Une partie de la puissance symbolique de la Silicon Valley vient de l’idée que la science-fiction est essentiellement américaine. Notamment au cinéma, qui a mis en œuvre de nombreuses idées exploitées commercialement de nos jours.
Vous êtes nombreux à me demander quand aura lieu le prochain ciné-club. Cette semaine, je vous ai donc préparé une sélection de treize films, parmi lesquels figurent quelques chefs-d’œuvre absolus.
Ce ne sont pas « les treize meilleurs films », mais treize films qui en appellent d’autres. Nous renouvellerons l’exercice : les listes trop longues finissent par devenir impossibles à suivre, comme vous me le dites souvent. Si votre film préféré n’y figure pas, il trouvera peut-être sa place dans une prochaine sélection.
Je prépare une prochaine newsletter sur la manière dont la tech américaine s’est approprié cet imaginaire pour construire un récit techno-expansionniste. Nous en reparlerons, car ce n’est pas le sujet aujourd’hui.
En écoutant les responsables politiques depuis trois décennies parler de la Tech en France, j’ai compris que ce que je prenais pour un abandon culturel relevait parfois d’une méconnaissance profonde de notre propre culture. Voire d’une complète ignorance.
Si vous me lisez régulièrement, vous connaissez mon attachement à cette idée : il existe une vision européenne de la technologie, une contre-culture européenne, une culture d’ingénieur à la française qui a aussi ses bons côtés.

Et, bien sûr, une culture de la science-fiction. Le pillage du travail du Dune de Jodorowsky nous invite à retrouver cet héritage, celui de Mœbius, de Valérian et d’une manière française d’imaginer la technologie.
Cette culture était suffisamment puissante, visuellement et conceptuellement, pour impressionner toute une génération de cinéastes, de George Lucas à Ridley Scott.
- En 1976, Métal hurlant publie The Long Tomorrow, une histoire courte écrite par Dan O’Bannon et dessinée par Mœbius pendant qu’ils travaillaient tous les deux sur le Dune de Jodorowsky. Ridley Scott a reconnu ce que ces quelques pages ont apporté à Blade Runner.
- Jean-Claude Mézières, le dessinateur de Valérian, est sorti de la projection de Star Wars en 1977 en se disant : « On dirait du Valérian. » Il a écrit à George Lucas, qui ne lui a jamais répondu.
La science-fiction française compte certes des nanars épiques, mais aussi des chefs-d’œuvre : des films qui n’ont pas eu peur d’expérimenter sur des terrains où d’autres n’auraient pas osé s’aventurer. Cela n’a pas empêché la machine hollywoodienne de faire de nombreux remakes plus lisses de certains de ces films.
D’une certaine manière, il n’y a pas de meilleur brainstorm possible pour comprendre le futur et ses possibilités. Il ne reste plus, ensuite, qu’à faire les proof of concept.
Toutes les boîtes de Musk s’inspirent de la science-fiction des années 1950 à 90. Celle de Heinlein, mais aussi du cycle de la Culture de Iain M. Banks. Lui et Peter Thiel iront même jusqu’à reprendre les noms de ces romans (Palantir, Neuralink) sans même vouloir cacher la filiation.
Pendant longtemps, la science-fiction a été considérée en France comme un sous-genre. Alors que penser de la science-fiction française, qui est considérée comme inexistante ?
Notre incapacité à imaginer un futur souverain vient de notre incapacité à comprendre que nous savons faire de l’informatique au moins aussi bien que la Silicon Valley ou la Chine et que nous avons une vision du futur au moins aussi intéressante que celle d’Hollywood.
Car une chose est certaine, l’aspect technologique est beaucoup moins présent dans la SF française. J’ai posé la question à Enki Bilal il y a des années, et il m’avait donné une réponse qui m’avait fasciné. J’en parlerais aussi bientôt.
Mais place aux films.
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