🔮 SouverainetĂ©, cybersĂ©curitĂ©, autonomie cognitive

Et si à un an de l'élection présidentielle la stratégie minimale se résumait à ces trois enjeux ?

🔮 SouverainetĂ©, cybersĂ©curitĂ©, autonomie cognitive
quintet (1979)

AprĂšs 15 ans dans la mauvaise direction, Ă  coups d’annonces et d’effets de manche, beaucoup d’entre nous sommes Ă©puisĂ©s. Aucun des sujets importants ne semble trouver de rĂ©solutions satisfaisantes dans un monde numĂ©rique de plus en plus compliquĂ©.
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Et Ă  un an jour pour jour de la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle, le paquebot État est face Ă  un mur de problĂšmes et de complexitĂ©s qu’il n’est plus en mesure de rĂ©soudre seul.

Il est sĂ»rement trop tĂŽt pour tirer le bilan de 15 ans de politique numĂ©rique qui nous auront plutĂŽt affaiblis. Mais pas trop tard pour offrir un dĂ©but d’analyse et tenter d’identifier quelques solutions.
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Sur 2027, j’ai une intuition forte : comme pour les releases de macOS qui oscillent entre version avec des nouvelles fonctionnalitĂ©s et version qui n’apporte rien de nouveau mais corrige les bugs, le prochain quinquennat devra ĂȘtre Ă  80 % de son temps et de son Ă©nergie dĂ©diĂ© Ă  rendre l’État fonctionnel.

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C’est ce que les citoyens attendent avant tout. Ce qu’ils savent aujourd’hui, c’est qu’un État fonctionnel, c’est avant tout un numĂ©rique fonctionnel.


Dans notre monde numĂ©rique, libertĂ©, Ă©galitĂ© et fraternitĂ© se traduisent par souverainetĂ©, cybersĂ©curitĂ© et autonomie cognitive. RĂ©soudre ce triptyque, c’est garder une place pour la France dans le futur proche.

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Et si l’État s’y refuse, alors les entreprises et les individus vont devoir trouver une maniĂšre de le construire pour eux-mĂȘmes. C’est une grande partie de ce que nous faisons avec mon cabinet de conseil The Sovereign Way en Europe et avec la newsletter.

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C'est ici


Comprendre l’importance du triptyque

La souveraineté numérique est toujours aussi importante en 2026

Tout simplement pour trois raisons :
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La premiĂšre est existentielle : l’État, en 2026, doit, en plus de tout le reste, garantir Ă  ses citoyens que nous avons une infrastructure minimale de communication qui ne soit pas affectĂ©e par un Ă©ventuel kill switch dĂ©cidĂ© par le prĂ©sident des États-Unis ou par la Chine si nos intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, politiques et gĂ©opolitiques Ă©taient dĂ©salignĂ©s.
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Les exemples de l’Afghanistan, oĂč Google a bloquĂ© en quelques minutes les services du gouvernement afghan aprĂšs la prise de Kaboul par les talibans, de l’Ukraine, oĂč la Russie brouille et falsifie massivement les signaux GPS/GNSS, ou encore de l’Iran, oĂč GitHub a restreint en 2019 ses services pour les dĂ©veloppeurs, montrent que les moyens et la volontĂ© existent.

Le killswitch des juges de la CPI, notamment le cas du juge français Nicolas Guillou, sanctionnĂ© par le TrĂ©sor amĂ©ricain le 20 aoĂ»t 2025, montre que c’est dĂ©jĂ  possible Ă  un niveau individuel. La question se pose dĂ©sormais au niveau d’un pays.
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La seconde est économique : comment utiliser une infrastructure logicielle et matérielle qui ne nous coûte pas une fortune.
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La nouvelle Ă©tude AstĂ©rĂšs, un cabinet proche des grandes plateformes amĂ©ricaines, pour le Cigref de mai 2026, chiffre le coĂ»t des hausses tarifaires du cloud-logiciel Ă  140 milliards d’euros par an en moyenne pour l’Europe sur la pĂ©riode 2026-2030, dont 93 milliards d’euros sortiraient dĂ©finitivement de l’économie europĂ©enne. L’étude estime que ces hausses pourraient coĂ»ter Ă  l’économie europĂ©enne 107 milliards d’euros de valeur ajoutĂ©e par an, soit 0,6 point de PIB, et 1,4 million d’emplois Ă  horizon 2030.
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J’avais des rĂ©serves sur la premiĂšre Ă©tude, mais celle-ci s’amĂ©liore par rapport Ă  la prĂ©cĂ©dente, mĂȘme si je pense qu’elle sous-estime le coĂ»t matĂ©riel, notamment la RAM, et les coĂ»ts en token pour les quelques annĂ©es Ă  venir.

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Mais cette étude confirme ce que nous avons toujours répété dans cette newsletter : il faut se préparer au risque de techflation.

Jean-Baptiste Kempf, lors de mon passage Ă  l’émission À la French sur YouTube, nous expliquait que les prix de VMware, outils nĂ©cessaires pour le cloud, allaient Ă  nouveau monter parce que la majoritĂ© des clients ont dĂ©cidĂ© de payer malgrĂ© des hausses de prix hallucinantes. (Lien Ă  la fin)
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La troisiĂšme est inspirationnelle: je l’écrivais dĂ©jĂ  dans ma mission gouvernementale de 2013 : la crĂ©ation d’une industrie numĂ©rique locale d’excellence est quelque chose qui s’exporte Ă  l’étranger. Il faut faire Ă©merger une nouvelle gĂ©nĂ©ration de builders. On commence Ă  le voir dans le cloud, oĂč les acteurs français ont la cote, ou dans l’IA. CrĂ©er plutĂŽt qu’acheter a toujours Ă©tĂ© une meilleure solution en tech.⠀

La cybersĂ©curitĂ© ou l’état d’urgence numĂ©rique Ă©touffĂ©

Ce sujet est devenu un problùme politique insoluble. Voici un florilùge de ce que j’ai entendu sur le sujet.
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  1. L’État a failli Ă  ses citoyens en exposant leurs donnĂ©es aux cybercriminels et aux trafiquants, mais aussi Ă  l’espionnage Ă©conomique.
  2. On met en danger certains citoyens, puisque les croisements de type Palantir utilisĂ©s par les cybercriminels permettent de localiser oĂč se trouvent les gens qui ont une arme, comme les membres de la FĂ©dĂ©ration française de tir, les policiers, ou les gens qui ont des revenus importants, comme les membres de la FĂ©dĂ©ration française de golf, ou encore des portefeuilles en crypto.
  3. Cette dĂ©ficience, exploitĂ©e par des jeunes pirates mais aussi par des cybercriminels, peut devenir quelque chose de plus grave en cas de guerre, ou comme nous le sommes aujourd’hui dans une situation de prĂ©-guerre selon la terminologie OTAN.
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L’inquiĂ©tude est importante, surtout que nous ne sommes pas Ă  un moment anodin avec l’arrivĂ©e de Mythos, et des modĂšles de niveau Ă©quivalent qu’OpenAI, Google et la Chine sortiront d’ici quelques mois.

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Le monde de la cyber est en Ă©bullition. Et si nos banques, opĂ©rateurs, administrations, services critiques n’avaient pas accĂšs Ă  des outils du mĂȘme niveau pour dĂ©tecter, corriger, patcher et comprendre les failles Ă  trĂšs grande vitesse, alors nous entrons dans une asymĂ©trie sĂ©curitaire telle que nous n’en avons jamais connue.
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Rappelons que le patron du GCHQ anglais expliquait que désormais 100 pays pourront brécher le UK. Combien de personnes, à titre individuel, seront capables, avec Mythos, de devenir une menace étatique ?
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Est-ce que l’Europe rendra Anthropic responsable de hackings qui pourraient ĂȘtre attribuĂ©s Ă  l’usage de son produit ? Beaucoup de questions sans rĂ©ponses pour l’instant.
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Le dĂ©fi de l’autonomie cognitive

Dans ce troisiĂšme volet du triptyque, je prĂ©fĂšre l’idĂ©e d’autonomie cognitive que de parler d’IA. L’IA, c’est la technologie ; l’autonomie cognitive, c’est le super-pouvoir qu’elle nous donne.

Les possibilités sont immenses.
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  1. Rendre avec l’agentique l’État et les entreprises plus productifs. Recruter plus de « main-d’Ɠuvre » administrative pour les tĂąches rĂ©pĂ©titives.
  2. Permettre aux citoyens et aux utilisateurs d’ĂȘtre moins dĂ©pendants en rĂ©duisant l’asymĂ©trie de connaissance : il devient possible de comprendre une question administrative de l’État sans avoir Ă  appeler quelqu’un, ou encore comment programmer son four sans appeler Darty.
  3. L’IA agentique pourrait enfin permettre de recoder les services qui fonctionnent mal. J’ai Ă©tudiĂ© ce sujet en dĂ©tail : une Ă©quipe avec les bons outils pourrait auditer, corriger et redocumenter les systĂšmes informatiques qui ne sont pas encore adressĂ©s, plutĂŽt que d’attendre et de rĂ©flĂ©chir Ă  transformer l’informatique de l’État de maniĂšre rapide. Mais pour cela, il faut utiliser les bons modĂšles frontiĂšres et les bonnes fenĂȘtres de contexte.
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Mais attention, il ne s’agit pas ici de crĂ©er une souverainetĂ© de l’IA, contrairement Ă  ce que dit le gouvernement. La souverainetĂ© de l’IA, en soi, ne veut pas dire grand-chose si elle ne donne pas accĂšs Ă  de la capacitĂ© d’action.


Le vrai sujet Ă  mon avis sera celui de la souverainetĂ© agentique : la capacitĂ© de contrĂŽler ses agents, de maĂźtriser ses outils, de comprendre ses systĂšmes et de ne pas dĂ©pendre d’un service d’IA unique qui limiterait la capacitĂ© cognitive des fonctionnaires, des entreprises et des citoyens pour des raisons que nous ne maĂźtriserions pas.
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Car la vraie bataille de 2026 n’est plus la souverainetĂ© du cloud mais de l’agentique. Bien utilisĂ©e, elle dĂ©finit la maniĂšre dont on va restructurer la cognition de l’État, de chaque administration, de chaque fonctionnaire et, in fine, de chaque citoyen. Mal utilisĂ©e, c’est un chaos supplĂ©mentaire Ă  gĂ©rer.
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Alors pourquoi ça bloque au niveau de l’État ?

Trois raisons.
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La centralisation du pouvoir

Pour crĂ©er un État fort numĂ©riquement, j’avais proposĂ© un mode d’emploi dĂšs 2013 avec la mission que j’avais faite pour le Premier ministre.

Mais j’ai fait une erreur de dĂ©butant en politique : en expliquant qu’il fallait dĂ©velopper un savoir-faire technologique en France en promouvant les ingĂ©nieurs et dĂ©veloppeurs plutĂŽt que les politiques et hauts fonctionnaires qui s’imaginent comme les vrais hĂ©ros de la transformation numĂ©rique de l’État, j’ai rapidement Ă©tĂ© Ă©cartĂ© de la conversation et pris pour cible pour mes positions sur la souverainetĂ©.
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Ce que je n’avais pas compris, c’est que le numĂ©rique en France allait ĂȘtre pour quelques milliers de personnes l’opportunitĂ© de rĂ©gner sans partage sur les ressources, les budgets et les actions de l’État. Mais 15 ans plus tard, cette prise de pouvoir est Ă  bout de souffle et n’a pas apportĂ© les solutions promises.


La France n’a pas su saisir les occasions qui se prĂ©sentaient Ă  elle.
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  1. Il y a quinze ans, au moment du Web 2.0 et des dĂ©buts du cloud, nous avions l’opportunitĂ© de reprendre la main en travaillant Ă  des alternatives aux monopoles tech et en crĂ©ant une capacitĂ© technologique française. Au lieu de ça, l’État a dĂ©roulĂ© le tapis rouge aux GAFAM et Ă©cartĂ© tous ceux qui avaient un discours diffĂ©rent. Si le discours de souverainetĂ© est dĂ©sormais partout, la question que je me pose, c’est celle de la sincĂ©ritĂ©. Trump 2 sert d’épouvantail mais il faut rappeler que Trump avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©lu une fois auparavant et que Biden, sur le numĂ©rique, avait Ă©tĂ© encore plus loin que Trump 1. Je reste donc sceptique.
  2. Au lieu de construire une offre technologique forte, on a construit des normes. Pour devenir « souverain » en France, il faut passer par un systĂšme de normalisation franco-français, inaccessible aux petites entreprises et coĂ»teux pour les grandes. Or sur les normes, l’Europe est structurellement plus forte que la France, et la France l’a appris Ă  ses dĂ©pens. La France a tentĂ© d’exporter SecNumCloud dans le dĂ©bat europĂ©en autour de l’EUCS. En 2024, les exigences de « souverainetĂ© » ont Ă©tĂ© retirĂ©es du projet sous la pression des hyperscalers amĂ©ricains et d’acteurs Ă©conomiques europĂ©ens.
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    Bruxelles est désormais en train de reprendre la main sur la souveraineté numérique avec de nouvelles mesures comme le Tech Sovereignty Package et le CAIDA.
  3. En France, la souverainetĂ© est avant tout un outil de communication : on ne cherche pas vraiment Ă  crĂ©er de la souverainetĂ©, on cherche Ă  la mettre en scĂšne. Il suffit de voir l’éventail de gens qui font des communiquĂ©s de presse pour expliquer qu’ils passent Ă  Linux ou OVH.

À ce titre, un ancien conseiller du gouvernement m’expliquait que la directive « cloud au centre » qui nous a Ă©tĂ© vendue par l’État comme une rĂ©ponse Ă  la souverainetĂ© a surtout servi Ă  imposer une hypercentralisation numĂ©rique.

L’État devenant un gigantesque OneDrive. Sauf que cette vision ne crĂ©e pas de l’agilitĂ©. Par contre, en cas de problĂšmes, elle devient une passoire centralisĂ©e et permet Ă  des gens d’avoir accĂšs Ă  des choses qu’ils n’auraient jamais eues dans un monde dĂ©centralisĂ©.

L’extension du pĂ©rimĂštre des agences en charge du numĂ©rique

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Un ancien trĂšs haut fonctionnaire me donnait une explication Ă  l’impasse que nous vivons : depuis une vingtaine d’annĂ©es, les agences de l’État en charge du numĂ©rique ont considĂ©rablement Ă©tendu leurs pĂ©rimĂštres, sans avoir vraiment les moyens de ces tĂąches ni la compĂ©tence pour les mener Ă  bien.
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En faisant les recherches, je me suis rendu compte qu’il avait raison.

Certaines ont vu leur pĂ©rimĂštre exploser. Par hubris, chaque agence a voulu tout faire, tout contrĂŽler, tout normaliser, alors que leurs missions de base ont en mĂȘme temps augmentĂ© en complexitĂ© et en difficultĂ©.
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Quelques exemples :
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L’ARCEP, qui s’occupe dĂ©sormais aussi de l’interopĂ©rabilitĂ© du cloud en plus de la rĂ©gulation des tĂ©lĂ©coms. Un sujet complexe, qui n’a que trĂšs peu d’adjacence avec sa fonction de base.
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RĂ©guler les tĂ©lĂ©coms, c’est mettre un nombre limitĂ© d’acteurs autour de la table et les obliger Ă  suivre la rĂ©glementation française, ou leur mettre des amendes en cas de non-respect. D’oĂč la fameuse formule : gendarme des tĂ©lĂ©coms.
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Le cloud et l’interopĂ©rabilitĂ©, c’est bien plus complexe. Quel framework suivre ? Celui de Google ou Microsoft ? Celui de l’État ? Mais il faut alors le dĂ©finir. Qui rĂ©unir autour de la table ? Combien de centaines d’acteurs ? Comment imposer une rĂ©glementation quand le monde de la tech lui-mĂȘme n’est pas d’accord ? Et pendant ce temps, les sujets cruciaux classiques restent ouverts : l’arrivĂ©e de Starlink et d’Amazon dans l’internet satellite, avec des services qui fonctionnent hors rĂ©gulation ; les services secrets terrorisĂ©s Ă  l’idĂ©e de devoir demander aux Ă©quipes de Musk des interceptions dans le climat gĂ©opolitique actuel ; et les zones blanches que les opĂ©rateurs classiques n’arrivent toujours pas Ă  combler, alors qu’il existe des solutions d’open source tĂ©lĂ©com en Europe.
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Il y a aussi l’ARCOM, censĂ©e rĂ©glementer Ă  la fois YouTube et CNews. Le domaine classique de ce qu’on appelait le CSA, c’était la rĂ©glementation des Ă©missions de tĂ©lĂ©vision, ce qui se dit Ă  l’antenne, le respect de la diversitĂ© des opinions politiques, bref quelque chose de tangible et de facilement vĂ©rifiable. YouTube et les rĂ©seaux sociaux, ce sont des centaines de milliers de chaĂźnes, des algorithmes souvent dĂ©finis par les likes et les abonnements des utilisateurs. Je ne parle mĂȘme pas des rĂ©seaux sociaux qui dĂ©versent chaque jour des tĂ©rabits de contenus invĂ©rifiables. Comment faire ces deux tĂąches correctement ? C’est un vrai dĂ©fi.
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Il y a aussi le cas de l’ANSSI. Avant l’ANSSI, il y avait la DCSSI, elle-mĂȘme hĂ©ritiĂšre du SCSSI et des anciennes structures du chiffre et des tĂ©lĂ©communications sĂ©curisĂ©es. L’ANSSI naĂźt donc comme une agence rĂ©galienne avec une mission claire : protĂ©ger les systĂšmes d’information de l’État, les communications sensibles et les infrastructures critiques.
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Le glissement vient progressivement : elle ne sĂ©curise plus seulement l’État. Elle encadre toute la cybersĂ©curitĂ© française, avec des guides, des labels, des formations, de la sensibilisation et de l’accompagnement. Elle devient productrice de normes et de labels essentiels pour les acteurs de la cyber qui veulent travailler avec l’État. Puis son pĂ©rimĂštre s’étend encore avec une logique en rĂ©gion : relais territoriaux, accompagnement des collectivitĂ©s, animation d’écosystĂšmes locaux, coordination avec les rĂ©gions et les acteurs cyber rĂ©gionaux.
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Un acteur de la cybersĂ©curitĂ©, fin connaisseur du secteur, me disait qu’il n’est donc pas surprenant que, face au dĂ©sastre du piratage de l’ANTS, mais Ă©galement d’autres services rĂ©galiens, son directeur soit dĂ©sormais menacĂ© selon Le Canard enchaĂźnĂ©. Car derriĂšre toutes les missions de formation et les alertes reste le cƓur de la mission : la protection de l’État. Et si l’ANTS est hackĂ©e, cela veut donc dire que la protection de l’État ne fonctionne pas, indĂ©pendamment des qualitĂ©s de cette agence.
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MĂȘme si, Ă  titre personnel, je trouve qu’on charge facilement l’ANSSI pour des problĂšmes qui sont bien plus systĂ©miques, il y a quand mĂȘme une rĂ©alitĂ© : l’extension du rĂŽle des agences de l’État dans le numĂ©rique ne s’est pas traduite par plus de simplicitĂ© ou plus de facilitĂ©, mais par plus de normes, plus de complexitĂ© et donc, au final, plus de fragilitĂ©s.
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On pourrait Ă©galement parler de la CNIL, qui a elle aussi vu son pĂ©rimĂštre d’action exploser, mais qui, pour l’instant, a su rester en dessous du radar avec ses amendes qui laissent penser au grand public qu’elle continue sa mission de gendarme des donnĂ©es personnelles.
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Il n’est pas possible de refermer ce chapitre sans parler de la DINUM, dont la directrice semble aussi sur le dĂ©part.
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Elle naĂźt de l’ATICA créée en 2001, devenue ADAE en 2003, puis absorbĂ©e dans la DGME en 2005, pendant qu’Etalab est créé en 2011 pour concevoir data.gouv.fr et coordonner l’ouverture des donnĂ©es publiques, avant d’ĂȘtre intĂ©grĂ© au SGMAP en 2012, tandis que la DISIC est créée en 2011 pour piloter les systĂšmes d’information de l’État, puis transformĂ©e en DINSIC en 2015 en rĂ©cupĂ©rant aussi Etalab, la mission data.gouv.fr, la logique open data, l’administrateur gĂ©nĂ©ral des donnĂ©es, beta.gouv.fr, les startups d’État et la logique produit public, avant d’ĂȘtre elle-mĂȘme remplacĂ©e par la DINUM en 2019, qui agrĂšge dĂ©sormais pilotage informatique, transformation numĂ©rique, data, cloud, design, accessibilitĂ©, IA, produits publics, incubateurs, accompagnement, recrutement et animation d’écosystĂšme, sans oublier que, depuis cette annĂ©e, elle veut aussi remplacer les acteurs privĂ©s en produisant sa propre suite logicielle et ses propres services cloud avec La Suite.
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Vingt ans, sept noms, une seule constante : l’accumulation de pouvoir sans stratĂ©gie.
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Les errements de l’État en matiĂšre de politique numĂ©rique sont la consĂ©quence directe de la maniĂšre dont il a empilĂ© pendant vingt ans structures, sigles, plateformes et satellites numĂ©riques au grĂ© des modes et des buzzwords, sans stabiliser une stratĂ©gie cohĂ©rente.
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Car dans un monde oĂč l’innovation est souvent fantasmĂ©e, il faut comprendre que le vrai succĂšs des big tech amĂ©ricaines, c’est d’avoir Ă©tĂ© des Ăźlots de stabilitĂ© : les mĂȘmes dirigeants, les mĂȘmes architectes, les mĂȘmes cultures techniques sont restĂ©s vingt, trente, parfois quarante ans dans les mĂȘmes organisations. Regardez par vous-mĂȘme.

La question du talent technique est devenue un problĂšme politique

Comme le disait un ami chercheur : les gens partent aux États-Unis ou au Canada, pas uniquement parce que c’est mieux payĂ©, mais parce qu’ils ne vont pas se retrouver dans l’enfer administratif des grandes institutions, devoir gĂ©rer des patrons compliquĂ©s et faire du reporting plutĂŽt que de la science ou du code.
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L’absence d’une vraie politique du talent, en informatique, chacun connaüt son niveau, est à mon avis le problùme principal qui explique l’absence de maütrise des trois sujets critiques. Des talents existent partout, mais sont-ils aux bons endroits ?
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Reste la troisiĂšme raison, la plus dĂ©rangeante. Et c’est lĂ  que les chiffres deviennent difficiles Ă  regarder en face.⠀

Le mythe du héros unique en IA

Tout miser sur Mistral, une sociĂ©tĂ© qui, pour l’instant, n’a pas prouvĂ© qu’elle Ă©tait capable, Ă  terme, de rester dans le top cinq, le top dix, voire mĂȘme le top vingt des IA mondiales, n’est pas sans risque. Surtout que son modĂšle d’entreprise de service intĂ©grĂ© trĂšs malin se positionne plus comme une sociĂ©tĂ© de service dans l’IA sur le modĂšle Palantir, ce qui les oblige Ă  aller vers le B2B plutĂŽt que la caution IA du gouvernement.
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J’ai vu que Mistral a fait de nombreuses annonces, des choses intĂ©ressantes, sĂ»rement un peu de vaporware. J’en ai profitĂ© pour regarder son classement.
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Le leaderboard du moment est brutal : sur LMArena Text Overall, Mistral Large 3 est classĂ© 93e (https://arena.ai/leaderboard/text). Sur Artificial Analysis, Mistral Large 3 obtient un score de 23 sur l’Intelligence Index (https://artificialanalysis.ai/models/mistral-large-3).
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Il faut nĂ©anmoins prĂ©ciser que Mistral Large 3 est bien classĂ© dans l’open source : #2 des modĂšles open source non-reasoning et #6 des modĂšles open source overall sur LMArena, selon Mistral (https://mistral.ai/news/mistral-3). Mais dans les classements globaux, il reste loin du peloton des modĂšles frontier.

Source : https://arena.ai/leaderboard/text
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En coĂ»t, Mistral Large 3 coĂ»te moins cher que les modĂšles amĂ©ricains frontier, mais n’a pas l’avantage prix-performance face aux meilleurs modĂšles chinois.
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Si vous me posiez la question du classement global :

Sortir de la dépendance à Mistral ?

La vraie question que personne n’ose poser, c’est de savoir si leur centralitĂ© dans la stratĂ©gie IA de la France empĂȘche toute rĂ©flexion sur l’avenir de notre stratĂ©gie de cognition.
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Il est important de sĂ©parer l’avenir de Mistral et l’avenir de la France, qui ont des intĂ©rĂȘts pas toujours convergents.
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L’idĂ©e de faire de Mistral le single point of failure de l’IA française est problĂ©matique. Ce n’est pas une stratĂ©gie, c’est une dĂ©pendance. MĂȘme si Mistral est un acteur malin, performant sur certains sujets, il n’offre aucun accĂšs Ă  des modĂšles de niveau frontier au moment oĂč l’on en a le plus besoin.
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Autrement dit, l’autonomie cognitive d’un pays ne peut pas reposer sur l’hypothùse qu’un seul acteur national restera dans la course mondiale.
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La stratĂ©gie unique du champion français est donc dangereuse, mais elle est politique et semble-t-il personne ne peut rien y faire d’ici Ă  2027.

Or une stratégie normale, dans un pays normal, consisterait à créer et à ouvrir plusieurs chantiers en compétition.

Ce qu’il faudrait faire

Voici quelques idées un peu disruptives dont je n'ai jamais encore parlé publiquement pour changer la donne.

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