🟱 Mission pour le gouvernement : Les dĂ©veloppeurs, un atout pour la France.

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🟱 Mission pour le gouvernement : Les dĂ©veloppeurs, un atout pour la France.

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Le rapport à été remis à la Ministre Fleur Pellerin.

Madame la Ministre,

Entrepreneur, qui ai choisi la France pour y construire mes entreprises, notamment Netvibes, puis Jolicloud, j’ai pris Ă  cƓur la mission que vous m’avez confiĂ©e.

Cette mission arrivait Ă  un moment oĂč je commençais Ă  rencontrer de maniĂšre informelle de jeunes entrepreneurs pour des “offices hours”, une heure par semaine pour tenter de rĂ©pondre Ă  toutes les questions qu’ils pourraient se poser.

Dans mon entreprise chacun de mes collaborateurs dispose le vendredi, de temps pour travailler sur le sujet de son choix, pour expĂ©rimenter quelque chose de nouveau. C’est ce que nous appelons les projets du vendredi.

Cette mission Ă©tait mon projet du vendredi, j’y ai consacrĂ© le temps que je pouvais me permettre de lui accorder.

Lorsque je travaillais dans la Silicon Valley, il y avait une rumeur persistante : derriĂšre tout projet majeur, il y avait toujours un dĂ©veloppeur français pas loin. Cette situation n’est d’ailleurs pas nouvelle. De nombreux pionniers de l’informatique sont français, mais Ă  l’instar de ses scientifiques, la France n’a jamais su ni les valoriser, ni les mĂ©diatiser.

Si nous avons du mal Ă  nous imposer sur la scĂšne internationale (l’absence de la France du club de grandes plate-formes Internet en tĂ©moigne), ce n’est pas faute de talents français.

Ces “success stories” françaises proviennent d’ingĂ©nieurs formĂ©s dans nos meilleures Ă©coles mais souvent aussi d’autodidactes comme Xavier Niel ou Octave Klaba, immigrĂ© polonais arrivĂ© en France en 1990.

Initialement destinĂ©e Ă  cartographier les « talents numĂ©riques », la mission a pivotĂ© 
 Un peu Ă  l’image de ces startups qui rĂ©orientent leur positionnement produit marchĂ© et leur modĂšle Ă©conomique.

Je me suis rendu compte que je pouvais faire Ɠuvre utile en recensant les dĂ©veloppeurs français les plus marquants, en dressant un tableau des contributions françaises Ă  des technologies, Ă  des logiciels significatifs : voire mĂȘme Ă  des briques essentielles de l’Internet.

Parce qu’il fallait bien fixer une borne, nous nous sommes limitĂ©s Ă  en prĂ©senter une centaine : certains bĂ©nĂ©ficient dĂ©jĂ  d’une certaine notoriĂ©tĂ© au sein de la communautĂ© ; d’autres pas.

Naturellement, cette liste est loin d’ĂȘtre exhaustive et nous ferons appel Ă  la communautĂ© pour la complĂ©ter. Elle est aussi subjective, comme tout recensement partiel.

Nous nous sommes attachĂ©s Ă  recenser les “codeurs” et non les dirigeants d’entreprise. Si certains chefs d’entreprise apparaissent dans la liste, c’est au titre de leur(s) contribution(s) en tant que dĂ©veloppeurs.

Inconnus du public comme des dĂ©cideurs, ils sont Ă  l’origine des outils que nous utilisons tous et des plus belles entreprises internationales.

Dans un monde dominĂ© par les grandes plate-formes amĂ©ricaines, cette communautĂ© puissante de dĂ©veloppeurs, crĂ©atifs et capables d’inventer des solutions alternatives constitue un vĂ©ritable atout pour la France.

Cette mission aura été utile si elle donne un peu plus de visibilité aux talents français du Code. Elle débouche aussi sur quelques recommandations.

Au-delà de la reconnaissance, pour retenir les meilleurs développeurs, il est important de leur donner le pouvoir de changer le monde, grùce à la technologie, depuis la France.

Tariq KRIM

Cette Mission est dĂ©diĂ©e Ă  RenĂ© Cougnenc, disparu bien trop tĂŽt en 1996. En introduisant et distribuant la premiĂšre version de Linux en France, il a permis Ă  toute une gĂ©nĂ©ration de dĂ©veloppeurs français de se libĂ©rer des contraintes de l’ancien monde. La France lui doit beaucoup.

Remerciements

Je souhaite avant tout remercier l’ensemble des personnes qui m’ont aidĂ© pour l’élaboration et la rĂ©daction de ce travail.

Maurice Ronai, GĂ©raldine Bal ainsi que Mathilde Bras et Brice Brandenburg qui m’ont aidĂ© Ă  la rĂ©daction de ce texte.

Benoit Thieulin, Jean-Baptiste Soufron, Benjamin Ryzman, Jean Marie Hullot, Romain Guy, Benjamin Mestrallet, Philippe Langlois, Alban Schmutz, Bernard Benhamou, Bertrand Diard, Romain Huet, Gilles Samoun, Renaud Visage, Olivier Deckmin, Gilles Boccon Gibod, Ollivier Robert, Yves Poilane, Marie Ekeland, Godefroy Beauvallet, Audrey Harris, Benjamin Bejbaum, Jonathan Benassaya, Reda Berrehili, Paul Richardet, Julien Dourgnon, Laurent FĂ©ral-Pierssens, Philippe DeWost, Henri Verdier, StĂ©phane Zibi, Francois Beaufort, Romain Dillet, Om Malik, Marc Dangeard et tout ceux que j’oublie qui m’ont aidĂ© Ă  la rĂ©alisation de cette liste.

A l’ensemble des Ă©quipes de Jolicloud et de Netvibes pour leur soutien, leur temps et leurs conseils.

A l’ensemble des membres du Cabinet de la Ministre et notamment SĂ©bastien Soriano, Bruno Sportisse, Bertrand PailhĂšs pour leurs encouragements.

A l’ensemble des membres et du bureau du Conseil national du numĂ©rique pour leur confiance et aide prĂ©cieuse.

Les talents français du Code

C’est un paradoxe qui est souvent pointĂ© par nos interlocuteurs aux États-Unis : alors que la France a perdu pied dans l’économie numĂ©rique, des chercheurs, des ingĂ©nieurs et des dĂ©veloppeurs français ont Ă©tĂ© Ă  l’initiative d’innovations essentielles du monde numĂ©rique.

Le code, une autre révolution française

C’est Ă  la fin des annĂ©es soixante que deux ingĂ©nieurs, Pierre BĂ©zier chez Renault, et Paul Faget de Casteljau chez CitroĂ«n inventent la Conception AssistĂ©e par Ordinateur, la premiĂšre brique de la virtualisation du monde. Il faudra attendre des dĂ©cennies pour que leur contribution essentielle au monde moderne soit reconnue.

Dans les annĂ©es soixante-dix, la France est pionniĂšre dans de nombreuses disciplines du numĂ©rique. Avec le langage de programmation par contraintes Prolog, Alain Colmerauer ouvre aux programmeurs l’accĂšs aux premiĂšres pages de l’intelligence artificielle et de la singularitĂ©. Jean Ichbiah qui fut le principal concepteur du langage de programmation ADA, retenu par le DĂ©partement amĂ©ricain de la DĂ©fense ouvre la possibilitĂ© des annĂ©es avant Java (au coeur d’Android et des systĂšmes des grandes entreprises), d’un langage commun pour des environnements informatiques hĂ©tĂ©rogĂšnes.

C’est en 1973, que François Gernelle mit au point le premier micro-ordinateur Ă  base de microprocesseur, le Micral. En 1974, Roland Moreno dĂ©pose le brevet de base de la carte Ă  puce. C’est Ă  Louis Pouzin, enfin, alors chercheur Ă  l’INRIA, que l’on doit le concept de datagrammes, qui ouvrit la voie au protocole TCP/IP qui rĂ©gule encore aujourd’hui le trafic Internet.

Les années 80 et 90 ne sont pas en reste.

Alors que la presse amĂ©ricaine vient rĂ©cemment de saluer le rĂŽle de François Mizzi dans la mise au point des Ă©crans tactiles, dĂšs 1982, c’est en Californie que s’illustre une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’informaticiens français. Philippe Kahn y crĂ©e Borland Software, qui franchit en quelques annĂ©es le cap des 500 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. Toujours actif avec MotionX, sa plus rĂ©cente sociĂ©tĂ©, il continue de s’impliquer dans le dĂ©veloppement de technologies de capteurs pour objets connectĂ©s.

En France, Laurent RibardiĂšre crĂ©e la premiĂšre base de donnĂ©es pour Macintosh 4D : la presse informatique de l’époque y vit le signe de l’arrivĂ©e du phĂ©nomĂšne startup en France. Steve Jobs ne tarissait pas d’éloges sur la qualitĂ© des ingĂ©nieurs. Il n’hĂ©sitera pas Ă  faire appel Ă  plusieurs d’entre eux pour des postes-clĂ©s dans ses trois sociĂ©tĂ©s : Apple, NeXT et Pixar.

Dans les annĂ©es 90, Jean-Louis GassĂ©e lance Be Inc son systĂšme d’exploitation BeOS rĂ©volutionnaire. En avance sur son temps, il introduisait le principe de journalisation de fichiers, dĂ©veloppĂ© entre autres par Cyril Meurillon et dĂ©sormais adoptĂ© par tous les systĂšmes d’exploitation moderne.

C’est à Jean-Marie Hullot (ex-chercheur de l’INRIA) que Steve Jobs confia le poste de directeur technique des Applications pour MacOS X, et ensuite la conception à Paris de ce qui deviendra l’iPhone.

Les habituĂ©s des keynotes d’Apple connaissent bien l’accent frenchie de Bertrand Serlet qui avant de crĂ©er sa propre startup Upthere, Ă©tait Vice-PrĂ©sident en charge du dĂ©veloppement de MacOS X.

L’arrivĂ©e de l’internet sera une nouvelle opportunitĂ© de dĂ©montrer le talent et le savoir-faire français.

Louis Monier met au point le moteur de recherche d’Altavista (il est aussi passĂ© par Google). François Bourdoncle en perfectionnera certaines fonctionnalitĂ©s. De retour en France, il lancera Exalead, l’un des rare moteurs de recherche Français.

Jean Paoli, reconnu comme l’un des co-inventeurs du langage XML, dirige aujourd’hui la division Open Source de la sociĂ©tĂ© Microsoft.

Marc Fleury, concepteur du serveur d’application J2EE Libre Jboss rachetĂ© par RedHat, travaille actuellement Ă  la mise au point d’OpenRemote, une plateforme open source qui permet de piloter diffĂ©rents appareils domestiques Ă  partir d’un smartphone ou d’une tablette.

L’équipe OpenTV issue d’une collaboration entre Sun Microsystems et Thomson Multimedia sera une excellente vitrine du savoir faire français dans la tĂ©lĂ©vision interactive. Tristan Savatier sera l’un des principaux responsables du logiciel de dĂ©codage vidĂ©o Mpeg. Avec Gilles Boccon-Gibbod, ils quitteront Thomson pour crĂ©er Xaudio et son dĂ©codeur MP3 utilisĂ© par de nombreuses sociĂ©tĂ©s, Apple, notamment, qui le retiendra pour son logiciel iTunes.

Parmi les dĂ©veloppeurs de la plateforme OpenTV, on retrouve Alain Depulch, l’un des pĂšres du Thomson TO7. Il se murmure mĂȘme que Bill Gates avait dĂ» embaucher un traducteur français pour comprendre les amĂ©liorations faites sur le langage BASIC, son produit phare de l’époque. L’équipe dirigĂ©e par Vincent Dureau, prendra la tĂȘte du projet Google TV.

Les grandes firmes Internet de la Silicon Valley ont toujours su accueillir les développeurs et des architectes, formés dans nos universités et grandes écoles.

PassĂ© par Sun et Google, Ludovic Champenois est Ă  l’origine d’App Engine, la plateforme de cloud concurrente d’Amazon Web Service créée par Google. Une autre sociĂ©tĂ© française, Docker, sortie du prestigieux Y Combinator a rĂ©ussi le pari de rĂ©volutionner la maniĂšre dont on hĂ©berge les applications sur le cloud.

Chez Google, Romain Guy, diplĂŽmĂ© de l’INSA Lyon sera l’un des dĂ©veloppeurs clĂ© d’Android, tandis que le français Jean Baptiste Queru s’occupera de la distribution de la version opensource d’Android (Android opensource projet). Il quittera ce poste suite Ă  une polĂ©mique sur la distribution d’Android pour rejoindre Yahoo.

Hoa Dinh Viet et Dominique Leca lancĂšrent Sparrow, le lecteur d’email le plus simple pour iPhone. Sparrow sera la premiĂšre sociĂ©tĂ© française rachetĂ©e par Google. Ils seront rejoints par Gilbert Cabillic et son Ă©quipe de Flexicore, responsable de DroidBooster, un accĂ©lĂ©rateur de code sous Android, Ă©galement rachetĂ© l’annĂ©e derniĂšre par Google.

La France se singularise aussi par de trÚs nombreux développeurs français qui à titre individuel ont contribué à des projets essentiels du logiciel libre.

Avec le Centre Mondial de l’Informatique créé dans les annĂ©es 80, Jean Jacques Servan Schreiber avait su attirer les plus grandes figures de l’informatique, comme Seymour Papert et Nicholas Negroponte. Parmi les nombreux dĂ©veloppeurs qui auront frĂ©quentĂ© les bancs de ce curieux institut, figurait Richard Stallman, penseur et promoteur du logiciel libre. DĂšs la fin des annĂ©es 80, la philosophie du logiciel libre rencontre un large Ă©cho en France. Parmi les premiers Ă©vangĂ©listes, RenĂ© Cougnenc, LoĂŻc Dachary, mais Ă©galement des informaticiens comme Remy Card qui ont fait de la France l’un des pays pionniers de Linux dans le monde.

Dans un monde discret, peu sensible aux honneurs, des centaines de développeurs français ont donné de leur temps pour améliorer, renforcer, traduire et créer des briques de logiciels libres.

Parmi ces nombreux contributeurs, Fabrice Bellard occupe une place Ă  part. A peine connu en France, il est pourtant l’un des pionniers des technologies de virtualisation, avec la conception de l’émulateur QEMU. Un de ses autres bĂ©bĂ©s, la librairie FFMPEG a permis de rĂ©volutionner l’usage de la vidĂ©o sur Internet. Google l’utilise comme librairie vidĂ©o standard dans le navigateur Chrome.

Julien Danjou, Ă  l’origine du gestionnaire de fenĂȘtre Awesome, une alternative aux systĂšmes traditionnellement prĂ©sents sur Linux, a vu son travail utilisĂ© par Amazon pour certaines de ses liseuses Kindle.

La distribution Linux Tails, l’une des plus sĂ©curisĂ©es au monde (utilisĂ©e par les journalistes qui travaillent sur les documents Snowden), aurait Ă©tĂ© conçue en partie en France.

Hackers, crackers, spĂ©cialistes en sĂ©curitĂ©, experts en cryptographie : encore un domaine oĂč nous excellons. HĂ©las, Ă  quelques exceptions, comme Philippe Langlois, ils ne sont pas assez impliquĂ©s dans la crĂ©ation de startups. Ils gagneraient Ă  ĂȘtre plus Ă©coutĂ©s par les pouvoirs publics.

Dans l’univers du jeu vidĂ©o et de la 3D enfin, la rĂ©putation de nos dĂ©veloppeurs n’est plus Ă  faire. Ils nĂ©cessiteraient leur propre liste!

Des dĂ©veloppeurs français qui ont marquĂ© l’univers du code Ă  l’international

Nous avons recensĂ© une centaine de dĂ©veloppeurs qui ont contribuĂ© Ă  façonner le numĂ©rique tel que nous le connaissons aujourd’hui. Leurs biographies sont disponibles en annexe.

Certains d’entre eux ont participĂ© au dĂ©veloppement et au succĂšs des gĂ©ants du numĂ©rique : Google, Apple, Microsoft, HP, eBay, Xerox, Box, Firefox, LinkedIn, AltaVista, OpenTV, Colt Technology, Pixar, Rockstar North, Frosbite3, Naughty Dog


Il s’agit notamment de Romain Guy, François Beaufort, Patrick Chanezon, Ludovic Champenois, CĂ©dric Beust, Mathias Herberts, Bertrand Serlet, Jean-Marie Hullot, Luc Julia, Laurent Cerveau, Olivier Gutknecht, Alain Delpuch, David Fattal, Cyril Meurillon, Pierre Omydiar, Jean-Marc Loingtier, Christophe Hery, Florian Jourda, Paul Rouget, Jean-Luc Vaillant, Louis Monier, Alex Hadjadj, Ludovic Chabant, ClĂ©mence Saussez, Christophe Balestra


D’autres ont travaillĂ© au dĂ©veloppement de briques technologiques dĂ©sormais incontournables, notamment dans le domaine du logiciel libre : URBI, Debian, Linux, KOffice, VLC, Ubuntu, Savannah, Paparazzi, Open BSD, Objective Caml, DNS


Samuel Tardieu, Akim Demaille, Sam Hocevar, Julien Danjou, Lucas Nussbaum, Fabrice Bellard, Thierry Carrez, RĂ©my Card, FrĂ©dĂ©ric Weisbecker, Eric Dumazet, David Faure, Xavier Leroy, Pierre-Yves Ritschard, Marc Espie, Pascal Brisset, Antoine Drouin, Michel Gorraz, Pierre-Selim Huard, Jeremy Tyler, LoĂŻc Dachary, Christophe Massiot, Jean-Baptiste Kempf, Nicolas Barcet, Pierre-Julien Grizel, StĂ©phane Bortzmeyer et encore bien d’autres.

Des dĂ©veloppeurs sont Ă©galement nombreux Ă  s’ĂȘtre lancĂ©s dans l’aventure entrepreunariale en crĂ©ant des sociĂ©tĂ©s parmi les plus innovantes : DailyMotion, Free, Deezer, Neuf Cegetel, Criteo, Gandi, Netvibes, eXo Platform, Codenvy, Docker, Moodstock, Jolicloud, Mandriva, Fotopedia, Eventbrite, Lima, Applidium


On peut notamment citer Salomon Hykes, SĂ©bastien Pahl, Samuel Alba, JĂ©rĂŽme Petazzoni, Olivier Poitrey, Nadir Kadem, StĂ©phane Enten, SĂ©bastien Boutruche, Rani Assaf, Nicolas Stefani, Maurice Svay, François Hodierne, Benjamin Mestrallet, Patrice Lamarque, StĂ©van Le Meur, CĂ©dric Deltheil, Pierre Chapuis, Romain Huet, Benjamin Ryzman, JĂ©rĂ©my Bethmont, Arnaud Vallat, Pierre Beyssac, Laurent Chemla, Valentin Lacambre, Romain Niccoli, Franck le Ouay, Daniel Marhely, AurĂ©lien HĂ©rault, FrĂ©dĂ©ric Lepied, CĂ©dric Carbone, JĂ©rĂŽme Rota, Hubert Zimmermann, Jean-Paul Smets, SĂ©bastien Bourdeauducq, Fabien Potencier, Ludovic Dubost, Gilles Boccon-Gibod, Tristan Savatier, CĂ©dric Pinson, Sylvain Rebaud, Steeve Morin, Michel Morcos, Gawen Arab, Charles Souillard, Laurent RibardiĂšre, Mathieu Laban, Christophe Wolfhugel, Julien Genestoux, Pascale Vicat-Blanc, Bertrand Guiheneuf, SĂ©bastien Maury, Renaud Visage, Romain Goyet, Daniel Glazman, MickaĂ«l RĂ©mond, Yann Lechelle, StĂ©phane Fermigier, Hadrien Gardeur


D’autres font partie des experts en sĂ©curitĂ© reconnus au niveau international : Philippe Langlois, Matthieu Suiche, Kostya Kortchinsky, Franck Denis, Renaud Lifchitz, SĂ©bastien Tricaud, Julien Vanegue


Sans oublier les pionniers de l’informatique : Claude Masson, François Gernelle, Bertrand Meyer, Alain Colmerauer, Pierre BĂ©zier, Paul de Faget de Casteljau, Jacques Pitrat, Louis Pouzin.

Tirer parti des talents français du code

La quasi-totalité des grandes entreprises numériques du monde occidental sont américaines.

Jamais, pourtant, la France n’a eu en son sein autant d’expertise logicielle, ni d’envie de conquĂ©rir le nouveau monde.

J’ai rencontrĂ© au cours de cette mission une soixantaine d’entrepreneurs de sociĂ©tĂ©s Ă  vocation plutĂŽt technologique :

Trois questions revenaient, de maniÚre récurrente, dans nos échanges :

  • L’avenir de nos entreprises est-il en Californie ?
  • Avons nous fait le bon choix de vouloir, Ă  toute force, entreprendre en France?
  • Dans quelle mesure les politiques publiques peuvent-elles compenser le caractĂšre asymĂ©trique de la compĂ©tition?

Toutes les plateformes desktop et mobiles commerciales sont amĂ©ricaines. Les startups amĂ©ricaines bĂ©nĂ©ficient d’emblĂ©e de toute une sĂ©rie d’avantages structurels : un immense marchĂ© linguistiquement unifiĂ©, ouvert Ă  l’innovation ; une concentration exceptionnelle d’early adopters, une puissante industrie du capital-risque, disposĂ©e Ă  miser des sommes considĂ©rables pour faire grandir des startups dĂšs lors qu’elles disposent d’une technologie originale ou unique, une densitĂ© remarquable de serial entrepreneurs et de business angels disposĂ©s Ă  accompagner les startups de pointe, une concentration unique de dĂ©veloppeurs (formĂ©s dans les universitĂ©s amĂ©ricaines mais aussi issus du monde entier et attirĂ©s par l’excellence technologique des gĂ©ants de l’Internet ou des plus brillantes startups).

Comment changer la donne ?

Comment les pouvoirs publics pourraient-ils contribuer à compenser le caractÚre asymétrique de la compétition ?

Certes, les pouvoirs publics, notamment depuis deux ans, ont multipliĂ© les initiatives : pour encourager l’entreprenariat, pour encourager la R&D (crĂ©dit ImpĂŽt recherche), pour orienter l’investissement vers les startups, pour structurer des Ă©cosystĂšmes locaux-rĂ©gionaux, pour accompagner et promouvoir les startups (French tech), pour rĂ©unir les acteurs dans une logique de filiĂšres (plans industriels), pour financer des projets (Investissements d’avenir, BPI, concours mondial d’innovation
).

Il est encore trop tĂŽt pour Ă©valuer l’impact de cette politique mais on peut aussi se demander si d’autres actions ne seraient pas nĂ©cessaires pour passer des intentions affichĂ©es Ă  des rĂ©sultats.

La France sait produire d’incroyables talents dans le code, mais, peine à en tirer pleinement parti

Nous devons ĂȘtre fiers des rĂ©ussites françaises dans le domaine du e-commerce
 Mais pour changer le monde et crĂ©er des champions europĂ©ens ou mondiaux, il faut aussi oser s’attaquer Ă  des marchĂ©s rĂ©putĂ©s imprenables, ou faire ce que personne n’a osĂ© faire avant. Il faut savoir faire confiance Ă  des dĂ©veloppeurs, souvent jeunes, sans aucune expĂ©rience.

La France manque cruellement de startups “disruptives”

Elle manque de confiance dans ses développeurs et ses entrepreneurs.

Pour ĂȘtre financĂ© et soutenu en France, il faut souvent adapter un service qui a dĂ©jĂ  marchĂ© ailleurs. Le modĂšle d’investissement des acteurs du capital-risque en France comme celui des Investissements d’avenir a tendance Ă  privilĂ©gier les modĂšles Ă©conomiques clairs et Ă©tablis. Il favorise souvent les entrepreneurs issus des grandes Ă©coles, notamment des Ă©coles de commerce.

C’est pour cela qu’un grand nombre de nos dĂ©veloppeurs se rend dans la Silicon Valley oĂč ils seront accueillis les bras ouverts.

Tous les acteurs doivent ĂȘtre mobilisĂ©s pour soutenir plus les start-ups technologiques : grandes entreprises, acteurs publics du financement (BPI, CGI), capitaux-risqueurs. De nombreuses mesures ont Ă©tĂ© annoncĂ©es ces derniers mois en faveur des start-ups : l’évaluation de leur impact rĂ©el est un vrai enjeu pour les annĂ©es Ă  venir.

Financer les startups est une chose : leur ouvrir des opportunitĂ©s d’affaires en est une autre

Le soutien aux startups repose pour l’essentiel sur des mĂ©canismes de financement ou des mĂ©canismes d’accompagnement alors que les startups les plus entreprenantes prĂ©fĂ©reraient pouvoir expĂ©rimenter et dĂ©ployer leurs solutions « dans le monde rĂ©el » : les mettre Ă  l’épreuve d’utilisateurs et de clients rĂ©els dans le systĂšme Ă©ducatif, dans l’univers de la santĂ©, dans le domaine de la transition Ă©nergĂ©tique.

Les opportunitĂ©s dont il est question ici sont de deux types : l’accĂšs Ă  des jeux de donnĂ©es et des interfaces de programmations (API) autour desquelles des startups pourraient dĂ©velopper de nouveaux services et l’accĂšs Ă  la commande publique.

L’ouverture des donnĂ©es publiques a connu d’incontestables avancĂ©es au cours des derniers mois. MalgrĂ© l’engagement du Premier Ministre, elle continue de rencontrer des rĂ©sistances. Et les donnĂ©es disponibles le sont encore trop rarement au travers d’interfaces de programmation (API).

S’agissant de la commande publique (40 milliards d’euros pour l’État et 80 milliards si l’on prend en compte les collectivitĂ©s locales et les hĂŽpitaux), elle est trop souvent encadrĂ©e par des cahiers des charges contraignants et des procĂ©dures de marchĂ©s publics dissuasives. Les budgets d’investissements annuels ne sont pas adaptĂ©s aux nouveaux business models de type SaaS , Appstore (paiement via un magasin d’application) ou “Fremium” (usage gratuit avec fonctionnalitĂ©s payantes) alors qu’elle sont le fondement des modĂšles des starts up disruptives. De ce fait, ils Ă©liminent les plus petites startups.

Le Pacte de compĂ©titivitĂ© prĂ©voit la mise en place d’une procĂ©dure d’achats innovants. Il fixe l’objectif de 2 % d’achat public innovant Ă  l’horizon 2020. Pour que cette procĂ©dure produise des effets, les administrations devront sortir d’une position passive d’attente de propositions en provenance des PME et des startups et accepter d’expĂ©rimenter rĂ©guliĂšrement des nouvelles solutions, sans attendre une validation du marchĂ©.

Il conviendrait d’inciter les administrations Ă  prendre les devants en publiant des appels d’offres dĂ©crivant un besoin. Quitte Ă  sortir des sentiers habituels de la commande publique, autant s’orienter carrĂ©ment vers l’organisation de concours autour d’un “problĂšme Ă  rĂ©soudre” (“challenge”) pour faire Ă©merger des concepts applicatifs innovants. Le gouvernement amĂ©ricain recourt dĂ©sormais largement au mĂ©canisme des concours : il a mĂȘme ouvert une plateforme, Challenge.gov, qui permet a chaque agence fĂ©dĂ©rale de lancer des « dĂ©fis ».

Des initiatives rĂ©centes vont dans ce sens comme les Concours mondiaux d’innovation, les dĂ©fis de l’Agence Nationale de la Recherche ou encore les « Challenges Big Data » du Programme des Investissements d’Avenir. Cette dynamique doit nĂ©anmoins ĂȘtre amplifiĂ©e et maintenue dans la durĂ©e.

Un tropisme persistant en faveur des grands groupes

La France s’est reconstruite dans les dĂ©cennies qui ont suivi l’aprĂšs-guerre autour de grandes filiĂšres industrielles comme le nuclĂ©aire, le pĂ©trole, l’aĂ©ronautique ou les tĂ©lĂ©communications. Les corps techniques de l’État qui assurent la continuitĂ© de la politique industrielle française depuis la LibĂ©ration sont Ă  l’origine de nombreux succĂšs mondialement enviĂ©s dans ces domaines.

Pour la conduite de projets jugĂ©s essentiels pour l’État, les grands groupes ont captĂ© l’essentiel des commandes publiques ainsi que du financement public de R&D.

Quant il s’est agi de dĂ©velopper une politique industrielle dans le numĂ©rique, la tentation a Ă©tĂ© forte pour l’Etat d’y transposer des dĂ©marches similaires, en confiant aux grands groupes la conduite des projets numĂ©riques jugĂ©s essentiels, voire “souverains” : le projet Quaero (qui visait le dĂ©veloppement d’un moteur de recherche alternatif) est l’exemple le plus connu de cette dĂ©marche.

De telles approches conduisent encore trop souvent Ă  des choix techno-industriels, avec une faible cohĂ©rence et parfois Ă  contretemps. On notera notamment l’absence Française sur les plate-formes essentielles pour les dĂ©veloppeurs ( OS, Browser, outils de developpements, 
)

Un certain nombre d’idĂ©es fausses doivent ĂȘtre dĂ©finitivement dĂ©construites auprĂšs des dĂ©cideurs de la politique industrielle du numĂ©rique en France :

  • Ce qui est gratuit n’a pas de valeur ;
  • il faut plus de 100 ingĂ©nieurs pour crĂ©er un logiciel de niveau mondial ;
  • il faut Ă©normĂ©ment de capital pour rĂ©ussir dans le logiciel ;
  • les bonnes technologies viennent des Etats-Unis,
  • ce sont les grandes entreprises qui font la rĂ©volution numĂ©rique.
  • il n’est plus possible de lutter contre les grandes plate-formes amĂ©ricaines

Nos Recommandations

1. Prendre en compte le rÎle essentiel des développeurs

Les success stories françaises du Web et du logiciel proviennent de développeurs : ingénieurs formés dans nos meilleures écoles mais souvent aussi autodidactes comme Xavier Niel ou Octave Klaba, immigré polonais arrivé en France en 1990.

L’univers des dĂ©veloppeurs bĂ©nĂ©ficie en France d’une faible reconnaissance. Ils sont souvent considĂ©rĂ©s comme des exĂ©cutants.

Les développeurs sont dans un angle mort : on ignore leur nombre. On ne sait pas grand chose sur leurs trajectoires, leurs qualifications.

2. Une feuille de route technologique pour l’État, les ministĂšres et les opĂ©rateurs publics

Nous sommes entrĂ©s dans un nouveau cycle technologique avec la migration vers les mobiles, l’avĂšnement des objets connectĂ©s et l’internet des objets, le cloud, HTML5 et la rĂ©volution des donnĂ©es massives.

Ces ruptures technologiques affectent l’ensemble des domaines d’activitĂ©, et, de ce fait, l’ensemble des politiques publiques : santĂ©, Ă©ducation et transition Ă©nergĂ©tique, en premier lieu.

Alors que la politique industrielle, au travers des plans industriels, promeut les technologies mobiles et les objets connectĂ©s, alors que les usages mobiles se gĂ©nĂ©ralisent, tandis que les usages du web sur ordinateur, commencent Ă  rĂ©gresser, les grandes politiques publiques (santĂ©, Ă©ducation, Ă©nergie) tardent Ă  prendre la pleine mesure de l’Internet mobile.

Les dĂ©marches de e-santĂ© sous-estiment l’apport des applications mobiles et de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de dispositifs mĂ©dicaux connectĂ©s Ă  la prĂ©vention comme au traitement des maladies chroniques. Elles n’ouvrent que trĂšs peu d’espaces d’opportunitĂ© pour les startups françaises qui travaillent Ă  la mise au point de ce type de solutions.

L’éducation numĂ©rique est bĂątie avec une colonne vertĂ©brale, les espaces numĂ©riques de travail (ENT) dont le schĂ©ma directeur remonte Ă  1999. L’architecture des ENT n’a pas Ă©tĂ© pensĂ©e pour la nouvelle gĂ©nĂ©ration d’usages mobiles : elle bride le dĂ©ploiement des terminaux mobiles et des manuels numĂ©riques.

Cette situation rappelle un peu celle des annĂ©es 94-97 quand les administrations ignoraient superbement Internet, voire tentaient mĂȘme d’y faire barrage.

Dans un discours marquant, en 1997, Lionel Jospin prenait acte d’un nouveau cycle technologique : il sonnait le glas d’une gĂ©nĂ©ration de services en ligne organisĂ©e autour du Minitel et enjoignait aux administrations de mettre en Ɠuvre les technologies de l’Internet.

C’est un tournant de mĂȘme nature qu’il convient d’engager : il s’agit de synchroniser les choix technologiques qui sous-tendent la politique industrielle (mobile, objets connectĂ©s, cloud), la modernisation de l’action publique (MAP) et les stratĂ©gies numĂ©riques sectorielles (Ă©ducation, santĂ©, Ă©nergie).

Cette difficultĂ© Ă  fixer des orientations technologiques aux administrations tranche avec la situation qui prĂ©vaut dans d’autres pays.

Dans le mĂ©morandum qu’il consacrait au “gouvernement numĂ©rique du XXIe siĂšcle”, en mai 2012, Barack Obama enjoignait aux agences amĂ©ricaines de mettre en Ɠuvre, dans les 12 prochains mois, une stratĂ©gie visant Ă  “permettre a des citoyens amĂ©ricains de plus en plus mobiles d’accĂ©der Ă  des informations et des services numĂ©riques de qualitĂ© en tout lieu, Ă  tout moment et sur tout type d’appareil”. Cette stratĂ©gie numĂ©rique se dĂ©clinait en une sĂ©rie de recommandations technologiques, formalisĂ©es dans une StratĂ©gie fĂ©dĂ©rale de mobilitĂ©.

La stratĂ©gie numĂ©rique du gouvernement britannique prĂ©voit que les services numĂ©riques de l’État devront « ĂȘtre conçus pour fonctionner sur une large gamme d’appareils en particulier mobiles. Quant aux applications natives, liĂ©es Ă  une plateforme mobile, elles ne pourront ĂȘtre rĂ©alisĂ©es qu’une fois le service de base pleinement accessible aux terminaux mobiles”. Elle prĂ©conise la gĂ©nĂ©ralisation des dĂ©marches de “Web adaptatif” (responsive design) ainsi que le recours aux standards ouverts du Web pour les services mobiles, c’est-Ă -dire HTML5.

La feuille de route numĂ©rique du gouvernement gagnerait Ă  ĂȘtre complĂ©tĂ©e par une feuille de route technologique. A l’intention des directions responsables des systĂšmes d’information de l’État et des opĂ©rateurs publics (c’est en cours) mais aussi et Ă  l’Intention des ministĂšres en charge des politiques numĂ©riques sectorielles (santĂ©, Ă©ducation, Ă©nergie, notamment).

De nature prescriptive, cette feuille de route dĂ©finirait quelques axes technologiques : prise en compte des terminaux mobiles (mobile first), web adaptatif (Responsive Design) pour le web public, recours aux standards ouverts du Web (HTML5, en premier lieu), logiciel hĂ©bergĂ©s dans des architectures de type cloud, utilisation et ouverture d’accĂšs aux donnĂ©es grĂące Ă  des interfaces de programmation (API) qui permettent notamment d’ouvrir facilement l’accĂšs Ă  des applications mobiles, primautĂ© Ă  l’usage de Briques logicielles rĂ©utilisables et standardisĂ©es (librairies, code implĂ©mentĂ©) qui seraient mises sur des forges logicielles ouvertes de type Github.

Un “Github” Français, permettant aux services l’Etat, des collectivitĂ©s locales et de leurs partenaires de structurer l’ensemble des librairies et briques technologiques essentielles de la France et accessibles aux dĂ©veloppeurs, serait un pas en avant majeur pour notre pays.

3. Promouvoir les dĂ©veloppeurs dans l’administration

L’État consacre 3 milliards d’euros au dĂ©veloppement et Ă  l’entretien de ses systĂšmes d’information.

La Cour des Comptes pointe rĂ©guliĂšrement, Ă  l’occasion de ses rapports, les faiblesses de l’informatique publique.

  • “l’informatique est en pratique perçue comme un simple moyen technique devant respecter un environnement rĂ©glementaire dĂ©fini et des dĂ©lais spĂ©cifiques alors qu’il s’agit d’une vĂ©ritable rĂ©-ingĂ©nierie des processus ;
  • Dans un contexte de maĂźtrise fragile des fonctionnalitĂ©s, le recours aux prestataires extĂ©rieurs reste trop souvent une source de difficultĂ©s additionnelles.
  • L’administration française peine Ă  dĂ©terminer les compĂ©tences indispensables Ă  la conduite des programmes informatiques, ce qui la conduit Ă  faire appel Ă  des prestataires privĂ©s sur des champs parfois stratĂ©giques, mettant ainsi en pĂ©ril la rĂ©ussite du projet et ultĂ©rieurement, la maĂźtrise du produit et de ses Ă©volutions.
  • Alors que la conduite de projets de cette nature est fortement consommatrice de compĂ©tences managĂ©riales et d’expertises techniques, ces derniĂšres sont peu disponibles au sein de l’État. Ces expĂ©riences professionnelles sont enfin peu valorisĂ©es dans les parcours de carriĂšre des intĂ©ressĂ©s”.

Le gouvernement a entrepris de moderniser en profondeur les systĂšmes d’information de l’État : il envisage de “renforcer la dĂ©marche de mutualisation des infrastructures matĂ©rielles et logicielles et de mieux inclure l’innovation dans les dĂ©marches projets”. Il s’assigne l’objectif de diminuer la dĂ©pense annuelle hors masse salariale de 500 Ă  800 M€ en 3 Ă  5 ans sur le pĂ©rimĂštre de l’ensemble des ministĂšres (CIMAP de dĂ©cembre 2013).

Si la maĂźtrise de la dĂ©pense informatique appelle des dĂ©marches d’urbanisation (elles sont en cours) et de mutualisation, elle ne progressera guĂšre tant que les projets informatiques seront sous-traitĂ©s aveuglĂ©ment Ă  de grandes sociĂ©tĂ©s de services et Ă  de coĂ»teuses assistances Ă  maĂźtrise d’ouvrage

Il faudrait cesser de voir chaque projet de dĂ©veloppement logiciel comme autonome et non Ă©volutif : les projets devront s’appuyer sur des briques numĂ©riques rĂ©utilisables et des mĂ©thodes de dĂ©veloppement agiles.

Les dĂ©veloppeurs sont souvent bien placĂ©s pour mettre en oeuvre ces nouvelles approches (dĂ©veloppement agile, mutualisation) et leur implication dans les choix stratĂ©giques renforcerait l’efficacitĂ© de l’action publique. Les administrations gagneraient ainsi Ă  promouvoir des dĂ©veloppeurs aux postes de responsabilitĂ© pour la conduite des projets numĂ©riques.

4. Adapter les conditions d’investissement pour soutenir les projets technologiques

Le financement classique de l’innovation en France n’est pas adaptĂ© aux startups disruptives.

Certains entrepreneurs m’ont avouĂ© qu’ils veillaient Ă  rendre leurs projets moins disruptifs pour avoir une chance d’obtenir des rendez-vous.

Les guichets de financement public ont tendance mécaniquement à favoriser les acteurs établis qui en maßtrisent plus facilement la complexité que les startups.

Est-ce que Google, Apple ou Facebook auraient été facilement financés en France ?

La majoritĂ© des startups disruptives notamment dans le SAAS (Software as a Service) doivent ainsi trouver leurs premiers clients hors de France. Comme je l’avais notĂ© il y a 7 ans pour Netvibes, il y a une vraie incomprĂ©hension des grands groupes sur les technologies de rupture, ce qui entraĂźne relativement peu d’achats.

La capacitĂ© de crĂ©er de la valeur par le produit ou par de l’audience, la capacitĂ© de construire des modĂšles de croissance naturels (growth hacking) ne sont que trĂšs rarement valorisĂ©es dans les dĂ©cisions d’investissement, qui s’appuient sur des rĂšgles trĂšs classiques de” business plan” et de chiffre d’affaires sur 3 ou 5 ans.

20 % des projets financĂ©s devraient sortir du cadre traditionnel de financement afin d’ouvrir le marchĂ© Ă  des startups disruptives.

L’usage de notes convertibles, qui permettent d’obtenir en quelques semaines des fonds qui seront ensuite valorisĂ©s lors d’un tour de table plus important , semble ĂȘtre un outil Ă  gĂ©nĂ©raliser dans des domaines oĂč la vitesse d’investissement est primordiale

5. Formation des développeurs

Le ministĂšre du travail recense en France 533 000 informaticiens, employĂ©s pour moitiĂ© dans les SSII, et pour moitiĂ© dans les entreprises utilisatrices. A ces 533 000 informaticiens « reconnus » (titres, diplĂŽme, profil de poste), il convient d’ajouter probablement 800 000 ou 900 000 personnes qui exercent des fonctions qui mobilisent une compĂ©tence informatique : paramĂ©trage d’applications, dĂ©veloppeurs Web, administrateurs systĂšme. Sans compter celles qui exercent une activitĂ© dans l’infographie, des mĂ©tiers graphiques Ă  forte composante logicielle, la conception et l’administration de sites Web.

MalgrĂ© ce stock de compĂ©tences, des tensions sont perceptibles sur le marchĂ© de l’emploi. Les recruteurs ont souvent du mal Ă  trouver des candidats adaptĂ©s aux postes Ă  pourvoir. Avec l’émergence d’Internet, de nombreux ingĂ©nieurs qualifiĂ©s sont affectĂ©s Ă  des tĂąches de techniciens informatiques faute de candidats employables Ă  ce niveau de formation. Ce phĂ©nomĂšne engendre une pĂ©nurie dans les demandes de postes Ă  haut niveau.

Pour remédier à cette pénurie de talents, il faudra continuer de former des ingénieurs, des profils bac +5 mais aussi des cycles courts : bac+2.

On pourrait aussi mettre en place, en ciblant de maniĂšre prioritaire les banlieues, des â€œĂ©coles du numĂ©rique” destinĂ©es Ă  des jeunes de 18 Ă  25 ans “dĂ©crocheurs”. Ces dispositifs peuvent s’inspirer de rĂ©alisations existantes comme “Web@cademie”, “42" ou “codeacademy.org”


Nous devrons aussi ĂȘtre capables d’identifier les talents dĂšs l’école primaire en Ă©veillant les Ă©lĂšves Ă  la programmation.

6. Visa de travail pour les développeurs venant en France

Le PrĂ©sident de la RĂ©publique a annoncĂ© la mise en place prochaine d’un un « visa entrepreneur » en vue d’inciter les entrepreneurs Ă©trangers Ă  s’implanter en France, DestinĂ© aux talents Ă©trangers porteurs d’un projet innovant, ce titre de sĂ©jour dĂ©livrĂ© sous condition d’investissement minimal et d’une expertise prĂ©alable, bĂ©nĂ©ficiera d’une procĂ©dure accĂ©lĂ©rĂ©e avec des justificatifs simplifiĂ©s en prĂ©fecture ou dans les consulats. Plusieurs pays ont mis en place ce type de “start-up visa”.

Un dispositif du mĂȘme type pourrait ĂȘtre mis en place mais Ă  destination, cette fois, des ingĂ©nieurs et dĂ©veloppeurs Ă©trangers. Il permettrait d’attirer en France l’immigration hautement qualifiĂ©e que reprĂ©sentent ces milliers d’ingĂ©nieurs, Chinois, Russes ou encore Indiens qui ne parviennent pas aujourd’hui Ă  obtenir de visas pour les États-Unis.

Ces six recommandations rĂ©activent la question du CTO (Chief Technology Officer) : un responsable, au plus haut niveau de l’État, chargĂ© de coordonner la “plateforme technologique France” et de valoriser le pool de technologies et de codes dĂ©veloppĂ©s en France.


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