résistance (une réflexion plus approfondie) ou des desserts, comme les ciné-clubs, qui sont très appréciés.

Depuis son lancement, j’ai fait le choix de maintenir un prix très bas. Certaines notes valent à elles seules plusieurs fois le prix de l’abonnement. Un consultant me disait récemment qu’une seule de nos newsletters lui avait permis de décrocher un contrat à l’année.

Le choix d’un tarif abordable répond aussi à la volonté de toucher d’autres publics que ma cible initiale, notamment les étudiants, mais aussi les petites PME, et toute personne qui a envie de réfléchir avec nous sur ces sujets.

Vous êtes aussi nombreux à m’avoir dit être abonnés à la newsletter de Ben Evans, celle du Grand Continent, à côté de Cybernetica, et je vous en remercie. C’est toujours appréciable de voir notre travail reconnu.

💸 À noter : le prix va augmenter très prochainement.

  • Si vous êtes abonné au tarif de 99 €, en tant que membre cofondateur, votre abonnement restera au même prix.

Tous nos membres payants sont désormais membres du Club des Résilients.

Un endroit où en plus de ma veille quotidienne, de l'accès aux articles et aux archives, nous allons communiquer nos best practices, et échanger sur la manière dont on doit protéger ses clouds personnels, utiliser l'IA pour organiser mieux et plus rapidement sa transition (par exemple les fichiers de backups des réseaux sociaux).

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  • aux meetups du Conseil de la résilience numérique, organisés en marge des conférences où j’interviens.

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Cette année, nous allons tous changer notre stack technique personnelle à cause de l'IA, apprendre à détecter les nouveaux risques pour nous, pour nos familles et nos activités business.

Faites l'exercice mental. Demain matin, votre Gmail ne répond plus. Votre Google Calendar est vide. Vos fichiers sur Drive, inaccessibles. Vos photos des 10 dernières années, disparues. Votre gestionnaire de mots de passe ne s'ouvre plus. Vous ne pouvez plus vous connecter à rien.

Combien de temps tenez-vous ?

C'est exactement la question à laquelle répond le premier guide de préparation au découplage numérique.

bonne lecture

GUIDE DU DÉCOUPLAGE
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