AprĂšs 15 ans dans la mauvaise direction, Ă coups dâannonces et dâeffets de manche, beaucoup dâentre nous sommes Ă©puisĂ©s. Aucun des sujets importants ne semble trouver de rĂ©solutions satisfaisantes dans un monde numĂ©rique de plus en plus compliquĂ©.
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Et Ă un an jour pour jour de la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle, le paquebot Ătat est face Ă un mur de problĂšmes et de complexitĂ©s quâil nâest plus en mesure de rĂ©soudre seul.
Il est sĂ»rement trop tĂŽt pour tirer le bilan de 15 ans de politique numĂ©rique qui nous auront plutĂŽt affaiblis. Mais pas trop tard pour offrir un dĂ©but dâanalyse et tenter dâidentifier quelques solutions.
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Sur 2027, jâai une intuition forte : comme pour les releases de macOS qui oscillent entre version avec des nouvelles fonctionnalitĂ©s et version qui nâapporte rien de nouveau mais corrige les bugs, le prochain quinquennat devra ĂȘtre Ă 80 % de son temps et de son Ă©nergie dĂ©diĂ© Ă rendre lâĂtat fonctionnel.
Dans notre monde numĂ©rique, libertĂ©, Ă©galitĂ© et fraternitĂ© se traduisent par souverainetĂ©, cybersĂ©curitĂ© et autonomie cognitive. RĂ©soudre ce triptyque, câest garder une place pour la France dans le futur proche.
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C'est ici
Comprendre lâimportance du triptyque
La souveraineté numérique est toujours aussi importante en 2026
Tout simplement pour trois raisons :
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La premiĂšre est existentielle : lâĂtat, en 2026, doit, en plus de tout le reste, garantir Ă ses citoyens que nous avons une infrastructure minimale de communication qui ne soit pas affectĂ©e par un Ă©ventuel kill switch dĂ©cidĂ© par le prĂ©sident des Ătats-Unis ou par la Chine si nos intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, politiques et gĂ©opolitiques Ă©taient dĂ©salignĂ©s.
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Les exemples de lâAfghanistan, oĂč Google a bloquĂ© en quelques minutes les services du gouvernement afghan aprĂšs la prise de Kaboul par les talibans, de lâUkraine, oĂč la Russie brouille et falsifie massivement les signaux GPS/GNSS, ou encore de lâIran, oĂč GitHub a restreint en 2019 ses services pour les dĂ©veloppeurs, montrent que les moyens et la volontĂ© existent.
Le killswitch des juges de la CPI, notamment le cas du juge français Nicolas Guillou, sanctionnĂ© par le TrĂ©sor amĂ©ricain le 20 aoĂ»t 2025, montre que câest dĂ©jĂ possible Ă un niveau individuel. La question se pose dĂ©sormais au niveau dâun pays.
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La seconde est économique : comment utiliser une infrastructure logicielle et matérielle qui ne nous coûte pas une fortune.
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La nouvelle Ă©tude AstĂ©rĂšs, un cabinet proche des grandes plateformes amĂ©ricaines, pour le Cigref de mai 2026, chiffre le coĂ»t des hausses tarifaires du cloud-logiciel Ă 140 milliards dâeuros par an en moyenne pour lâEurope sur la pĂ©riode 2026-2030, dont 93 milliards dâeuros sortiraient dĂ©finitivement de lâĂ©conomie europĂ©enne. LâĂ©tude estime que ces hausses pourraient coĂ»ter Ă lâĂ©conomie europĂ©enne 107 milliards dâeuros de valeur ajoutĂ©e par an, soit 0,6 point de PIB, et 1,4 million dâemplois Ă horizon 2030.
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Jâavais des rĂ©serves sur la premiĂšre Ă©tude, mais celle-ci sâamĂ©liore par rapport Ă la prĂ©cĂ©dente, mĂȘme si je pense quâelle sous-estime le coĂ»t matĂ©riel, notamment la RAM, et les coĂ»ts en token pour les quelques annĂ©es Ă venir.
Jean-Baptiste Kempf, lors de mon passage Ă lâĂ©mission Ă la French sur YouTube, nous expliquait que les prix de VMware, outils nĂ©cessaires pour le cloud, allaient Ă nouveau monter parce que la majoritĂ© des clients ont dĂ©cidĂ© de payer malgrĂ© des hausses de prix hallucinantes. (Lien Ă la fin)
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La troisiĂšme est inspirationnelle: je lâĂ©crivais dĂ©jĂ dans ma mission gouvernementale de 2013 : la crĂ©ation dâune industrie numĂ©rique locale dâexcellence est quelque chose qui sâexporte Ă lâĂ©tranger. Il faut faire Ă©merger une nouvelle gĂ©nĂ©ration de builders. On commence Ă le voir dans le cloud, oĂč les acteurs français ont la cote, ou dans lâIA. CrĂ©er plutĂŽt quâacheter a toujours Ă©tĂ© une meilleure solution en tech.â
La cybersĂ©curitĂ© ou lâĂ©tat dâurgence numĂ©rique Ă©touffĂ©
Ce sujet est devenu un problĂšme politique insoluble. Voici un florilĂšge de ce que jâai entendu sur le sujet.
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- LâĂtat a failli Ă ses citoyens en exposant leurs donnĂ©es aux cybercriminels et aux trafiquants, mais aussi Ă lâespionnage Ă©conomique.
- On met en danger certains citoyens, puisque les croisements de type Palantir utilisĂ©s par les cybercriminels permettent de localiser oĂč se trouvent les gens qui ont une arme, comme les membres de la FĂ©dĂ©ration française de tir, les policiers, ou les gens qui ont des revenus importants, comme les membres de la FĂ©dĂ©ration française de golf, ou encore des portefeuilles en crypto.
- Cette dĂ©ficience, exploitĂ©e par des jeunes pirates mais aussi par des cybercriminels, peut devenir quelque chose de plus grave en cas de guerre, ou comme nous le sommes aujourdâhui dans une situation de prĂ©-guerre selon la terminologie OTAN.
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Le monde de la cyber est en Ă©bullition. Et si nos banques, opĂ©rateurs, administrations, services critiques nâavaient pas accĂšs Ă des outils du mĂȘme niveau pour dĂ©tecter, corriger, patcher et comprendre les failles Ă trĂšs grande vitesse, alors nous entrons dans une asymĂ©trie sĂ©curitaire telle que nous nâen avons jamais connue.
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Rappelons que le patron du GCHQ anglais expliquait que désormais 100 pays pourront brécher le UK. Combien de personnes, à titre individuel, seront capables, avec Mythos, de devenir une menace étatique ?
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Est-ce que lâEurope rendra Anthropic responsable de hackings qui pourraient ĂȘtre attribuĂ©s Ă lâusage de son produit ? Beaucoup de questions sans rĂ©ponses pour lâinstant.
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Le dĂ©fi de lâautonomie cognitive
Dans ce troisiĂšme volet du triptyque, je prĂ©fĂšre lâidĂ©e dâautonomie cognitive que de parler dâIA. LâIA, câest la technologie ; lâautonomie cognitive, câest le super-pouvoir quâelle nous donne.
Les possibilités sont immenses.
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- Rendre avec lâagentique lâĂtat et les entreprises plus productifs. Recruter plus de « main-dâĆuvre » administrative pour les tĂąches rĂ©pĂ©titives.
- Permettre aux citoyens et aux utilisateurs dâĂȘtre moins dĂ©pendants en rĂ©duisant lâasymĂ©trie de connaissance : il devient possible de comprendre une question administrative de lâĂtat sans avoir Ă appeler quelquâun, ou encore comment programmer son four sans appeler Darty.
- LâIA agentique pourrait enfin permettre de recoder les services qui fonctionnent mal. Jâai Ă©tudiĂ© ce sujet en dĂ©tail : une Ă©quipe avec les bons outils pourrait auditer, corriger et redocumenter les systĂšmes informatiques qui ne sont pas encore adressĂ©s, plutĂŽt que dâattendre et de rĂ©flĂ©chir Ă transformer lâinformatique de lâĂtat de maniĂšre rapide. Mais pour cela, il faut utiliser les bons modĂšles frontiĂšres et les bonnes fenĂȘtres de contexte.
Le vrai sujet Ă mon avis sera celui de la souverainetĂ© agentique : la capacitĂ© de contrĂŽler ses agents, de maĂźtriser ses outils, de comprendre ses systĂšmes et de ne pas dĂ©pendre dâun service dâIA unique qui limiterait la capacitĂ© cognitive des fonctionnaires, des entreprises et des citoyens pour des raisons que nous ne maĂźtriserions pas.
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Car la vraie bataille de 2026 nâest plus la souverainetĂ© du cloud mais de lâagentique. Bien utilisĂ©e, elle dĂ©finit la maniĂšre dont on va restructurer la cognition de lâĂtat, de chaque administration, de chaque fonctionnaire et, in fine, de chaque citoyen. Mal utilisĂ©e, câest un chaos supplĂ©mentaire Ă gĂ©rer.
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Alors pourquoi ça bloque au niveau de lâĂtat ?
Trois raisons.
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La centralisation du pouvoir
Pour crĂ©er un Ătat fort numĂ©riquement, jâavais proposĂ© un mode dâemploi dĂšs 2013 avec la mission que jâavais faite pour le Premier ministre.
Mais jâai fait une erreur de dĂ©butant en politique : en expliquant quâil fallait dĂ©velopper un savoir-faire technologique en France en promouvant les ingĂ©nieurs et dĂ©veloppeurs plutĂŽt que les politiques et hauts fonctionnaires qui sâimaginent comme les vrais hĂ©ros de la transformation numĂ©rique de lâĂtat, jâai rapidement Ă©tĂ© Ă©cartĂ© de la conversation et pris pour cible pour mes positions sur la souverainetĂ©.
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Ce que je nâavais pas compris, câest que le numĂ©rique en France allait ĂȘtre pour quelques milliers de personnes lâopportunitĂ© de rĂ©gner sans partage sur les ressources, les budgets et les actions de lâĂtat. Mais 15 ans plus tard, cette prise de pouvoir est Ă bout de souffle et nâa pas apportĂ© les solutions promises.
La France nâa pas su saisir les occasions qui se prĂ©sentaient Ă elle.
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- Il y a quinze ans, au moment du Web 2.0 et des dĂ©buts du cloud, nous avions lâopportunitĂ© de reprendre la main en travaillant Ă des alternatives aux monopoles tech et en crĂ©ant une capacitĂ© technologique française. Au lieu de ça, lâĂtat a dĂ©roulĂ© le tapis rouge aux GAFAM et Ă©cartĂ© tous ceux qui avaient un discours diffĂ©rent. Si le discours de souverainetĂ© est dĂ©sormais partout, la question que je me pose, câest celle de la sincĂ©ritĂ©. Trump 2 sert dâĂ©pouvantail mais il faut rappeler que Trump avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă©lu une fois auparavant et que Biden, sur le numĂ©rique, avait Ă©tĂ© encore plus loin que Trump 1. Je reste donc sceptique.
- Au lieu de construire une offre technologique forte, on a construit des normes. Pour devenir « souverain » en France, il faut passer par un systĂšme de normalisation franco-français, inaccessible aux petites entreprises et coĂ»teux pour les grandes. Or sur les normes, lâEurope est structurellement plus forte que la France, et la France lâa appris Ă ses dĂ©pens. La France a tentĂ© dâexporter SecNumCloud dans le dĂ©bat europĂ©en autour de lâEUCS. En 2024, les exigences de « souverainetĂ© » ont Ă©tĂ© retirĂ©es du projet sous la pression des hyperscalers amĂ©ricains et dâacteurs Ă©conomiques europĂ©ens.
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Bruxelles est dĂ©sormais en train de reprendre la main sur la souverainetĂ© numĂ©rique avec de nouvelles mesures comme le Tech Sovereignty Package et le CAIDA. - En France, la souverainetĂ© est avant tout un outil de communication : on ne cherche pas vraiment Ă crĂ©er de la souverainetĂ©, on cherche Ă la mettre en scĂšne. Il suffit de voir lâĂ©ventail de gens qui font des communiquĂ©s de presse pour expliquer quâils passent Ă Linux ou OVH.
Ă ce titre, un ancien conseiller du gouvernement mâexpliquait que la directive « cloud au centre » qui nous a Ă©tĂ© vendue par lâĂtat comme une rĂ©ponse Ă la souverainetĂ© a surtout servi Ă imposer une hypercentralisation numĂ©rique.
LâĂtat devenant un gigantesque OneDrive. Sauf que cette vision ne crĂ©e pas de lâagilitĂ©. Par contre, en cas de problĂšmes, elle devient une passoire centralisĂ©e et permet Ă des gens dâavoir accĂšs Ă des choses quâils nâauraient jamais eues dans un monde dĂ©centralisĂ©.
Lâextension du pĂ©rimĂštre des agences en charge du numĂ©rique
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Un ancien trĂšs haut fonctionnaire me donnait une explication Ă lâimpasse que nous vivons : depuis une vingtaine dâannĂ©es, les agences de lâĂtat en charge du numĂ©rique ont considĂ©rablement Ă©tendu leurs pĂ©rimĂštres, sans avoir vraiment les moyens de ces tĂąches ni la compĂ©tence pour les mener Ă bien.
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En faisant les recherches, je me suis rendu compte quâil avait raison.
Certaines ont vu leur pĂ©rimĂštre exploser. Par hubris, chaque agence a voulu tout faire, tout contrĂŽler, tout normaliser, alors que leurs missions de base ont en mĂȘme temps augmentĂ© en complexitĂ© et en difficultĂ©.
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Quelques exemples :
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LâARCEP, qui sâoccupe dĂ©sormais aussi de lâinteropĂ©rabilitĂ© du cloud en plus de la rĂ©gulation des tĂ©lĂ©coms. Un sujet complexe, qui nâa que trĂšs peu dâadjacence avec sa fonction de base.
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RĂ©guler les tĂ©lĂ©coms, câest mettre un nombre limitĂ© dâacteurs autour de la table et les obliger Ă suivre la rĂ©glementation française, ou leur mettre des amendes en cas de non-respect. DâoĂč la fameuse formule : gendarme des tĂ©lĂ©coms.
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Le cloud et lâinteropĂ©rabilitĂ©, câest bien plus complexe. Quel framework suivre ? Celui de Google ou Microsoft ? Celui de lâĂtat ? Mais il faut alors le dĂ©finir. Qui rĂ©unir autour de la table ? Combien de centaines dâacteurs ? Comment imposer une rĂ©glementation quand le monde de la tech lui-mĂȘme nâest pas dâaccord ? Et pendant ce temps, les sujets cruciaux classiques restent ouverts : lâarrivĂ©e de Starlink et dâAmazon dans lâinternet satellite, avec des services qui fonctionnent hors rĂ©gulation ; les services secrets terrorisĂ©s Ă lâidĂ©e de devoir demander aux Ă©quipes de Musk des interceptions dans le climat gĂ©opolitique actuel ; et les zones blanches que les opĂ©rateurs classiques nâarrivent toujours pas Ă combler, alors quâil existe des solutions dâopen source tĂ©lĂ©com en Europe.
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Il y a aussi lâARCOM, censĂ©e rĂ©glementer Ă la fois YouTube et CNews. Le domaine classique de ce quâon appelait le CSA, câĂ©tait la rĂ©glementation des Ă©missions de tĂ©lĂ©vision, ce qui se dit Ă lâantenne, le respect de la diversitĂ© des opinions politiques, bref quelque chose de tangible et de facilement vĂ©rifiable. YouTube et les rĂ©seaux sociaux, ce sont des centaines de milliers de chaĂźnes, des algorithmes souvent dĂ©finis par les likes et les abonnements des utilisateurs. Je ne parle mĂȘme pas des rĂ©seaux sociaux qui dĂ©versent chaque jour des tĂ©rabits de contenus invĂ©rifiables. Comment faire ces deux tĂąches correctement ? Câest un vrai dĂ©fi.
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Il y a aussi le cas de lâANSSI. Avant lâANSSI, il y avait la DCSSI, elle-mĂȘme hĂ©ritiĂšre du SCSSI et des anciennes structures du chiffre et des tĂ©lĂ©communications sĂ©curisĂ©es. LâANSSI naĂźt donc comme une agence rĂ©galienne avec une mission claire : protĂ©ger les systĂšmes dâinformation de lâĂtat, les communications sensibles et les infrastructures critiques.
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Le glissement vient progressivement : elle ne sĂ©curise plus seulement lâĂtat. Elle encadre toute la cybersĂ©curitĂ© française, avec des guides, des labels, des formations, de la sensibilisation et de lâaccompagnement. Elle devient productrice de normes et de labels essentiels pour les acteurs de la cyber qui veulent travailler avec lâĂtat. Puis son pĂ©rimĂštre sâĂ©tend encore avec une logique en rĂ©gion : relais territoriaux, accompagnement des collectivitĂ©s, animation dâĂ©cosystĂšmes locaux, coordination avec les rĂ©gions et les acteurs cyber rĂ©gionaux.
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Un acteur de la cybersĂ©curitĂ©, fin connaisseur du secteur, me disait quâil nâest donc pas surprenant que, face au dĂ©sastre du piratage de lâANTS, mais Ă©galement dâautres services rĂ©galiens, son directeur soit dĂ©sormais menacĂ© selon Le Canard enchaĂźnĂ©. Car derriĂšre toutes les missions de formation et les alertes reste le cĆur de la mission : la protection de lâĂtat. Et si lâANTS est hackĂ©e, cela veut donc dire que la protection de lâĂtat ne fonctionne pas, indĂ©pendamment des qualitĂ©s de cette agence.
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MĂȘme si, Ă titre personnel, je trouve quâon charge facilement lâANSSI pour des problĂšmes qui sont bien plus systĂ©miques, il y a quand mĂȘme une rĂ©alitĂ© : lâextension du rĂŽle des agences de lâĂtat dans le numĂ©rique ne sâest pas traduite par plus de simplicitĂ© ou plus de facilitĂ©, mais par plus de normes, plus de complexitĂ© et donc, au final, plus de fragilitĂ©s.
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On pourrait Ă©galement parler de la CNIL, qui a elle aussi vu son pĂ©rimĂštre dâaction exploser, mais qui, pour lâinstant, a su rester en dessous du radar avec ses amendes qui laissent penser au grand public quâelle continue sa mission de gendarme des donnĂ©es personnelles.
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Il nâest pas possible de refermer ce chapitre sans parler de la DINUM, dont la directrice semble aussi sur le dĂ©part.
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Elle naĂźt de lâATICA créée en 2001, devenue ADAE en 2003, puis absorbĂ©e dans la DGME en 2005, pendant quâEtalab est créé en 2011 pour concevoir data.gouv.fr et coordonner lâouverture des donnĂ©es publiques, avant dâĂȘtre intĂ©grĂ© au SGMAP en 2012, tandis que la DISIC est créée en 2011 pour piloter les systĂšmes dâinformation de lâĂtat, puis transformĂ©e en DINSIC en 2015 en rĂ©cupĂ©rant aussi Etalab, la mission data.gouv.fr, la logique open data, lâadministrateur gĂ©nĂ©ral des donnĂ©es, beta.gouv.fr, les startups dâĂtat et la logique produit public, avant dâĂȘtre elle-mĂȘme remplacĂ©e par la DINUM en 2019, qui agrĂšge dĂ©sormais pilotage informatique, transformation numĂ©rique, data, cloud, design, accessibilitĂ©, IA, produits publics, incubateurs, accompagnement, recrutement et animation dâĂ©cosystĂšme, sans oublier que, depuis cette annĂ©e, elle veut aussi remplacer les acteurs privĂ©s en produisant sa propre suite logicielle et ses propres services cloud avec La Suite.
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Vingt ans, sept noms, une seule constante : lâaccumulation de pouvoir sans stratĂ©gie.
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Les errements de lâĂtat en matiĂšre de politique numĂ©rique sont la consĂ©quence directe de la maniĂšre dont il a empilĂ© pendant vingt ans structures, sigles, plateformes et satellites numĂ©riques au grĂ© des modes et des buzzwords, sans stabiliser une stratĂ©gie cohĂ©rente.
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Car dans un monde oĂč lâinnovation est souvent fantasmĂ©e, il faut comprendre que le vrai succĂšs des big tech amĂ©ricaines, câest dâavoir Ă©tĂ© des Ăźlots de stabilitĂ© : les mĂȘmes dirigeants, les mĂȘmes architectes, les mĂȘmes cultures techniques sont restĂ©s vingt, trente, parfois quarante ans dans les mĂȘmes organisations. Regardez par vous-mĂȘme.





La question du talent technique est devenue un problĂšme politique
Comme le disait un ami chercheur : les gens partent aux Ătats-Unis ou au Canada, pas uniquement parce que câest mieux payĂ©, mais parce quâils ne vont pas se retrouver dans lâenfer administratif des grandes institutions, devoir gĂ©rer des patrons compliquĂ©s et faire du reporting plutĂŽt que de la science ou du code.
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Lâabsence dâune vraie politique du talent, en informatique, chacun connaĂźt son niveau, est Ă mon avis le problĂšme principal qui explique lâabsence de maĂźtrise des trois sujets critiques. Des talents existent partout, mais sont-ils aux bons endroits ?
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Reste la troisiĂšme raison, la plus dĂ©rangeante. Et câest lĂ que les chiffres deviennent difficiles Ă regarder en face.â
Le mythe du héros unique en IA
Tout miser sur Mistral, une sociĂ©tĂ© qui, pour lâinstant, nâa pas prouvĂ© quâelle Ă©tait capable, Ă terme, de rester dans le top cinq, le top dix, voire mĂȘme le top vingt des IA mondiales, nâest pas sans risque. Surtout que son modĂšle dâentreprise de service intĂ©grĂ© trĂšs malin se positionne plus comme une sociĂ©tĂ© de service dans lâIA sur le modĂšle Palantir, ce qui les oblige Ă aller vers le B2B plutĂŽt que la caution IA du gouvernement.
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Jâai vu que Mistral a fait de nombreuses annonces, des choses intĂ©ressantes, sĂ»rement un peu de vaporware. Jâen ai profitĂ© pour regarder son classement.
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Le leaderboard du moment est brutal : sur LMArena Text Overall, Mistral Large 3 est classĂ© 93e (https://arena.ai/leaderboard/text). Sur Artificial Analysis, Mistral Large 3 obtient un score de 23 sur lâIntelligence Index (https://artificialanalysis.ai/models/mistral-large-3).
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Il faut nĂ©anmoins prĂ©ciser que Mistral Large 3 est bien classĂ© dans lâopen source : #2 des modĂšles open source non-reasoning et #6 des modĂšles open source overall sur LMArena, selon Mistral (https://mistral.ai/news/mistral-3). Mais dans les classements globaux, il reste loin du peloton des modĂšles frontier.

Source : https://arena.ai/leaderboard/text
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En coĂ»t, Mistral Large 3 coĂ»te moins cher que les modĂšles amĂ©ricains frontier, mais nâa pas lâavantage prix-performance face aux meilleurs modĂšles chinois.
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Si vous me posiez la question du classement global :

Sortir de la dépendance à Mistral ?
La vraie question que personne nâose poser, câest de savoir si leur centralitĂ© dans la stratĂ©gie IA de la France empĂȘche toute rĂ©flexion sur lâavenir de notre stratĂ©gie de cognition.
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Il est important de sĂ©parer lâavenir de Mistral et lâavenir de la France, qui ont des intĂ©rĂȘts pas toujours convergents.
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LâidĂ©e de faire de Mistral le single point of failure de lâIA française est problĂ©matique. Ce nâest pas une stratĂ©gie, câest une dĂ©pendance. MĂȘme si Mistral est un acteur malin, performant sur certains sujets, il nâoffre aucun accĂšs Ă des modĂšles de niveau frontier au moment oĂč lâon en a le plus besoin.
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Autrement dit, lâautonomie cognitive dâun pays ne peut pas reposer sur lâhypothĂšse quâun seul acteur national restera dans la course mondiale.
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La stratĂ©gie unique du champion français est donc dangereuse, mais elle est politique et semble-t-il personne ne peut rien y faire dâici Ă 2027.
Or une stratégie normale, dans un pays normal, consisterait à créer et à ouvrir plusieurs chantiers en compétition.
Ce quâil faudrait faire
Voici quelques idées un peu disruptives dont je n'ai jamais encore parlé publiquement pour changer la donne.
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