L'espace latent du milieu

Nous ne connaissons quasiment rien à l'écosystème chinois. Il est peut-être temps d'y remédier, car il y a probablement pas mal de leçons à en tirer.

L'espace latent du milieu
Three-Body (2023) l'adaptation chinoise en série du livre 3 body problem.

Nous avons appris à connaître tous les fondateurs des grandes boîtes d'IA américaines, parfois même des chercheurs comme Yann LeCun ou des développeurs star comme Andrej Karpathy. En France aussi, Arthur Mensch dispose d'une cote de notoriété importante, surtout depuis que le président parle de Mistral au 20h de France 2. Mais quid de la Chine ?

Pour paraphraser une question du rédacteur en chef du Grand Continent, qui demandait à la télé si quelqu'un en plateau pouvait lui citer trois Chinois connus vivants (la réponse s'est limitée au président chinois).

Je pourrais vous poser la même question. Connaissez-vous le fondateur de l'entreprise chinoise qui a sorti ce mois-ci l'un des meilleurs modèles du moment ? Et le nom du modèle ?

Dans cette newsletter, réservée en majorité aux membres payants, nous explorons le monde des modèles chinois. Ça fait longtemps que je voulais en parler, mais j'avais l'impression que les choses n'étaient pas toujours très claires.

Car on ne sait pas grand-chose de ce qui se fait en Chine. On ne sait pas qui sont les labos, ni la réalité de leur travail.

Et en Europe, parce qu'on a voulu simplifier le narratif, personne n'a de connaissance réelle sur leur façon de travailler, qui est souvent caricaturée.

Pourtant, les modèles chinois sont déjà partout. Dans les classements des meilleures IA, à des positions plus élevées que Mistral. Ils se nichent même déjà dans les produits que nous utilisons tous les jours.

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Et je le crois, car je l'ai dit ici sur Cybernetica et dans une newsletter pour Le Point (lire l'interview ici en anglais), qu'ils pourraient être au cœur d'une stratégie de renaissance numérique pour l'Europe et la France.

Depuis la sortie de Mythos, on pensait les Américains à nouveau en avance. Mais, et c'est probablement le plus choquant, ce n'est pas le cas. Pire, l'avance des meilleurs modèles américains a tendance à se réduire.

Le 18 juin 2026, sur X, Elon Musk estimait que les modèles chinois atteindraient le niveau des meilleurs modèles frontière américains au premier trimestre 2027. Jie Tang, le fondateur de Z.ai, lui a répondu que ce serait plus tôt.

Elon Musk : « Probably Q1. »
Jie Tang : « won't take that long. »
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Eric Schmidt lui-même, qui était l'un des principaux opposants à l'IA chinoise, qu'il estimait à deux ans de retard, a dû revoir récemment son estimation : il parle désormais de six mois.

Et pourtant, cette semaine, au G7 d'Évian, pendant le déjeuner qui réunissait les chefs d'État et les patrons de l'IA, Sam Altman, Dario Amodei, Demis Hassabis, Arthur Mensch de Mistral. Aucun entrepreneur chinois n'était présent.

Certes, la Chine n'est plus conviée à ces sommets depuis 2009, quand le G8 recevait encore les grands émergents.

Mais créer une rencontre avec des entrepreneurs chinois juste après l'interdiction pour Anthropic d'exporter Fable aurait été intéressant.

Pour l'instant, il semble que la France souhaite avant tout s'aligner sur la coalition menée par les États-Unis, que soutenaient Amodei et Hassabis.

L'Europe elle-même a fortement aligné sa position sur celle de Washington : les modèles chinois sont un risque de sécurité. L'Italie a bloqué DeepSeek à sa sortie, l'Allemagne avait demandé son retrait des boutiques d'applications, la République tchèque l'a banni de son administration, la France via la CNIL avait enquêté sur la stratégie de stockage des données sans toutefois l'interdire.

Sur la question de la Chine, il y a deux sujets importants.

Tout d'abord l'entraînement, qui est fait dans un environnement politique chinois. Mais il semble que le post-training permette de limiter l'idéologie des modèles.

Ensuite, et c'est un motif valable, les données des services en ligne sont stockées en Chine, où la loi de 2017 sur le renseignement peut obliger une entreprise à les livrer à l'État. Comme le Cloud Act aux États-Unis d'ailleurs.

Mais ce risque ne vaut que pour l'usage à distance, quand les modèles tournent sur des serveurs en Chine. Mais à la différence d'OpenAI et d'Anthropic, ces modèles sont ouverts et téléchargeables. Rien n'empêchait, et rien n'empêche aujourd'hui, de les faire tourner dans des data centers européens, où les données ne sortent pas.

C'est une question que personne n'ose poser, tant la priorité est donnée à Mistral, qui est pourtant loin derrière en termes de performance.

La vision politique (avoir nos propres modèles, moins bons) et la vision technologique (s'appuyer sur des modèles open source pour construire une souche de modèles en Europe) ne sont pas alignées. Pour l'instant, c'est la vision politique qui gagne.

Mais il n'y a pas que la question des modèles. Les puces qui les font tourner sont aussi un vrai sujet, et là c'est beaucoup plus complexe. L'écosystème de puces chinoises n'est pas vraiment accessible en Europe. Nous ne comprenons pas vraiment comment cela fonctionne. Nous avons un Chips Act basé sur l'émulation d'un modèle américain et taïwanais que nous ne savons pas imiter, quel que soit le niveau financier investi. Il est bien loin le temps où Nvidia faisait construire ses premières puces en France.

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Cette newsletter est importante car elle compile tout ce que nous avons trouvé et compris sur le sujet. Si vous n'êtes pas encore abonné, il est temps de le faire. Cette deuxième moitié de 2026 a montré que non seulement tout est en train de changer (modèles, agents, loops) mais qu'il ne sera peut-être pas possible de rattraper son retard sauf à y passer beaucoup beaucoup de temps. Parce que je travaille sur un projet en IA, j'y passe ce temps et je partage à mes membres payants le fruit de cette réflexion.

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