Aux Ătats-Unis, il y a deux choses qui font avancer la âTechâ : la premiĂšre, lâĂ©volution des technologies fondationnelles : mini-ordinateur, micro-informatique, web, cloud, mobile, IAâŠ, et lâautre, la tension permanente entre contre-culture et culture corporate.
Câest Ă mon avis le moteur dâinnovation le plus important, et curieusement, celui quâaucun pays europĂ©en (notamment la France) nâa voulu importer.
Jâen sais quelque chose : pour moi, Netvibes et Jolicloud appartenaient aux start-up de la contre-culture du Web 2.0, et nous Ă©tions bien seuls dans un monde oĂč la technologie Ă©tait toujours alignĂ©e avec le prĂȘt-Ă -penser du moment.
Les start-up ne sont pas juste lĂ pour offrir un nouveau produit ou construire des EBITDA out of thin air, elles sont aussi lĂ pour amener une vision et une façon dâutiliser la technologie diffĂ©rente.
Quand on regarde lâhistoire de la Silicon Valley, on se rend compte que la contre-culture, et ce que lâon appelle la contre-culture, change avec les dĂ©cennies.
- Dans les annĂ©es 50 60, la disruption, câest de sortir la R&D des grands groupes et dĂ©montrer que construire des transistors, et plus tard des microprocesseurs, en dehors des grandes structures allait changer la façon dont le monde existe.
- LâidĂ©e quâune petite entreprise ait la capacitĂ© de construire des produits qui, normalement, auraient dĂ» faire partie des grands laboratoires comme Bell Labs Ă©tait stupĂ©fiante. Et nĂ©cessaire, puisque la rĂ©duction des coĂ»ts est plus simple quand on nâa pas beaucoup dâingĂ©nieurs ni de capital, que dans les grands centres de recherche avec des contrats pluriannuels.
- Câest un modĂšle quâadoptera dâailleurs la micro-informatique, qui, faut-il le rappeler, dĂ©marre en France.
François Gernelle construit un produit complet, finalisé, un produit artisanal dans sa conception, durable, puisque les Micral vont rester pendant prÚs de 20 ans dans les paysages français sans aucun problÚme technique.
Câest Steve Jobs qui comprend quâil existe aussi un marchĂ© pour vendre un produit fini. Son choix, lui qui Ă©tait amoureux de la marque Cuisinart (et du Minitel), est de fabriquer les ordinateurs comme des produits de consommation courante, en plastique, et dans un modĂšle de fabrication en masse.

Un paradoxe avec sa formation culturelle trĂšs mystique, qui sâappuie sur lâidĂ©e que lâordinateur est avant tout un outil dâĂ©mancipation.
Pourtant, câest un autre entrepreneur lĂ©gendaire qui mettra en Ćuvre cette idĂ©e dâun ordinateur pour chaque foyer : Jack Tramiel, survivant de lâHolocauste, businessman de gĂ©nie (il sera le crĂ©ateur de lâAtari ST, qui reste Ă ce jour ma machine prĂ©fĂ©rĂ©e), inondera le marchĂ© dâune machine bon marchĂ© et incroyablement versatile : le Commodore 64.
Câest aussi Ă ce moment-lĂ que je me rends compte que la vision dâune contre-culture idĂ©ologique ajoute du romantisme Ă un secteur, mais quâĂ la fin, ce sont souvent des produits de consommation courante qui sont achetĂ©s par le grand public.
Câest une danse qui va se rĂ©pĂ©ter avec les dĂ©buts de lâInternet.
Le moteur idĂ©ologique de lâInternet, câest la contre-culture de San Francisco. Mais la plupart des entrepreneurs du monde de la tech de lâĂ©poque sâen servent pour faire des produits standard.
Que lâon fasse des produits hardware ou software, le terreau de cette contre-culture est trĂšs utilisĂ©, y compris pour vendre des produits idĂ©ologiquement neutres, voire opposĂ©s aux valeurs de la contre-culture du rĂ©seau.
DĂšs lâarrivĂ©e du e-commerce et de ce que lâon va appeler les dot-com (pour ne pas les confondre avec les start-up qui font, elles, de la technologie, comme par exemple WebTV), on construit des outils et des services classiques.

Mais au-delĂ de la facilitĂ© dâusage (qui nâĂ©tait pas garantie Ă lâheure des modems), il nây avait pas beaucoup dâarguments de vente. Ces produits Ă©choueront en masse.
Le seul Ă avoir compris cela, câest Amazon, qui dĂ©cide, au-delĂ de la valeur de son site de e-commerce, de construire un processus complet pour simplifier la vie des gens.
DĂšs 1996, Amazon est largement au-dessus du lot, mais surfe aussi sur lâidĂ©e dâun village global oĂč le monde entier a accĂšs Ă la connaissance (les livres).
Se faire livrer des livres en France depuis Amazon, Ă cette Ă©poque, ressemble Ă un acte de rĂ©sistance. Une contre-culture, dâune certaine façon.

Ăvidemment, beaucoup de choses ont changĂ© depuis.
Quand le Web devient standardisĂ© et sans Ăąme, surtout avec la mainmise dâInternet Explorer, qui transforme lâinnovation du Web en Ăšre glaciale, la nouvelle contre-culture sera celle du Web 2.0.
Cette vision ne durera pas longtemps.
Les services clĂ©s sont achetĂ©s, absorbĂ©s, monĂ©tisĂ©s. Le Web 2.0 va lui-mĂȘme donner naissance au mobile et au cloud, mais aussi aux GAFAM, qui vont profiter du contrĂŽle des codes culturels pour devenir une forme de contre-culture corporate.
Câest lâĂ©poque oĂč un ingĂ©nieur chez Facebook sâappelle un hacker, oĂč Google reprend les codes de Burning Man pour amadouer les critiques, et oĂč le metaverse lâhallucination collective de Gibson et Stephenson devient un espace corporate dĂ©naturĂ©.
Le Web3 tentera aussi de se crĂ©er sur une vision de la contre-culture des cypherpunks, mais se heurtera Ă la culture de lâargent trĂšs affichĂ©e, et Ă lâabsence de produits grand public (Ă part, Ă©videmment, le wallet).
La tech amĂ©ricaine est donc constamment dans une double lutte : disrupter ou commoditiser. Câest ce qui la fait avancer.
Mais curieusement, en Europe, cette tension nâexiste pas.
Dâailleurs, dĂšs quâon a un produit qui, entre guillemets, veut changer le monde ou transformer les usages, il est Ă©vident quâil faut dâabord aller aux Ătats-Unis. Parce que câest lĂ que tout se fait et que lâon peut profiter de cette tension contre-culture / establishment, mĂȘme si le produit nâa pas Ă©tĂ© imaginĂ© dans la VallĂ©e.
En Europe, Ă©vacuer lâaspect culturel fait quâon ne finance que des produits rentables, et quâon ne se positionne que sur des services compris ou faits ailleurs. Le risque contre-culturel du changement technologique reste assez peu dĂ©veloppĂ©, je crains.
Mais cela change.
LâidĂ©e de respecter la vie privĂ©e, et de construire des produits qui ne tentent pas de manipuler les utilisateurs, est dĂ©sormais une forme de contre-culture.
Qui, aujourdâhui, selon vous en Europe, assume vraiment une posture de contre-culture technologique ?
Ătes vous prĂȘt pour GPT5 ?
RĂ©sumĂ© â Ce que lâon sait pour lâinstant :
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