Cette semaine, j'avais prévu d'écrire sur un autre sujet, Mistral, pour ne rien vous cacher, mais l'actualité m'a convaincu de garder cette newsletter pour plus tard.
D'abord parce qu'elle renforce ce que nous avons écrit dans la précédente newsletter, mais aussi parce que nous allons proposer une lecture trÚs différente.
Car ce que l'on voit avec la déconnexion de Fable 5, ce n'est pas un kill switch. C'est une fracture cognitive géographique.
Tous les autres modÚles d'Anthropic sont toujours là , y compris Opus 4.8, tout comme ceux d'OpenAI et, évidemment, les modÚles chinois.
Ce que l'on retire Ă l'Europe et au reste du monde, c'est uniquement l'intelligence de pointe.
Le message est clair : nous sommes entrés dans l'Úre de la superintelligence America First, ou, devrais-je dire, America Only.
Car, nous allons le voir, il existait plusieurs façons de « punir » Anthropic. Mais le moyen choisi, le contrĂŽle Ă l'export, Ă©tait Ă la fois le plus rapide Ă mettre en Ćuvre et celui qui exigeait le moins de justifications. Il suffisait d'invoquer la sĂ©curitĂ© nationale.
Ne pas avoir accÚs au meilleur modÚle frontiÚre est une catastrophe pour l'industrie européenne : la pharmacie, la banque, les services, mais aussi l'industrie du logiciel, qui est probablement celle qui bénéficie le plus de Fable 5.
MĂȘme si les modĂšles chinois open source s'en approchent, leurs outils et leur environnement ne sont pas encore clĂ©s en main.
La réaction des politiques montre qu'ils n'ont toujours pas compris l'enjeu. C'est grave, mais c'est une autre conversation.
Ce qui se passe, câest comme si lâon arrĂȘtait de nous vendre du super ou du kĂ©rosĂšne, tout en continuant Ă nous approvisionner en essence et en diesel. On pourrait encore faire rouler des voitures et voler certains avions, mais plus avec les mĂȘmes performances ni pour les mĂȘmes usages. Et encore, lâimage est imparfaite pour la France, qui dispose de ses propres raffineries pour le pĂ©trole, mais pas de lâĂ©quivalent dans lâIA.
Car ce que Fable 5 dâAnthropic nous avait permis dâentrevoir, câest ce que jâappelais dĂ©jĂ , dans une prĂ©cĂ©dente newsletter, le niveau 3 : Il ne sâagit plus seulement dâaider Ă effectuer le travail intermĂ©diaire. Ă partir de documents existants ou dâun brief succinct, on peut laisser la machine prendre la main et produire directement un rĂ©sultat abouti.
Une rupture qui rend le retour forcé à Opus 4.8 difficile à accepter. Une forme de déclassement que nous sommes nombreux à avoir ressentie.
Comme beaucoup, la deadline du 22 juin, date dâexpiration de Fable 5 dans les abonnements Max, mâavait poussĂ© Ă faire un maximum de choses avec ce modĂšle. Voir six mois de travail Ă©pars rĂ©organisĂ©s en quelques minutes donnait le sentiment de changer dâĂ©chelle.
Pour moi, lâIA est une poulie cognitive. Elle ne fait pas le travail Ă ma place, mais elle dĂ©multiplie ce que je peux en faire.
Mais, comme disent les Américains, « we always lived on borrowed time ».
Avant de parler de ce que nous pouvons faire et des lueurs d'espoir Ă l'horizon, nous allons essayer de comprendre ce qui s'est passĂ©. Comme beaucoup, j'ai vu le film se dĂ©rouler, mais j'ai aussi parlĂ© avec plusieurs amis dans la finance et la tech, entre la France, l'Asie et les Ătats-Unis. Cela conforte encore un peu plus mon intuition.
Nous avons récemment accueilli une vague de nouveaux abonnés, et j'ai eu l'occasion, à plusieurs reprises, d'échanger avec certains de nos abonnés et de nos membres lors d'événements récents.
J'en profite pour vous dire que je serai Ă VivaTech, pour la premiĂšre fois en dix ans, oui, je sais, pour parler d'IA. Je serai ravi de vous y retrouver.
https://vivatech.com/sessions/session/c550b51e-5f65-f111-8fcb-6045bd954326
Pour ceux qui ne sont pas encore membres, je ne peux que vous inviter Ă nous rejoindre.
Cette transition numérique est à la fois la plus intrigante et la plus violente que nous ayons eu l'occasion de vivre. Avec nos membres, l'objectif est de naviguer dans ce numérique de l'incertitude et de trouver notre propre voix.
Chaque newsletter a son intĂ©rĂȘt, mais certaines vous touchent diffĂ©remment et vous permettent de prendre d'autres dĂ©cisions, pour vous ou pour votre business.
Je pense que celle-ci en fait partie.
Nous vivons dĂ©sormais dans un monde oĂč la parole descriptive est partout. J'essaie de remettre dans le dĂ©bat public une rĂ©flexion profonde, qui ne s'appuie pas seulement sur ce que l'on a lu ou entendu, mais aussi sur du vĂ©cu, mon expĂ©rience et, Ă©videmment, mes rĂ©seaux.
Parce que je travaille à nouveau sur un projet lié à l'IA, je parle avec beaucoup de monde en ce moment.
Hasard du calendrier, lorsque le nouveau board de SpaceX a été révélé, un peu à la derniÚre minute, je me suis rendu compte que trois de ses membres faisaient partie des réseaux que j'ai fréquentés dans la Silicon Valley.
Il en va de mĂȘme pour l'administration actuelle : certaines des personnes que j'ai rencontrĂ©es sont aujourd'hui en relation directe ou indirecte avec les dĂ©cisions prises cette semaine.
Un arc narratif assez clair commence Ă se dessiner.
Le succÚs sans précédent de l'introduction en Bourse de SpaceX, la coupure de Fable et une demande historique de liquidités pour investir dans les IPO montrent que le monde de l'innovation ne peut plus ressembler à ce qu'il a été.
Je rappelle que l'introduction en Bourse d'Amazon n'avait levé que 54 millions de dollars.
La compétition pour devenir le leader de la prochaine étape est rude. Je ne suis donc pas totalement étonné que Fable ait été coupé par l'administration Trump. Je suis, en revanche, surpris par la brutalité du procédé.
Et puis l'idée de saboter une entreprise américaine qui génÚre presque 100 milliards de dollars de revenus semble presque folle au pays du capitalisme.
C'est de cela que nous allons parler avec les membres payants.
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