Cette semaine, un chiffre mâa fait rĂ©flĂ©chir. Ce nâest pas celui des annonces de Choose France, mĂȘme si jây reviendrai Ă la fin, car ces deals sont peut-ĂȘtre moins favorables quâils ne le semblent. Le chiffre qui mâa frappĂ© est celui-ci : 3 600 milliards de dollars. Câest lâaddition des derniĂšres valorisations dâOpenAI, dâAnthropic et de lâIPO annoncĂ©e de SpaceX.
Cet ordre de grandeur correspond Ă peu prĂšs au PIB de la France. Bien sĂ»r, une valorisation de marchĂ© et un PIB ne mesurent pas la mĂȘme chose. Mais le signal est lĂ : le marchĂ© amĂ©ricain commence Ă pricer ces trois entreprises comme lâĂ©quivalent dâun pays entier, un pays oĂč une partie croissante du travail serait remplacĂ©e par des agents autonomes, des modĂšles de langage et des infrastructures spatiales.
Et ce nâest que le dĂ©but du problĂšme.
Vous ĂȘtes nombreux Ă m'avoir dit que cette newsletter vous a permis de gagner des contrats, de revoir votre stratĂ©gie et mĂȘme pour certains de prendre un nouveau poste.
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Nous sommes pris dans un billard Ă plusieurs bandes.

Premier point : lâIPO de SpaceX est dĂ©sormais le grand pari financier dâElon Musk.
SpaceX vise une levĂ©e dâenviron 75 milliards de dollars, avec une valorisation dâintroduction autour de 1 750 milliards de dollars et un prix Ă©voquĂ© de 135 dollars par action. Des rumeurs de marchĂ© ont mĂȘme Ă©voquĂ©, au printemps, une valorisation supĂ©rieure Ă 2 000 milliards de dollars.
Musk tente ici de modifier la logique mĂȘme de lâIPO. En principe, une entreprise entre en Bourse pour amplifier un modĂšle de revenus dĂ©jĂ clair. Dans le cas de SpaceX, les petits porteurs et les acheteurs automatiques dâactions seront placĂ©s dans une position beaucoup plus proche de celle du capital-risque : financer un pari techno-spatial radical, nĂ©o-cyberpunk, quelque part entre Outland et Alien.
Deux rĂ©fĂ©rences que Musk connaĂźt bien, puisque nous en avions parlĂ© lors dâun dĂźner il y a plus de quinze ans.

NichĂ© au cĆur de son nouveau SpaceX, il y a Starlink, le business le plus rentable, qui gĂ©nĂšre environ 2 milliards de dollars.
Quand SpaceX utilisait la Falcon 9, qui est un extraordinaire usage de la réutilisabilité, SpaceX avait un produit rentable. Mais avec la volonté de lancer un Starship, cette rentabilité s'est évaporée et elle s'ajoute à l'activité déficitaire de xAI, qui aurait perdu environ 6,4 milliards de dollars sur opérations en 2025 pour environ 3,2 milliards de dollars de revenus.
Elon Musk vend de l'IA mais ce n'est ni son business ni son cĆur d'activitĂ©. Et le plus drĂŽle c'est que SpaceX a dĂ©jĂ obtenu le droit d'acquĂ©rir Cursor pour 60 milliards de dollars d'ici la fin de l'annĂ©e, ou de payer 10 milliards pour "notre travail ensemble". L'acquisition devrait se concrĂ©tiser 30 jours aprĂšs l'IPO, donc en juillet 2026.
Et nous allons tous littéralement payer pour cela. Je m'explique.
- Le 1er mai 2026, Nasdaq a officiellement modifié ses rÚgles d'inclusion dans le Nasdaq-100 : toute entreprise nouvellement cotée classée dans le top 40 par capitalisation peut désormais intégrer l'index en seulement 15 jours de trading, contre 3 mois auparavant. La condition de flottant minimum a été supprimée.
- Selon Reuters, SpaceX avait signalé dÚs le départ que l'inclusion rapide dans les indices était une condition centrale de son choix de bourse. Nasdaq et NYSE se battaient pour l'accueil. Nasdaq a changé ses rÚgles. SpaceX a donc choisi Nasdaq.
- Le Nasdaq-100 est suivi par plus de 200 produits d'investissement représentant plus de 600 milliards de dollars d'actifs. Plus de 30 000 milliards de dollars sont benchmarkés sur les grands indices américains. Les gestionnaires de fonds passifs seront mécaniquement forcés d'acheter. En gros les retraites et les fonds de pension vont acheter du SpaceX de maniÚre automatique.
La nouvelle classe intermédiaire
Beaucoup pensent que lâIA va dĂ©mocratiser la prospĂ©ritĂ© et booster les classes moyennes.
Je pense lâinverse : ceux qui paient aujourdâhui cent ou deux cents euros par mois pour accĂ©der aux meilleurs outils sont en train de devenir une classe cognitive intermĂ©diaire. Au-dessus dâeux, il y aura ceux qui auront accĂšs aux modĂšles qui comptent vraiment. En dessous, ceux qui devront se contenter des versions gratuites, dĂ©gradĂ©es ou limitĂ©es.
Câest lĂ que le sujet bascule. On commence Ă voir apparaĂźtre deux IA : une IA utile aux citoyens, aux indĂ©pendants et aux petites entreprises ; et une autre IA, beaucoup plus puissante, pensĂ©e pour le monde militaire, les grandes plateformes et les trĂšs grandes entreprises.
Câest cette nouvelle hiĂ©rarchie cognitive que je voulais explorer cette semaine.
Nous avions déjà parlé de la premiÚre fracture cognitive : celle qui sépare ceux qui restent sur les versions gratuites, ceux qui peuvent se payer un abonnement à 20 dollars par mois, et ceux qui montent déjà vers des offres à 100 ou 200 dollars par mois pour reprendre le contrÎle de leur vie numérique.

Ă partir des informations que jâai pu rĂ©unir auprĂšs de quelques amis qui testent dĂ©jĂ Claude Mythos Preview, je commence Ă voir se dessiner une deuxiĂšme fracture cognitive : non plus entre les versions gratuites et les abonnements payants, mais entre ceux qui utilisent les offres Ă 100 ou 200 dollars par mois et ceux qui auront accĂšs aux modĂšles super-frontiĂšre de type Mythos.
Les versions gratuites vont de plus en plus s'enshittifier
Les versions gratuites nâexistent pas par contrat social. Elles servent dâabord Ă donner Ă la majoritĂ© des utilisateurs un aperçu de lâaugmentation cognitive.
Comme souvent, les utilisateurs gratuits finissent par trouver leurs propres niches dâusage. Mais lâIA gratuite nâest pas conçue pour leur faire gagner pleinement du temps. Les donnĂ©es peuvent servir Ă lâentraĂźnement, les services proposĂ©s restent basiques ou limitĂ©s, et la publicitĂ© arrive pour rentabiliser ces usages. Pour certains acteurs, lâobjectif reste simple : faire monter les utilisateurs vers les offres payantes.
Comme nous lâavions dĂ©jĂ dit, il y a deux visions. ChatGPT cherche Ă garder les utilisateurs le plus longtemps possible dans son service, mĂȘme avec une offre dĂ©gradĂ©e. Anthropic montre le potentiel, puis limite rapidement lâusage pour vous pousser vers la version payante â ou vous laisser partir.
Mais cette stratégie américaine du gratuit est déjà contestée par les acteurs chinois, avec une logique plus proche de TikTok ou de Temu. Des produits comme DeepSeek ou Qwen tentent de proposer gratuitement ce que les acteurs américains réservent à leurs offres payantes autour de 20 dollars par mois.

Il y a aussi les versions d'entrée payante, comme ChatGPT Go à 8 dollars par mois ou Google AI Plus à 7,99 euros par mois.
La logique est celle de Netflix : mieux vaut garder quelqu'un sur une petite offre que de le perdre et devoir le reconquérir.
Ce qui a changé pour OpenAI et Google, c'est qu'ils ont réussi à mettre des modÚles plus petits qui font le job et coûtent bien moins cher qu'avant.

Dans le panier entre 15 et 25 dollars par mois il y a Mistral Vibe à 14,99 dollars par mois, ChatGPT Plus à 20 dollars par mois, Claude Pro à 20 dollars par mois, et Google AI Pro à 21,99 euros par mois en France. 20 dollars, c'est désormais le niveau de l'IA payante standard, celui que beaucoup d'utilisateurs avancés considÚrent aujourd'hui comme le minimum pour travailler correctement.
Mais cette gamme de prix ne marche pas pour l'agentique.

- Ce qui est intĂ©ressant, câest que depuis le dĂ©collage de Claude, ChatGPT tente, notamment avec Codex, de ramener les utilisateurs vers une offre Ă 20 dollars. Sur la code review, Codex nâest pas si loin de ce que Claude propose dans son offre Ă 100 dollars.
- Il est possible quâOpenAI ait Ă©normĂ©ment travaillĂ© sur lâoptimisation et la vitesse. Cela se voit dans les produits. Mais il y a aussi un facteur plus simple : 20 dollars reste le seuil psychologique acceptable pour beaucoup dâutilisateurs.
- Et il y a une troisiĂšme chose. Pour quelquâun qui utilise dĂ©jĂ Claude de maniĂšre intensive, prendre Codex Ă 20 dollars comme second abonnement pour faire de la review de code devient plus rationnel que de payer un second abonnement Claude plus cher. Pour de nombreux dĂ©veloppeurs, lâarbitrage devient Ă©vident.
Le nouveau seuil, celui de 100 dollars, est désormais le seuil de base pour une IA agentique réellement utilisable.
- C'est un seuil psychologique pour l'usage intensif. Claude Max 5x est Ă 100 dollars par mois.
- Google AI Ultra 5x est à 99,99 euros par mois en France. On paie plus pour un service de chat mais pour une capacité d'agents capables de répartir, structurer et organiser les tùches.
L'accĂšs Ă l'agentique est pour moi le premier palier de fracture cognitive.

Pour le code et pour l'usage ultra intensif, il y a le palier Ă 200 dollars ou environ 220 euros par mois.
- ChatGPT Pro est Ă 200 dollars par mois. Claude Max 20x est Ă 200 dollars par mois. Google AI Ultra 20x est Ă 219,99 euros par mois en France.
- Ce niveau correspond vraiment à des cas trÚs spécifiques : développeurs, consultants premium, chercheurs, analystes, gens qui ont fait de l'IA leur assistant principal et leur PA.

- Google qui est le moins confiant et le moins utilisé pour le développement tente une logique de bundle.

- Le lab produit de Google sort beaucoup de choses et réussit parfois à créer de mini-hypes : Veo, Nano Banana, NotebookLM, et plusieurs produits trÚs intéressants. La stratégie est originale, mais elle se heurte au problÚme historique de Google : trop de marques, trop de produits, trop de logique interne.
- Câest probablement lâune des raisons pour lesquelles Google nâa pas imposĂ© Gemini dĂšs le dĂ©part comme une marque unique et Ă©vidente. Cette hĂ©sitation lui a coĂ»tĂ© du temps. LĂ oĂč ChatGPT et Claude sont devenus des rĂ©flexes, Google continue de disperser ses usages entre plusieurs noms, plusieurs interfaces et plusieurs promesses.
- Le problÚme est encore plus visible avec les offres Pro et Ultra. On ne peut pas justifier un abonnement haut de gamme uniquement par des produits trop spécifiques, surtout quand les services chinois deviennent trÚs compétitifs sur la vidéo, et que des outils comme Nano Banana restent enfermés dans Gemini au lieu de devenir des produits auxquels on pense spontanément.
- En crĂ©ant des produits dans les produits, Google rend lâexpĂ©rience moins lisible. Les utilisateurs finissent alors par prĂ©fĂ©rer des agrĂ©gateurs comme Perplexity, qui donnent accĂšs Ă plusieurs modĂšles sans leur demander de comprendre lâarchitecture interne dâun grand groupe.
- Lâhubris de Google, qui voulait vendre une offre super-AI plus chĂšre que les autres, sâest heurtĂ©e Ă la rĂ©alitĂ© du marchĂ©. Google avait lancĂ© Google AI Ultra le 20 mai 2025 Ă 249,99 dollars par mois aux Ătats-Unis. Le 19 mai 2026, lâoffre a Ă©tĂ© restructurĂ©e : un nouveau palier Ultra Ă 100 dollars par mois, et un haut de gamme ramenĂ© de 250 Ă 200 dollars par mois.
Autrement dit : Google est revenu au prix des autres.
- En France, cela donne aujourdâhui 99,99 euros par mois pour Google AI Ultra 5x et 219,99 euros par mois pour Google AI Ultra 20x. Cette harmonisation rend les paliers plus lisibles : gratuit, 20 euros, 100 euros, 200 euros. Chacun choisit ensuite le niveau de capacitĂ© cognitive quâil peut ou veut payer.
- Mais cette logique dit aussi autre chose. Le monde se divise dĂ©sormais entre ceux qui prennent la premiĂšre rĂ©ponse de lâIA, et ceux qui disposent de 100 ou 200 euros de tokens par mois pour itĂ©rer, corriger, comparer, tester et pousser leurs idĂ©es jusquâĂ un niveau satisfaisant.
Mais jusquâoĂč pourra-t-on rĂ©flĂ©chir ?
Câest la prochaine fracture cognitive.
Il est encore difficile de savoir si les abonnĂ©s Ă Claude Max auront automatiquement accĂšs Ă Mythos. CĂŽtĂ© OpenAI, le prochain modĂšle super-frontiĂšre non public est GPT-5.6, attendu pour juin 2026. OpenAI dispose aussi de son propre programme dâaccĂšs restreint, Trusted Access for Cyber, avec GPT-5.5-Cyber, un modĂšle dĂ©diĂ© Ă la cybersĂ©curitĂ©, Ă©quivalent fonctionnel du Project Glasswing.
Sur les modĂšles super-frontiĂšre, Google semble avoir dĂ©crochĂ©. Son modĂšle state of the art nâest toujours pas disponible : Gemini 3.5 Pro promet beaucoup, mais nâest toujours pas sorti.
Jâai toujours tendance Ă penser que la hype est proportionnelle au prix que lâon veut faire payer. Au-delĂ de la rĂ©alitĂ© exacte de Claude Mythos Preview, le vrai sujet est peut-ĂȘtre lĂ : prĂ©parer les utilisateurs Ă accepter une nouvelle gamme de prix.
Ce que rapportent ceux qui ont testé Mythos est intéressant : certaines capacités, notamment en cybersécurité, semblent bloquées sauf autorisation spécifique cÎté Anthropic.
Si cette logique se confirme, la prochaine fracture ne portera plus seulement sur lâaccĂšs aux modĂšles les plus puissants, mais sur lâaccĂšs aux agents spĂ©cialisĂ©s. On ne parlera plus dâabonnements Ă 20, 100 ou 200 dollars par mois, mais potentiellement de produits Ă 2 000, 10 000 ou 20 000 dollars par mois.
Si les informations rapportĂ©es sur les futurs agents dâOpenAI se confirment, nous ne serons plus face Ă de simples assistants gĂ©nĂ©ralistes. Nous entrerons dans un marchĂ© dâoutils verticalisĂ©s pour le dĂ©veloppement logiciel, la recherche, la finance, la cybersĂ©curitĂ© ou la biologie.

Pour accĂ©der aux fonctions cyber ou aux capacitĂ©s bio, il ne suffira pas nĂ©cessairement de payer. Il faudra peut-ĂȘtre aussi disposer dâautorisations spĂ©cifiques.
Cette semaine, jâĂ©tais avec lâun des plus grands spĂ©cialistes des virus biologiques au monde. Il mâa racontĂ© que de nombreuses conversations avec Claude Ă©taient comprises en amont, puis bloquĂ©es dĂšs quâelles entraient dans certains sujets sensibles.
Cela signifie que mĂȘme les utilisateurs capables de payer les modĂšles les plus avancĂ©s pourraient ne pas avoir accĂšs Ă toutes leurs capacitĂ©s. La prochaine frontiĂšre ne sera donc pas seulement une frontiĂšre de prix. Ce sera aussi une frontiĂšre dâautorisation.
Et dire quâen 2026, beaucoup dâentre nous pensaient quâun abonnement Ă 100 euros suffisait pour travailler correctement avec lâIA. Nous parlons dĂ©sormais de modĂšles ou dâagents pouvant coĂ»ter 20 000 euros par mois.
Cela change complĂštement la lecture politique de lâIA. Surtout pour les citoyens amĂ©ricains, Ă qui lâon demande dâaccepter lâinstallation massive de data centers, la hausse des prix de lâĂ©lectricitĂ©, la pression sur lâeau et les infrastructures locales, pendant que lâaccĂšs aux modĂšles super-frontiĂšre et Ă la super-intelligence reste rĂ©servĂ© Ă quelques acteurs capables de payer.
Choose France finance l'IA super-frontiĂšre des US ?

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