đź”´ Embargo sur l'intelligence

Quand le passeport décide de votre productivité. Bienvenue dans l’ère du splinternet cognitif.

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Terminator 2 (1991)

Cette semaine, j'avais prévu d'écrire sur un autre sujet, Mistral, pour ne rien vous cacher, mais l'actualité m'a convaincu de garder cette newsletter pour plus tard.

D'abord parce qu'elle renforce ce que nous avons écrit dans la précédente newsletter, mais aussi parce que nous allons proposer une lecture très différente.

Car ce que l'on voit avec la déconnexion de Fable 5, ce n'est pas un kill switch. C'est une fracture cognitive géographique.

Tous les autres modèles d'Anthropic sont toujours là, y compris Opus 4.8, tout comme ceux d'OpenAI et, évidemment, les modèles chinois.

Ce que l'on retire Ă  l'Europe et au reste du monde, c'est uniquement l'intelligence de pointe.

Le message est clair : nous sommes entrés dans l'ère de la superintelligence America First, ou, devrais-je dire, America Only.

Car, nous allons le voir, il existait plusieurs façons de « punir » Anthropic. Mais le moyen choisi, le contrôle à l'export, était à la fois le plus rapide à mettre en œuvre et celui qui exigeait le moins de justifications. Il suffisait d'invoquer la sécurité nationale.

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Ce que l'administration Trump vient de rendre explicite, ce n'est pas la captation de l'intelligence artificielle, mais l'accès à la meilleure productivité possible.

Ne pas avoir accès au meilleur modèle frontière est une catastrophe pour l'industrie européenne : la pharmacie, la banque, les services, mais aussi l'industrie du logiciel, qui est probablement celle qui bénéficie le plus de Fable 5.

Même si les modèles chinois open source s'en approchent, leurs outils et leur environnement ne sont pas encore clés en main.

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Or, pour un État, la productivité signifie davantage de PIB, davantage de recettes fiscales et une balance commerciale extérieure plus favorable.

La réaction des politiques montre qu'ils n'ont toujours pas compris l'enjeu. C'est grave, mais c'est une autre conversation.

Ce qui se passe, c’est comme si l’on arrêtait de nous vendre du super ou du kérosène, tout en continuant à nous approvisionner en essence et en diesel. On pourrait encore faire rouler des voitures et voler certains avions, mais plus avec les mêmes performances ni pour les mêmes usages. Et encore, l’image est imparfaite pour la France, qui dispose de ses propres raffineries pour le pétrole, mais pas de l’équivalent dans l’IA.

Car ce que Fable 5 d’Anthropic nous avait permis d’entrevoir, c’est ce que j’appelais déjà, dans une précédente newsletter, le niveau 3 : Il ne s’agit plus seulement d’aider à effectuer le travail intermédiaire. À partir de documents existants ou d’un brief succinct, on peut laisser la machine prendre la main et produire directement un résultat abouti.

Une rupture qui rend le retour forcé à Opus 4.8 difficile à accepter. Une forme de déclassement que nous sommes nombreux à avoir ressentie.

Comme beaucoup, la deadline du 22 juin, date d’expiration de Fable 5 dans les abonnements Max, m’avait poussé à faire un maximum de choses avec ce modèle. Voir six mois de travail épars réorganisés en quelques minutes donnait le sentiment de changer d’échelle.

Pour moi, l’IA est une poulie cognitive. Elle ne fait pas le travail à ma place, mais elle démultiplie ce que je peux en faire.

Mais, comme disent les Américains, « we always lived on borrowed time ».


Avant de parler de ce que nous pouvons faire et des lueurs d'espoir à l'horizon, nous allons essayer de comprendre ce qui s'est passé. Comme beaucoup, j'ai vu le film se dérouler, mais j'ai aussi parlé avec plusieurs amis dans la finance et la tech, entre la France, l'Asie et les États-Unis. Cela conforte encore un peu plus mon intuition.

Nous avons récemment accueilli une vague de nouveaux abonnés, et j'ai eu l'occasion, à plusieurs reprises, d'échanger avec certains de nos abonnés et de nos membres lors d'événements récents.

J'en profite pour vous dire que je serai à VivaTech, pour la première fois en dix ans, oui, je sais, pour parler d'IA. Je serai ravi de vous y retrouver.

https://vivatech.com/sessions/session/c550b51e-5f65-f111-8fcb-6045bd954326


Pour ceux qui ne sont pas encore membres, je ne peux que vous inviter Ă  nous rejoindre.

Cette transition numérique est à la fois la plus intrigante et la plus violente que nous ayons eu l'occasion de vivre. Avec nos membres, l'objectif est de naviguer dans ce numérique de l'incertitude et de trouver notre propre voix.

Chaque newsletter a son intérêt, mais certaines vous touchent différemment et vous permettent de prendre d'autres décisions, pour vous ou pour votre business.

Je pense que celle-ci en fait partie.

Nous vivons désormais dans un monde où la parole descriptive est partout. J'essaie de remettre dans le débat public une réflexion profonde, qui ne s'appuie pas seulement sur ce que l'on a lu ou entendu, mais aussi sur du vécu, mon expérience et, évidemment, mes réseaux.

Parce que je travaille à nouveau sur un projet lié à l'IA, je parle avec beaucoup de monde en ce moment.


Hasard du calendrier, lorsque le nouveau board de SpaceX a été révélé, un peu à la dernière minute, je me suis rendu compte que trois de ses membres faisaient partie des réseaux que j'ai fréquentés dans la Silicon Valley.

Il en va de même pour l'administration actuelle : certaines des personnes que j'ai rencontrées sont aujourd'hui en relation directe ou indirecte avec les décisions prises cette semaine.

Un arc narratif assez clair commence Ă  se dessiner.

Le succès sans précédent de l'introduction en Bourse de SpaceX, la coupure de Fable et une demande historique de liquidités pour investir dans les IPO montrent que le monde de l'innovation ne peut plus ressembler à ce qu'il a été.

Je rappelle que l'introduction en Bourse d'Amazon n'avait levé que 54 millions de dollars.

La compétition pour devenir le leader de la prochaine étape est rude. Je ne suis donc pas totalement étonné que Fable ait été coupé par l'administration Trump. Je suis, en revanche, surpris par la brutalité du procédé.

Et puis l'idée de saboter une entreprise américaine qui génère presque 100 milliards de dollars de revenus semble presque folle au pays du capitalisme.

C'est de cela que nous allons parler avec les membres payants.

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